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Reportage : Virginie tient son budget avec les dents

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09/11/2010

Conductrice de bus à temps partiel, Virginie se bat pour éviter tout nouveau dérapage de son compte bancaire, après avoir payé le prix de la crise.

« Quand je croise une voiture ou un tracteur, c’est chaud ! » Virginie est depuis peu conductrice de bus scolaire en Charente-Maritime. Elle a passé son permis D en l’espace de deux mois avec des aides publiques. Elle prend sa nouvelle activité avec bonheur, même si elle se lève tous les jours à 5 heures du matin pour aller chercher son autocar, à 25 kilomètres de chez elle. Et son salaire n’est pas élevé ! 600 euros maximum pour un temps partiel en contrat à durée indéterminée. Pour étoffer son revenu, Virginie n’a pas pris de vacances cet été. Elle a profité des congés scolaires pour travailler durant deux mois sur la ligne Royan-La Palmyre, très active à cette période de l’année.

C. POTTIER-BAR FLORÉAL / SC 600 euros pour un temps partiel en CDI. -  JPEG - 21.3 ko
C. POTTIER-BAR FLORÉAL / SC
600 euros pour un temps partiel en CDI.

Cette femme d’une quarantaine d’années élève seule ses deux adolescentes de 15 et 16 ans. Elle a connu un gros découvert bancaire et elle veille maintenant à maintenir son budget en équilibre afin de rembourser le prêt de 1 500 euros que lui a consenti le Secours Catholique. Elle doit régler à l’association 21 échéances, à raison de 70 euros par mois. Sur les 1 500 euros, 300 euros ont permis de rétablir l’équilibre du compte, évitant ainsi des frais de rejet de chèques ; 1 200 euros ont servi à l’achat d’une voiture d’occasion, indispensable pour les trajets domicile-travail.

Imprévus.

La conjonction de deux “imprévus” avait provoqué un découvert de 690 euros. D’une part, le versement tardif d’indemnités journalières de maladie, d’autre part, le doublement des prélèvements EDF (325 euros par mois) après un hiver rigoureux. Les prélèvements majorés d’EDF courant jusqu’à la fin de l’année, Virginie s’est arrangée pour faire un maximum de transports extra-scolaires au printemps afin de mettre un peu d’argent de côté, en prévision de l’hiver. À 10 euros l’heure, elle s’estime pourtant correctement payée. Le problème, c’est le temps partiel. Mais elle a confiance en l’avenir : « Il y aura des opportunités de temps complet. Je suis prête à déménager à Saintes, à Royan, pour les saisir », annonce-t-elle.

Course à l’économie.

Ses ressources, pension alimentaire et prestations familiales comprises, atteignent 1 491 euros mensuels, soit 745 euros par unité de consommation (1), niveau inférieur au seuil de pauvreté (970 euros). Pour tenir son budget, cette “battante” agit aussi côté dépenses. La facture de téléphone (avec accès Internet), se voit sévèrement rabotée : Virginie interdit les téléchargements de films à ses filles. Côté panier alimentaire, elle achète en grande surface des produits premier prix, elle qui tenait naguère l’épicerie de son village… C’était avant la crise. Son petit commerce n’a pas résisté à la déflagration économique et a été mis en liquidation judiciaire. « C’était l’année dernière. Les recettes ont chuté de plus de 50 % en l’espace de quelques jours », se désole-t-elle. Virginie économise tout ce qu’elle peut. Elle est obligée de reprendre provisoirement sa vieille voiture, à bout de souffle, après le vol et la détérioration de la nouvelle. Heureusement, celle-ci a été retrouvée et va être réparée grâce à la garantie de l’assurance. En attendant, le vieux véhicule consomme trois litres de liquide de refroidissement par jour. Virginie coupe celui-ci avec de l’eau ordinaire et réduit ainsi ses achats en eau déminéralisée, très coûteuse, tout en évitant la panne fatale.

Relevé de compte.

Au Secours Catholique de La Rochelle, Monique Brissac, trésorière, gère les prêts directs de l’association et les microcrédits de son partenaire bancaire, actuellement le Crédit Coopératif. Les prêts directs répondent aux situations d’urgence quand les conditions très strictes du microcrédit bancaire ne sont pas réunies (dans le cas de Virginie, le quota de microcrédits consentis par l’ancien partenaire bancaire était atteint).

La priorité de la trésorière est de « faire en sorte qu’une personne ayant du travail ne le perde pas ». Première étape : l’examen des relevés de compte bancaire. Pour Monique Brissac, c’est l’occasion d’éplucher les frais de découvert, de rejet de chèques et d’aider les demandeurs à remettre leur compte à flot. En outre, explique-t-elle, « le relevé de compte est pour la personne l’occasion de parler de son projet de vie, de montrer que certaines dépenses à première vue non indispensables, comme l’achat d’un atlas ou une assurance-vie, témoignent en fait de sa responsabilité de parent à l’égard de ses enfants. Loin de la culpabiliser, insiste Monique, elles sont une occasion pour elle de se valoriser. » « Les versements de pensions alimentaires sont aussi un point positif dans le budget, observe-t-elle encore, mais les personnes oublient souvent de les mentionner. C’est douloureux, car c’est le signe d’un échec ou d’une bataille. Mais pour nous, cela permet de parler des enfants. »

Virement géré.

Les prélèvements automatiques sont, en revanche, un réel sujet de préoccupation. Une facture inhabituellement élevée, une erreur d’un fournisseur peuvent avoir un impact de plusieurs centaines d’euros sur le compte en banque. Et si celui-ci n’est pas suffisamment approvisionné, il faut payer d’importants frais de “forçage” – 10 euros sur une facture de 87 euros, par exemple – pour honorer le prélèvement après rejet, commente la trésorière. C’est pourquoi elle déconseille cette ponction automatique au profit de ce qu’elle appelle le « virement géré », le règlement contrôlé des factures « le jour où l’argent est sur le compte, quitte à reporter le paiement à demain ».

Avec l’aide du Secours Catholique, les deux filles de Virginie vont pouvoir financer une préparation au Bafa (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur), afin de gagner un peu d’argent pendant les vacances scolaires. Et de soulager le budget de leur mère.

Les articles du dossier « Ressources : vivre avec moins de 1000 euros par mois » :

Source Messages n° 651 - novembre 2010