
L’objectif de toute éducation devrait être de projeter chacun dans l’aventure d’une vie à découvrir, à orienter, à construire.
Parmi les actions d’accompagnement des enfants, l’accompagnement à la scolarité tient une place importante. Pour un enfant, la scolarité représente non seulement une part très importante de son temps et de sa vie, mais elle est un lieu essentiel dans la construction de sa vie et de son avenir. Aller à l’école est inscrit dans les obligations comme dans les habitudes. Pour beaucoup d’enfants de familles en précarité, cette obligation n’est pas forcément un passage facile. Et quand les difficultés arrivent, il faut certes une volonté des parents et de l’enfant, mais surtout, un soutien et une aide réelle pour les surmonter. C’est dans cet esprit que le Secours Catholique a développé, depuis plus de quinze ans, l’accompagnement scolaire pour des enfants en difficulté.
Comme le stipule la charte nationale d’accompagnement à la scolarité (2001), à laquelle le Secours Catholique a adhéré, il s’agit de l’ensemble des actions visant à offrir, aux côtés de l’école, l’appui et les ressources dont les enfants ont besoin pour réussir à l’école, appui qu’ils ne trouvent pas toujours dans leur environnement social ou familial.
Mais quels enfants sont concernés ? Ce ne sont pas forcément des enfants en échec scolaire. Certains sont en situation sociale fragile et pourraient, sans accompagnement, se trouver en difficulté. D’autres sont en difficulté sur certaines matières, manquent d’appui à domicile (problèmes de langue, de parcours scolaire des parents, logement inadapté…) ou perdent pied par rapport au rythme de la classe. Si un des objectifs de l’accompagnement scolaire est l’amélioration de la situation scolaire, il n’est pas le seul. Il s’agit avant tout de travailler sur la confiance et la motivation de l’enfant, de mettre en avant ses compétences et ses goûts, pour qu’il puisse réellement participer et profiter de son apprentissage scolaire.
Plusieurs types d’accompagnement scolaire existent : l’accompagnement individuel où le bénévole se rend au domicile une ou deux fois par semaine pour une ou deux heures, l’accompagnement semi-collectif où plusieurs enfants sont accompagnés individuellement dans un même local et l’accompagnement collectif où plusieurs bénévoles sont présents dans un local pour un groupe d’enfants. La base est bien le programme scolaire de l’enfant, mais pas uniquement de faire les « devoirs ». Il importe que l’enfant puisse apprendre à apprendre, à lire les consignes et à comprendre ce qui lui est demandé.
Souvent, c’est un chemin apparemment détourné qui va ouvrir des portes à l’enfant. Le jeu en est un : « Par le jeu, il est plus facile de faire passer des notions de mathématiques ou de français sur lesquelles l’enfant bute », explique Françoise Levoir, responsable de l’accompagnement à Lyon. D’autres voies sont possibles : animations collectives, sorties avec tous les enfants (auxquelles peuvent être invités les parents), visites, balades où tout est occasion d’éveiller la curiosité, de tisser des liens, de permettre l’échange ou de vivre de nouvelles expériences.
En collectif ou en semi-collectif, outre la relation avec le bénévole, la vie de groupe, l’interaction possible entre les enfants, l’entraide mutuelle seront des éléments porteurs de la dynamique. À domicile, la richesse de la relation personnelle avec l’enfant est un atout : « L’enfant est plus disposé à avoir une relation personnelle avec le bénévole. C’est lui qui le reçoit à la maison. Certains enfants sont peu valorisés au sein de la cellule familiale : la venue d’un bénévole rien que pour eux, à leur écoute, disponible, est extrêmement forte. Le relationnel est important, car parfois le problème scolaire de l’enfant réside dans autre chose que l’école, dans un environnement personnel compliqué », explique François Ziegler, de la délégation de Nancy. En effet, c’est la globalité de la situation de l’enfant qu’il faut prendre en compte pour comprendre les raisons d’un échec, d’un comportement difficile, et être en mesure de trouver, avec lui, les moyens d’en sortir. C’est tout le sens de la dimension d’accompagnement propre à l’accompagnement scolaire au Secours Catholique.
