Editorial

Par Renée Thominot, 56 ans, 2 enfants, 2 petits-enfants. Vit de l’Allocation spécifique de solidarité (14,51 € par jour) délivrée à ceux qui ont travaillé 5 ans, dans les 10 années précédant le chômage.

Qui est vraiment expert en précarité ? Celui qui voit et qui contemple ou celui qui la vit et se bouge ? Pour le premier, celui qui constate, l’assistanat est le seul remède à ce fléau avilissant. Pour lui, les clichés sont tellement puissants qu’en toutes circonstances, le précaire doit avoir la gueule de l’emploi : le pauvre est triste, il bafouille, il a peur, il estcommesur une image d’Épinal, recroquevillé sur lui-même. Foutaises ! Pour le second, moi qui suis commelui, je vais te dire ce que désirent ces gens, tous ces « sans »commeon les appelle aujourd’hui. Celui-ci, sa dignité est souvent bafouée. Celle-là rame ou erre toute la journée. Celle-ci devient irascible, onne comprend pas bien pourquoi… Celui-là, celle-là, encore et encore…Mais quand est-ce que tout cela s’arrêtera ? Quand ils deviendront des invisibles et disparaîtront petit à petit de la surface de la planète ?
Non, il ne faut pas.
Nous avons tous besoin les uns des autres. Car il y a de l’entraide, de l’ingéniosité, de la ressource etmêmede la générosité, en bref de l’humanité chez ces gens là. Et j’en sais quelque chose, car je suis l’un d’entre eux.