
- crédit : Jacques Duffaut / Secours Catholique
- Le délégué du Secours Catholique de La Rochelle dans la cour du café Causette, rue des Augustins.
La délégation de Charente-Maritime accompagne encore des personnes sinistrées, dix mois après la tempête Xynthia. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?
Pierre Bouin : Il y a eu cette énorme mobilisation dès les premiers jours de mars, avec un afflux de nouveaux bénévoles et de dons. Nous avons été très présents sur le terrain jusqu’en mai-juin. Puis il y a eu les vacances d’été et beaucoup de personnes sinistrées ont voulu profiter de cette période pour réhabiliter leurs maisons ou pour recommencer ailleurs. Tout le monde était relogé, il n’y avait plus d’urgence. À la rentrée, les assurances ont été versées, de nombreux occupants ont réintégré leurs logements. Dans de nombreux cas, il manquait du mobilier, de l’électroménager. Il y a eu de nouveaux besoins. Nos six équipes sont reparties pour aller voir les personnes réinstallées, en leur distribuant des produits d’entretien et d’hygiène donnés par des entreprises de la région.
Quelle est la réaction des personnes que vous rencontrez ?
P.B. : De la surprise et de la joie. J’ai entendu des personnes dire : « Oh ! Il y en a qui pensent encore à nous ! ». Le simple fait de demander quelles sont les difficultés que rencontrent les personnes sinistrées aujourd’hui est un réconfort. La plupart pensent qu’il y a plus malheureux qu’elles et que notre aide devrait s’adresser à ceux-là. Mais très vite, dans la conversation, on s’aperçoit qu’il y a des besoins divers, un accompagnement dans des démarches administratives par exemple ou un élément électroménager qui s’avère finalement indispensable. Pour cette dernière aide, nous avons passé une convention avec Conforama.
Tous ceux qui ont été touchés par la tempête peuvent faire appel à vous ?
P.B. : Oui, bien sûr. Toutefois nous avons voulu porter une attention particulière aux très petites entreprises (TPE), celles qui emploient moins de trois personnes. Nous avons lancé une communication à leur intention et nous avons établi un partenariat avec le Crédit mutuel Océan, avec l’Association de soutien à la création d’entreprise (l’ADIE) et avec France Active. Grâce à ce partenariat, nous pouvons attribuer une aide financière jusqu’à 3 000 euros, souscrire un crédit de 6 000 euros auprès de l’ADIE ou un crédit de 15 000 euros à 2,75 % auprès du Crédit mutuel Océan. Le Secours Catholique se porte caution à hauteur de 50 %. Un seul exemple, sur l’île d’Oléron, une jeune ostréicultrice qui avait vu sa cabane emportée par la tempête a pu obtenir un crédit qui lui a permis de redémarrer son activité.
Comment communiquez-vous sur cette dernière action ?
P.B. : Nous avons informé le conseil général, toutes les mairies, la préfecture et nous avons tenu une conférence de presse avec nos partenaires début novembre.
Combien de réponses avez-vous reçues ?
P.B. : Pour l’instant, nous traitons une dizaine de dossiers. La chambre de métiers nous a signalé cinq autres entreprises qui pourraient être concernées par nos aides.
N’est-ce pas un peu tard pour proposer cette aide-là ?
P.B. : Non car les petites structures ont préféré faire leur saison d’été sans trop se focaliser sur leurs difficultés de trésorerie. Elles se sont débrouillées, elles n’ont pas osé demander de l’aide, les gens sont fiers ici. Mais, du coup cet automne, certains ont dû intégrer d’autres locaux, d’autres sont à court de trésorerie, et d’autres encore ont des machines à remplacer. Le dispositif correspond bien à des besoins actuels.
Les personnes qui se sont engagées bénévolement à vos côtés en mars dernier sont-elles encore là ?
P.B. : Certaines sont restées, oui. D’autres se tiennent en réserve au cas où nous aurions encore besoin d’elles. Mais cet accroissement de bonnes volontés nous a donné l’occasion de redéfinir ensemble les missions du Secours Catholique. Dans l’esprit du grand public comme de nos bénévoles, le Secours Catholique sert les pauvres et les très pauvres. Le bureau de la délégation a clairement dit que notre mission sert aussi à éviter que les gens tombent dans la pauvreté. Quand quelqu’un perd son emploi, n’a plus de véhicule parce que trop vieux pour être remboursé par les assurances, il est fragilisé, il risque de tomber dans la précarité. Notre mission est d’empêcher cela et nous apportons notre aide pour éviter que ces personnes ne basculent dans la pauvreté.
Propos recueillis par Jacques Duffaut










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