La bande de Gaza a une superficie de 365 km². Elle est encerclée par l’État d’Israël qui, sur deux de ses côtés, outre une barrière de sécurité ou un mur, lui a imposé une zone soit interdite, soit à haut risque (de se faire tuer) d’une profondeur, selon les endroits, de 1 000 à 1 500 m. De ce fait, la superficie utilisable est ainsi diminuée de 17 % et 35 % des terres agricoles se trouvent en zone interdite ou à haut risque. Le point de passage pour les personnes, Erez, est réservé, à de très rares cas humanitaires près, aux diplomates et à quelques représentants internationaux d’organisations humanitaires. Pour les marchandises, les importations représentent actuellement moins de 30 % du trafic antérieur à l’opération « Plomb durci ». Quant aux exportations elles n’atteignent pas 3 % de ce qu’elles étaient alors. Le choix des produits est fait de manière quasi discrétionnaire par l’armée israélienne et les délais d’attente sont indéterminés ce qui est catastrophique pour les produits frais, qui pourrissent au soleil. On comprend aisément pourquoi existent de nombreux tunnels (au moins une centaine) qui permettent de franchir la frontière égyptienne du côté sud-ouest. Cette frontière était contrôlée, jusqu’à la chute du régime de Moubarak, par les Égyptiens pour le compte – et avec l’aide – des Israéliens, sous une supervision très théorique de représentants de l’Union européenne. Sauf exception, le point officiel de passage, à Rafah, était donc impraticable pour les Gazaouis. Il laisse maintenant passer quotidiennement une centaine de personnes (malades, étudiants), non compris les pèlerins en route pour La Mecque.
La frontière maritime est complètement fermée. Le port de Gaza, dont la reconstruction avait été financée par l’Union européenne à la suite des accords d’Oslo, est détruit depuis une dizaine d’année. La zone de pêche est limitée à 3 miles nautiques (5,5 km) et est interdite à ses deux extrémités. Le nombre de pêcheurs est donc passé en dix ans de 10 000 à 3 500.
La bande de Gaza compte maintenant 1,6 million d’habitants. Sa population s’accroît de plus de 3 % par an. La densité, sur la surface utilisable (83 % de 365 km²) est d’environ 5 300 habitants au km². Ses habitants sont aux deux tiers des réfugiés ou des descendants de réfugiés vivant dans des villes qui sont, elles-mêmes, d’anciens camps de réfugiés. Ils sont entassés dans des logements insalubres où l’eau, l’assainissement et l’électricité sont trop souvent absents ou rationnés. Les dizaines de milliers de logements détruits ou détériorés par l’opération « Plomb durci » attendent toujours les matériaux nécessaires à leurs reconstructions.
Sans qu’il soit nécessaire de rentrer dans les détails il est facile de comprendre que :
- la pauvreté touche plus de la moitié d’une population qui ne pourrait pas survivre sans l’aide de l’UNRWA ;
- la pollution gagne chaque jour en raison de l’insuffisance du système de traitement des eaux usées (celles-ci se déversent trop souvent directement dans la mer) ;
- la nappe phréatique surexploitée se salinise de plus en plus. L’augmentation des affections rénales dues à l’eau saumâtre le prouve.
Tout ce qui vient d’être décrit est condamné par le droit international. Assimilable à une occupation, ce blocus permanent impose à l’État d’Israël de prendre soin des populations occupées. Le droit international humanitaire interdit aussi la punition collective que, en représailles à la prise du pouvoir par le Hamas, l’armée israélienne inflige aux habitants de la bande de Gaza.
Sans chercher à justifier ni à excuser les attentats et les tirs aveugles des militants palestiniens – je les condamne –, j’ai essayé de comprendre la situation de ces 1,6 million de femmes et d’hommes, dont plus de la moitié ont moins de 18 ans. Quel espoir ont-ils de voir cesser la dégradation de leur misère, morale et physique ?
Au cours de ces derniers mois j’ai rendu visite deux fois à Nomika Zion, une Israélienne qui vit à Sderot sous la menace constante des tirs aveugles de fusées venant de la bande de Gaza. Elle est une des animatrices de l’association Une autre voix, qui s’était élevée contre les massacres causés par l’opération « Plomb durci ». Elle écrivait, à l’époque, que ce qui se passait ne pouvait être fait « ni en mon nom ni au nom de ma sécurité ». Le 30 avril 2010 elle rappelait au Premier ministre israélien que « la population de la bande de Gaza vit dans des conditions inhumaines, dans la plus grande prison sur terre », ajoutant que « le prochain cycle de violence dans notre secteur est juste une question de temps. Une fois encore, nos vies et leurs vies vont devenir un cauchemar ».
En cette période de Ramadan puissent les chrétiens s’associer aux musulmans pour demander à Dieu que l’appel de cette femme juive soit entendu.
Bernard Flichy






Laisser un commentaire