26/08/2011

Bernard Flichy, un des bénévoles du Secours Catholique travaillant sur les relations israélo-palestiniennes, rappelle dans le texte qui suit ce qu’endurent les habitants de Gaza et l’aptitude de certaines femmes israéliennes à dénoncer l’injustice du maintien de tout un peuple dans une prison à ciel ouvert.

La bande de Gaza a une superficie de 365 km². Elle est encerclée par l’État d’Israël qui, sur deux de ses côtés, outre une barrière de sécurité ou un mur, lui a imposé une zone soit interdite, soit à haut risque (de se faire tuer) d’une profondeur, selon les endroits, de 1 000 à 1 500 m. De ce fait, la superficie utilisable est ainsi diminuée de 17 % et 35 % des terres agricoles se trouvent en zone interdite ou à haut risque. Le point de passage pour les personnes, Erez, est réservé, à de très rares cas humanitaires près, aux diplomates et à quelques représentants internationaux d’organisations humanitaires. Pour les marchandises, les importations représentent actuellement moins de 30 % du trafic antérieur à l’opération « Plomb durci ». Quant aux exportations elles n’atteignent pas 3 % de ce qu’elles étaient alors. Le choix des produits est fait de manière quasi discrétionnaire par l’armée israélienne et les délais d’attente sont indéterminés ce qui est catastrophique pour les produits frais, qui pourrissent au soleil. On comprend aisément pourquoi existent de nombreux tunnels (au moins une centaine) qui permettent de franchir la frontière égyptienne du côté sud-ouest. Cette frontière était contrôlée, jusqu’à la chute du régime de Moubarak, par les Égyptiens pour le compte – et avec l’aide – des Israéliens, sous une supervision très théorique de représentants de l’Union européenne. Sauf exception, le point officiel de passage, à Rafah, était donc impraticable pour les Gazaouis. Il laisse maintenant passer quotidiennement une centaine de personnes (malades, étudiants), non compris les pèlerins en route pour La Mecque.

La frontière maritime est complètement fermée. Le port de Gaza, dont la reconstruction avait été financée par l’Union européenne à la suite des accords d’Oslo, est détruit depuis une dizaine d’année. La zone de pêche est limitée à 3 miles nautiques (5,5 km) et est interdite à ses deux extrémités. Le nombre de pêcheurs est donc passé en dix ans de 10 000 à 3 500.

La bande de Gaza compte maintenant 1,6 million d’habitants. Sa population s’accroît de plus de 3 % par an. La densité, sur la surface utilisable (83 % de 365 km²) est d’environ 5 300 habitants au km². Ses habitants sont aux deux tiers des réfugiés ou des descendants de réfugiés vivant dans des villes qui sont, elles-mêmes, d’anciens camps de réfugiés. Ils sont entassés dans des logements insalubres où l’eau, l’assainissement et l’électricité sont trop souvent absents ou rationnés. Les dizaines de milliers de logements détruits ou détériorés par l’opération « Plomb durci » attendent toujours les matériaux nécessaires à leurs reconstructions.

Sans qu’il soit nécessaire de rentrer dans les détails il est facile de comprendre que :
- la pauvreté touche plus de la moitié d’une population qui ne pourrait pas survivre sans l’aide de l’UNRWA ;
- la pollution gagne chaque jour en raison de l’insuffisance du système de traitement des eaux usées (celles-ci se déversent trop souvent directement dans la mer) ;
- la nappe phréatique surexploitée se salinise de plus en plus. L’augmentation des affections rénales dues à l’eau saumâtre le prouve.

Tout ce qui vient d’être décrit est condamné par le droit international. Assimilable à une occupation, ce blocus permanent impose à l’État d’Israël de prendre soin des populations occupées. Le droit international humanitaire interdit aussi la punition collective que, en représailles à la prise du pouvoir par le Hamas, l’armée israélienne inflige aux habitants de la bande de Gaza.

Sans chercher à justifier ni à excuser les attentats et les tirs aveugles des militants palestiniens – je les condamne –, j’ai essayé de comprendre la situation de ces 1,6 million de femmes et d’hommes, dont plus de la moitié ont moins de 18 ans. Quel espoir ont-ils de voir cesser la dégradation de leur misère, morale et physique ?

