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Ressources : la bataille de Florence et Philippe contre la vie chère

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09/11/2010

Quatre enfants, deux parents, un salaire : l’équilibre financier du ménage est une lutte quotidienne. À l’image de ce que décrit le rapport 2010 du Secours Catholique intitulé « Ressources, crise et pauvreté ».

Angers, de notre envoyée spéciale

Pas de dettes ! Telle est la devise de Florence et Philippe Rondeau-Hardouin, parents de quatre enfants âgés de 7 à 18 ans. « Je n’ai jamais été endettée mais je connais trop bien l’engrenage du surendettement. Je ne veux surtout pas m’y laisser prendre, déclare Florence, 41 ans. Je préfère en baver, me serrer la ceinture, plutôt que de m’endetter », conclut cette mère au foyer. Un défi pas toujours facile à relever pour une famille nombreuse, locataire d’une HLM du quartier Grand-Pigeon, à Angers.

Ressources.

S. LE CLEZIO / S.C. Florence s'arrange pour ne pas avoir à sacrifier les vacances des enfants. -  JPEG - 31.8 ko
S. LE CLEZIO / S.C.
Florence s’arrange pour ne pas avoir à sacrifier les vacances des enfants.

Dans la salle à manger de leur appartement de six pièces, la petite Doriane, huit ans, s’agite et se trémousse sur sa chaise. « Calme-toi, lui répète sa mère. Tu vas finir par casser la chaise. » Toute dépense supplémentaire serait malvenue pour le budget serré de la famille. Tous revenus confondus, le foyer vit avec près de 1 800 euros par mois pour six personnes, au-dessous du seuil de pauvreté, soit un peu plus de 600 euros par unité de consommation [1] La majeure partie du revenu provient de Philippe, 38 ans. Il est agent de propreté dans un abattoir à 40 kilomètres d’Angers. « Je m’y rends en moto car je n’ai pas le permis. Florence non plus d’ailleurs. C’est trop cher et puis nous n’avons pas les moyens de nous payer une voiture », explique-t-il. Travaillant de 20 heures à 4 heures du matin pour 1 300 euros par mois, il a appris à aimer son métier depuis quinze ans, malgré sa pénibilité. Florence, elle, s’est arrêtée de travailler lorsqu’elle a eu les enfants. Elle a bien tenté de retrouver un emploi, mais la crise a rendu ses efforts inutiles.

Découverts.

La famille perçoit des allocations familiales qui s’élèvent à 470 euros par mois. Mais après déduction du loyer, des factures d’électricité et de gaz, de l’assurance maison, du téléphone et de l’essence, il reste moins de 900 euros à la famille pour se nourrir, se vêtir, se soigner, éduquer les enfants et… parer aux imprévus. « Nous sommes tous les mois à découvert ! Le compte de Philippe, sur lequel est versé son salaire, est en déficit de plus de 300 euros. J’ai un découvert de 80 euros tous les mois », déplore Florence. Et pourtant ce n’est pas faute de faire attention. « Je tiens mes comptes tous les jours », explique Philippe en montrant le classeur sur lequel dépenses et revenus sont inscrits au centime près. « Mais ça ne sert à rien, il nous manque toujours de l’argent en fin de mois ! »

Se débrouiller.

« Pourtant nous faisons tout pour limiter nos dépenses et nous débrouiller par nous-mêmes », affirme Florence. Exemple : un petit jardin potager a été mis à la disposition des habitants du quartier par la régie HLM. Le père de Florence, qui habite quelques pâtés de maisons plus loin, vient régulièrement l’entretenir. « Je ne peux pas m’en occuper car j’ai des problèmes de dos », regrette Florence.

Les légumes récoltés lui évitent une dépense onéreuse. « Je fais attention à ce que j’achète. Pas de viande rouge. Et en fin de mois, il n’y a plus ni dessert ni fromage à la maison », avoue cette mère, chagrinée de devoir priver ses enfants. Chaque mois elle n’arrive pourtant pas à ramener la facture alimentaire au-dessous de 500 euros.

D’autres dépenses sont plus faciles à maîtriser. Comme l’ameublement. Philippe, ancien menuisier, montre les deux armoires du salon. « Je les ai fabriquées moi-même », annonce-t-il fièrement. Polyvalent, il répare également lui-même sa moto et réalise les travaux de bricolage dans l’appartement. Ces menues économies soulagent un peu le budget.

Sacrifices.

Certains frais pourtant pas superflus sont sacrifiés, comme ceux de santé, « totalement hors de prix ». Pas de visites chez le dentiste, par exemple. Ni de séances de kinésithérapie, recommandées à Florence pour ses problèmes de dos. De même, la vieille monture de lunettes cassée a attendu trois ans avant d’être remplacée.

Mais pour Florence, le sacrifice le plus grand concerne les loisirs des enfants. « Nous ne sortons jamais, déplore-t-elle. Comme nous n’avons pas de voiture, nous ne pouvons pas nous déplacer en famille. Le ticket de bus étant à 1,30 euro, multiplié par six en comptant un aller-retour, cela fait déjà plus de quinze euros. »

Solidarité.

L’école se trouve à cinq minutes à pied. Et les enfants sont inscrits au centre de loisirs proche qui propose des activités gratuites. En revanche, Florence se refuse à sacrifier les vacances des enfants. Depuis plusieurs années, le couple les envoie en colonie de vacances grâce au Secours Catholique. « Cela nous coûte un peu plus de 100 euros, dit Florence, mais nous faisons le maximum pour réunir cette somme. »

L’année dernière, pourtant, ils ont failli y renoncer. Heureusement, la solidarité familiale a joué. « Mon frère m’a prêté 100 euros. Je l’ai remboursé dès que je l’ai pu », précise-t-elle. Les frères et parents de Florence habitent Angers eux aussi et s’entraident. « Je peux compter sur eux, même s’ils sont aussi pauvres que nous », dit-elle, au moment même où l’un de ses frères entre pour sa visite quotidienne. Une habitude prise pour se soutenir mutuellement. Cette aide morale, Florence la trouve aussi à la délégation du Secours Catholique d’Angers où elle fait du bénévolat. « Je ne demande pas d’aide financière ou matérielle. Je n’aime pas demander, commente Florence. Pour moi, ce qui compte, c’est le soutien moral. Et puis, je me sens utile. Cela me fait du bien », affirme-t-elle, avant d’ajouter : « Ce n’est pas parce qu’on est en difficulté qu’on ne peut pas aider les autres. »

Les articles du dossier « Ressources : vivre avec moins de 1 000 euros par mois » :

Source Messages n° 651 - novembre 2010

Notes

[1] Les unités de consommation (UC) sont calculées afin de tenir compte des économies d’échelle. On compte une UC pour le premier adulte du ménage, puis 0,5 UC pour les autres personnes âgées de plus de 14 ans et enfin 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans (source Insee).