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Le Soudan : pays prioritaire en 2010-2011

11/01/2010

2010 s’annonce comme décisive pour l’avenir du Sud Soudan. Dans un rapport commun rendu public le 7 janvier, dix organisations non gouvernementales parmi lesquelles le Secours Catholique, soulignent la détérioration des conditions de vie des populations de cette région à la veille d’échéances électorales historiques.

Crédit : Élodie Perriot / Secours CatholiqueDes élections générales multipartites en avril, les premières depuis 1986, un référendum d’autodétermination prévu en janvier 2011, ces deux événements devraient jalonner la fin du processus de paix engagé en 2005. Après plusieurs décennies de guerre civile où deux millions de personnes ont trouvé la mort et quatre millions ont été déplacées, le Sud Soudan avait fini par retrouver la paix. Mais Khartoum, pris en tenaille entre ses intérêts et la pression internationale, brouille le jeu électoral et attise les conflits. Un afflux inhabituel d’armes inonde la région.

Le Darfour n’est pas pour autant oublié. Si cette région de l’ouest bénéficie d’une accalmie médiatique temporaire, 250 000 personnes restent exilées au Tchad et deux millions n’ont toujours pas regagné leurs villages d’où ils avaient été chassés.
Enfin, la sécheresse est revenue contrarier les récoltes attendues dans ces régions, faisant craindre une famine imminente à laquelle une distribution alimentaire, prévue par le Programme Alimentaire Mondial et nos partenaires sur le terrain, devrait répondre en février et en mars.
Pour toutes ces raisons, le Soudan sera le pays prioritaire de l’action internationale du Secours Catholique pour les deux ans à venir.

Le Soudan n’a jamais cherché, depuis son indépendance en 1956, à régler les problèmes d’intégration nationale. Le Nord qui regroupe une importante entité culturelle arabo-musulmane a toujours été perçu par le Sud, à prédominance noire, animiste et chrétienne, comme dominateur et exploiteur. Un Sud qui clame haut et fort que depuis l’indépendance rien n’a jamais été fait pour lui.

La guerre entamée en 1983 a largement retardé l’évolution culturelle, économique et sociale de cette région privée de tout. L’accord de paix (Comprehensive Peace Agreement) signé en 2005 entre le parti politique du Président El-Béchir et le SPLM, parti des rebelles séparatistes du Sud dont John Garang était le chef avant sa mort en 2005 dans un accident d’avion, a fait entrer la région dans une période d’immobilisme. Aucune infrastructure, aucune administration véritable, aucune formation ou éducation suffisante n’a été mise en place. Les soins hospitaliers sont rudimentaires et les quelques avancées technologiques importées à grands frais deviennent inutiles à la première panne, faute de maintenance.
Alors, la région retient son souffle et vit dans l’espoir qu’un nouveau pays, indépendant et libre, sortira des urnes au tout début de l’année prochaine et qu’une nouvelle vie commencera.

crédit : Elodie PERRIOT / SCLa sécession n’est toutefois pas acquise. Khartoum multiplie depuis quelques mois les tracasseries. Après avoir fait en 2008 un recensement du Sud qui ne prenait pas en compte un grand nombre de citoyens (soit en exil, soit dans des zones reculées, soit partis avec leurs troupeaux en transhumance) et remis en cause les frontières de la région, le gouvernement central vient d’obtenir que la majorité nécessaire pour remporter le référendum soit fixée à 51 % des voix et à 58 % de participation minimale. Autant de tentatives pour faire capoter le vote. Mais c’est aux élections générales d’avril 2010 qu’il faudra veiller. Douze niveaux de mandature sont à pourvoir, dont celui du Président, Omar El Béchir qui entend bien en sortir vainqueur pour échapper aux poursuites lancées contre lui par la Cour Pénale Internationale pour crimes contre l’humanité au Darfour.

« Si nous n’obtenons pas l’indépendance, avertissait un habitant de Torit, capitale d’un des dix Etats du Sud, le jour où il s’inscrivait sur les listes électorales, la guerre reprendra ! » Les nombreuses tribus nomades qui peuplent la région souhaitent simplement avoir à manger et à boire, pour eux et pour leurs troupeaux. Les enjeux de cette politique qui engendrent la guerre ou la paix, ils ne les comprennent pas toujours. Ils vivent le plus souvent isolés au sein de leurs communautés et n’en sortent que poussés par la nécessité, comme ils le firent jadis en s’enrôlant aux côtés des forces armées du plus offrant.

Les évêques soudanais réunis en conférence à Torit, début décembre, appellent solennellement la communauté internationale, et principalement le monde occidental, à soutenir le Sud Soudan sur la voie de la démocratie et du développement.

Le Secours Catholique exercera une vigilance toute particulière pendant cette année 2010 pour soutenir au mieux le processus démocratique et les programmes nécessaires à maintenir humanité et dignité.

Jacques Duffaut

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