Au cours de ces derniers mois j’ai rendu visite deux fois à Nomika Zion, une Israélienne qui vit à Sderot sous la menace constante des tirs aveugles de fusées venant de la bande de Gaza. Elle est une des animatrices de l’association Une autre voix, qui s’était élevée contre les massacres causés par l’opération « Plomb durci ». Elle écrivait, à l’époque, que ce qui se passait ne pouvait être fait « ni en mon nom ni au nom de ma sécurité ». Le 30 avril 2010 elle rappelait au Premier ministre israélien que « la population de la bande de Gaza vit dans des conditions inhumaines, dans la plus grande prison sur terre », ajoutant que « le prochain cycle de violence dans notre secteur est juste une question de temps. Une fois encore, nos vies et leurs vies vont devenir un cauchemar ».

En cette période de Ramadan puissent les chrétiens s’associer aux musulmans pour demander à Dieu que l’appel de cette femme juive soit entendu.

Bernard Flichy

Voir aussi

Sur les mêmes thèmes

Laisser un commentaire


Un modérateur est susceptible de ne pas publier toute contribution qui ne serait pas en relation avec le thème de l’article, la ligne éditoriale du site, ou qui serait contraire à la loi. Vous ne pouvez pas indiquer de lien vers des sites Web ni dépasser 800 caractères. Vous disposez d'un droit d'accès, de rectification et de suppression de vos contributions.
Une question ? Utilisez le formulaire de contact pour recevoir une réponse.

Qui êtes-vous ? (optionnel)
Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

  • * Champs obligatoires

haut

Communiqués de presse icone

Crise alimentaire au Sahel : le Secours Catholique-Caritas France lance un appel aux dons

Face à la crise alimentaire qui s’intensifie dangereusement dans la région du Sahel, le Secours Catholique-Caritas France se mobilise et lance un (...)

Birmanie (État Kachin - nord du pays) : Le CCFD-Terre Solidaire et le Secours Catholique-Caritas France appellent la France et l’UE à exiger la fin des graves exactions contre les civils dans l’État Kachin

De retour d’une mission de terrain dans l’État Kachin fin février 2012, le CCFD-Terre Solidaire et le Secours Catholique-Caritas France dénoncent une (...)

Haïti : deux ans après le séisme, le Secours Catholique-Caritas France reste engagé aux côtés de la population

Le Secours Catholique-Caritas France intervient en Haïti depuis 1964. Dès les premières heures qui ont suivi le séisme, l’association s’est mobilisée (...)
Tous les communiqués de presse
haut

Zoom sur icone

Développer l’Irak, c’est le reconstruire !

L’attentat qui a frappé l’église syriaque catholique de Bagdad, le 31 octobre (...)
crédit : Mohamed Azakir / REUTERS / Courtesy of alernet.org

Liban – « Ce n’est pas un pays mais un message »

Très sensible à tout ce qui se passe au Moyen Orient, le Liban fait face à (...)

haut

Nos reportages icone

Mayotte, terre de France dans l’archipel des Comores

MultiViewer nécessite JavaScript et le lecteur (...)

Appel d’urgence crises Corne de l’Afrique

Spot d’appel à la générosité pour les victimes de famine - (...)
Crédit photos : Eoghan Rice / Trocaire/CI/Flickr

La sécheresse dans le nord du Kenya

MultiViewer nécessite JavaScript et le lecteur (...)
haut

Caritas Internationalis

Pope Benedict encourages work of Caritas for those most in need

Pope Benedict XVI greeted delegates from (...)

Caritas Internationalis welcomes new papal decrees

Caritas Internationalis President Cardinal (...)

Pope Benedict approves new legal structure for Caritas Internationalis

Pope Benedict XVI has given his seal of (...)

Sudan and South Sudan must step back from war

Caritas Internationalis fears that a full (...)

Caritas closes local office in conflict hit northern Mali

Caritas Mali says its local office in Gao in (...)
haut

A consulter sur le Web