Accompagnement qui peut aussi englober la famille. Il est évident que ce qui est vécu dans et par la famille influence l’enfant. Une première étape peut être d’aider à construire de meilleures relations entre la famille et l’école. Certaines familles ne se rendent pas aux réunions ou ne vont pas voir les professeurs car elles ont un passé difficile avec l’institution, ne savent pas écrire ou n’osent pas parler de leur situation. Ce qui, en cas de difficultés, ne fait qu’augmenter les tensions. Qu’un bénévole puisse les accompagner lors d’un rendez-vous avec l’enseignant débloque des situations, pour la famille qui n’avait pas ou peu de relations avec l’école et pour l’enseignant qui, connaissant mieux la situation, pourra aider plus sûrement l’enfant en classe. L’accompagnement réside parfois aussi dans l’apprentissage des parents pour aider et soutenir leur enfant dans son travail scolaire quand ils ne savent pas comment faire.
Enfin, il peut s’agir aussi d’élargir l’action vers d’autres équipes ou bénévoles de la délégation pour avancer sur d’autres sujets pour la famille – logement, travail, budget… – ou encore vers d’autres partenaires locaux.
En effet, l’accompagnement à la scolarité doit permettre de « décloisonner », de mettre en relation bénévoles, équipes et familles, mais aussi les enfants, en leur proposant d’autres activités dans le cadre du Secours Catholique (Accueil familial de vacances, parrainage…). Pour les enfants et les familles, au-delà des activités proposées, dialogue, partage, rencontres seront autant de moyens pour arriver à dépasser leurs difficultés.
Témoignage
« Seul le ballon passionne Romain. À l’école, il a réponse à tout, fait le pitre, refuse d’obéir et de travailler. Il est un écorché vif à 10 ans… La maman appelle à l’aide, car il n’existe plus entre eux qu’un rapport de force. Lors de nos premières rencontres, l’enfant se braque et refuse d’ouvrir son cartable. C’est à moi de mettre les livres sur la table… Je finis par entrer en dialogue par le biais de ses centres d’intérêts (pompier, football…). Je rencontre sa maman et son instituteur. Un travail d’équipe démarre. En plus du soutien scolaire, s’instaure un accompagnement familial. Au fil de nos rencontres, une relation de confiance s’installe. Il me parle beaucoup de son papa, de son décès et me confie : "Un jour, je suis allé chez la nourrice et je ne l’ai jamais revu. Je le porte sur mon cœur". Les semaines passent et j’arrive peu à peu à le faire travailler. Toutes les astuces sont bonnes pour capter son attention. Petit à petit, sa vie se transforme à l’école, il devient plus social et moins révolté. Les mauvaises notes diminuent, les bonnes notes sont là. Toute l’équipe l’encourage. Je découvre qu’il aime chanter. Nous décidons, sa maman et moi-même, de participer à une chorale. Vers la fin de l’année, il me salue avec un merveilleux dessin. »
Madeleine, bénévole
Témoignage
« Depuis huit ans, je vis seule avec mes trois enfants qui ont 18, 14 et 10 ans. Au niveau études, j’ai le BEPC mais je n’ai pas fait de formation professionnelle. Je cherche beaucoup, mais je n’arrive à trouver que des petits boulots, souvent en remplacement pour quelques jours. Les allocations familiales m’ont permis de tenir, mais mon aîné a grandi et il n’a pas encore de travail. Heureusement, il a eu son bac et je crois que c’est grâce au soutien scolaire que lui a apporté le Secours Catholique parce que, moi, je ne savais pas et en plus je n’avais pas beaucoup de temps avec les deux petits. J’ai des fois du mal à payer le loyer, et le Secours Catholique m’aide. Mais je veux m’en sortir toute seule. Le Secours Catholique m’a proposé une formation d’aide-soignante, et je vais le faire, parce que je veux que mes enfants soient fiers de moi. »
Juliette, personne accompagnée








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