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Lettre ouverte d’Étienne Noël, animateur à Marseille, travaillant avec et auprès des gens du voyage et des Roms

27/09/2011

Et maintenant, on va où ? Nos amis roms qui vivaient dans le bidonville de La Capelette ont été expulsés…

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C’est la fin d’une étape importante dans « l’aventure » belle et difficile que nous avons entreprise depuis un an avec les familles roms, des habitants de La Pauline et l’Action Roms du Secours Catholique.

Nous ne cherchons pas à savoir si le travail a « réussi », car aujourd’hui notre présence sur le terrain de La Capelette est « tombée à l’eau », brisée par une politique d’expulsion qui refuse d’entendre les solutions qui lui sont proposées. Mais nous gardons le contact avec les familles et les moments partagés autour d’un café ou d’un repas sont inestimables pour la suite de notre travail.

Voisins, habitants du quartier, citoyens de Marseille ont raison de se mobiliser face aux situations inacceptables dans lesquelles vivent les familles roms. Les familles roms n’avaient pas de W-C, ils faisaient leurs besoins là où ils le pouvaient, donc parfois au nez des voisins ou du collège situé de l’autre côté de la rue. Les ordures n’étaient pas ramassées et elles s’entassaient sur le terrain, si bien que nous avons organisé avec l’équipe Action Roms un nettoyage, complété par Veolia, le propriétaire du terrain.

Nous pouvons témoigner que de nombreux citoyens français ont aidé ces familles, touchés par la misère dans laquelle elles sont contraintes de vivre. Les propos agressifs et diffamatoires étaient une goutte d’eau dans l’océan de bonne volonté, mêlée parfois d’un sentiment d’impuissance, qu’éprouvaient les voisins.

Nous avons créé des liens forts avec les familles, nous avons animé des ateliers avec les enfants, scolarisé des enfants, apporté des aides pour les papiers administratifs. Nous nous sommes battus avec l’aide d’un avocat pour reculer la date d’expulsion. Nous avons fait la fête ensemble, partagé des repas, nous sommes allés au théâtre, et avons participé à la Caravane de la fraternité…

Nous en étions à la possibilité de créer un Conseil des familles roms avec des représentants des familles, ce qui aurait permis aux familles roms d’organiser la vie sur le terrain et de se détacher de certains réseaux toxiques qui exploitent les plus faibles.

Je pense également à cette dame d’une cinquantaine d’année, handicapée, en fauteuil roulant, avec sa fille. Elles sont en France depuis huit ans, elle fait la manche et sa fille va à l’école. Elles vivaient dans une cabane au fond du terrain, dans un creux où l’eau stagnait après la pluie, où les rats étaient légion. Nous n’avons pas pu résister et l’avons hébergée un mois à l’hôtel, avant et pendant l’expulsion du 20 septembre, alors que notre politique est de limiter les aides directes !

Mais que faire quand, en tant qu’association de lutte contre la pauvreté et reconnue d’utilité publique, ces mêmes pouvoirs publics qui disent reconnaître notre action nous mettent des bâtons dans les roues !

La volontaire de l’Action Roms et les bénévoles avaient organisé une présence sur le terrain dès 6 h du matin à partir du 15 septembre, date de l’expulsion officielle. Des partenaires nous ont soutenus, tels les éducateurs de l’ADDAP 13 [Association départementale pour le développement des actions de prévention des Bouches-du-Rhône], Médecins du Monde, Rencontres Tsiganes et l’AMPIL [Action méditerranéenne pour l’insertion sociale par le logement]. Mais ce matin du 20 septembre nous étions personæ non gratæ sur le terrain, le quartier était bouclé par plus d’une cinquantaine de policiers en armure « Robocop » comme si les familles apeurées, avec leurs poussettes et leurs enfants, allaient sortir les kalachnikovs ! Nous avons fait le constat absurde que la police a peur des Roms ! Sinon pourquoi tant de moyens mis en œuvre ? Les Roms eux sont terrifiés et ne savent pas où aller ! En un an de présence sur le terrain auprès des Roms nous n’avons eu aucun, vraiment aucun problème ni sentiment d’insécurité ! Mais ce matin du 20 septembre, pour la première fois au terrain de La Capelette nous avons eu peur, peur de notre police censée nous protéger ! On est loin des clichés des réseaux mafieux « gitans » circulant en Mercédès que véhiculent certains de nos concitoyens trop ignorants des réalités pour ne pas taxer d’utopiques ceux qui se battent pour leur liberté.

Certains journaux, qui n’ont pu s’approcher du terrain, ont écrit que la préfecture avait fait des propositions de solutions aux familles avec l’aide du Samu Social. En réalité il n’y a qu’une solution proposée : rentrez chez vous ! Mais comment fait-on lorsque l’on n’a pas de chez soi ?

Ce que nous attendons n’est pas utopique : nous demandons un lieu, un espace où nous pourrions proposer à des familles, et notamment les plus faibles, de poser leurs valises, d’apprendre le français, d’aller à l’école, de trouver un travail, de créer des liens amicaux. Nous proposons à chacun les droits fondamentaux que notre démocratie prétend avoir inventés et qu’elle se doit sans cesse de défendre !

Soutenez-nous et posons-nous ensemble la question si pleine de bon sens du film de Nadine Labaki : Et maintenant, on va où ?

Étienne Noël
Secours Catholique-Caritas France
Marseille, le 21 septembre 2011

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Commentaires

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  • Je suis en admiration devant ce que vous avez fait pour cette communauté Roms et regrette aussi que l’Etat ne soit pas à l’écoute de ceux qui les ont entourés et sont prêts à participer à la mise en place de solutions humainement acceptables. Souhaitons que les réactions (à entretenir !) de la société civile pour soutenir cette population face aux mesures de démantellement -voire d’expulsion- prises par les Pouvoirs publics leur feront reconsidérer les dispositions prises avec un esprit d’humanité.

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