
| |

Accueillir les immigrés
 |
Les Semaines Sociales, dans le cadre de la prochaine élection
présidentielle, ont fait 12 propositions pour une
société plus juste.
Nous
publions ci-dessous la
proposition 10 : Accueillir dignement
les immigrés.
« La France ne peut accueillir toute
la misère du monde, mais elle doit
savoir en prendre fidèlement sa
part » : ne tronquons pas cette célèbre
phrase d’un ancien Premier
ministre. Quelle est la « part » de
cette misère qu’il est juste d’accueillir,
pour un pays comme le
nôtre ? Uniquement celle que nous
choisissons en fonction de nos
besoins et intérêts ? Aussi légitime
que soit cette préoccupation, nous
pensons que nos seuls intérêts ne
peuvent pas être le critère ultime
de notre politique d’immigration.
Certains droits doivent être pris
en compte, parce qu’il en va de la
dignité des personnes. Nous en
soulignons trois :
● le droit de chacun à vivre en
famille. Aucune mesure visant à
réguler le regroupement familial
n’est légitime si elle aboutit
concrètement à rendre ce droit
impossible.
● le droit de chacun à vivre sans
crainte, sans se cacher. Il serait
donc juste d’accorder une carte
de séjour aux étrangers ayant
vécu 5 ans sur le sol français.
● le droit, pour toute personne persécutée
dans son pays pour des raisons
ethniques, politiques ou religieuses,
de trouver asile. Il serait
juste de supprimer les mesures
qui, dans le but légitime d’éviter
les détournements de la procédure
d’asile, ont ces dernières années
enlevé à beaucoup de véritables
demandeurs d’asile la possibilité
même de faire valoir ce droit.
Par ailleurs, nous estimons que,
pour une meilleure intégration
des étrangers, ceux d’entre eux
qui ont vécu dix ans en France
devraient se voir reconnaître le
droit de voter aux élections
municipales et cantonales.
Toutes les propositions sur : www.une-societe-plus-juste.org.
Télécharger les 12 propositions
|
| |

Les exigences du
codéveloppement
 |
Est-ce une bonne nouvelle ? Nous le souhaitons
car les peuples du Sud, en
Afrique notamment, vivent une
tragédie sans nom et la France
porte à la fois une responsabilité
et un handicap très lourd dans ce
domaine. D’abord notre aide
publique réelle au développement
est parmi les plus faibles
des pays de l’OCDE (moins de
0,5 % du PNB) ; ensuite, nous
sommes experts pour reprendre
d’une main -celle de la corruption-
ce que nous donnons de
l’autre. Nous savons hélas que
ces procédés sont largement
répandus dans la zone d’influence
française. Enfin l’aide
actuelle est conçue selon des
standards occidentaux.
Ce qui honorerait notre pays
c’est que ce co-développement se
fasse vraiment dans la transparence,
dans le respect des pays
bénéficiaires et surtout de leurs
sociétés civiles qui expriment,
chaque fois qu’elles le peuvent,
une claire volonté de reprendre
en main leur avenir. Un tel programme
exigerait de nos gouvernants,
quels qu’ils soient, des
mesures exemplaires et efficaces.
Ainsi, il serait salutaire :
● que des partenariats équitables
s’instaurent entre universités,
entreprises, hôpitaux, centres de
recherche, coopératives, pour que
les Africains soient créateurs de
leur propre richesse et puissent
vivre chez eux. Les projets des
migrants eux-mêmes devraient
être soutenus, ce qui n’est pas
vraiment le cas aujourd’hui,
● que nos entreprises paient le
juste prix, respectent l’environnement
et cessent de corrompre les
États des pays d’accueil, et que la
France promeuve la démocratie
au lieu de soutenir ces nombreux
régimes qui font la honte de tous,
● qu’on cesse de subventionner
nos exportations agricoles qui, au
lieu de nourrir les peuples, les
affament, en ruinant les chaînes
de production agricoles locales et,
dans le même esprit, de leur laisser
quelques barrières douanières
pour protéger le faible
tissu économique qu’une logique
libérale est en train de détruire.
Par Olivier Chazy,
président d’Emmaüs
liberté 94, de Karibu IdF
et de Karibu Kinshasa
Plusieurs associations de la société
civile africaine ont rédigé un texte
remarquable sur le sujet, à destination
des candidats à la présidentielle.
À consulter sur :
www.ccfd.asso.fr |
|

| Youbis : « Si vous saviez les papiers
que doit remplir un sans-papiers ! » |

|
Youbis, Mauritanien d’origine, vit en France depuis sept ans. En toute illégalité. Mais il a appris l’art
de la clandestinité… et se bat avec les sans-papiers.
Youbis est un
menteur et il
l’assume. Il y a
sept ans, il a
débarqué en
France avec de
faux papiers. Depuis quatre ans,
il travaille dans un restaurant
sous une identité usurpée. En
CDI, en plus ! De son côté, l’Ofpra
(Office français de protection des
réfugiés et apatrides) refuse de
croire ses histoires de menaces
de mort en Mauritanie et l’a
débouté plusieurs fois. Pourtant,
là, Youbis semble ne plus mentir.
« Sérieusement, si nous étions
heureux chez nous, nous ne
serions pas là à vivre dans la
crainte d’une arrestation. Je
n’avais aucune envie de changer
de pays. » En Mauritanie, Youbis
est menacé de mort, et s’enfuit
au Mali.
Un passeur lui fait des faux
papiers. Il arrive en France comme
citoyen malien avec un visa de
quinze jours. Depuis qu’il a débarqué
en 2000, sa vie est un long parcours
administratif. Il dépose un
dossier à la préfecture comme
demandeur d’asile politique.
Débouté, il dépose un recours. Nouveau
refus. Deux ans plus tard, il
demande la réouverture de son
dossier. Rejeté. « Trois jours après, je
recevais une notification de reconduite
à la frontière.»
Depuis un an, Youbis n’a plus le
droit de rester en France.Il
apprend l’art de la clandestinité.
La règle d’or : « Personne ne doit
rien savoir sur toi. » Les trucs :
éviter de sortir la nuit, fuir les
lieux publics... « En général, c’est
dans les transports en commun
que surgissent les contrôles de
police. Là, il faut garder son
sang-froid… » Comme pour le
travail : « Le patron de mon restaurant
ignore tout de moi… Il
faut que je vive, en attendant ma
régularisation.»
La survie au quotidien
L’interdiction de travailler, pour
les sans-papiers, constitue une
véritable préoccupation. D’une
part, quant à leur survie quotidienne,
puisqu’ils sont contraints
de travailler au noir, au risque
d’être exploités. D’autre part,
parce qu’on leur demande, dans
la perspective d’une régularisation,
de justifier de leur présence.
Une occasion pour Youbis de s’insurger
contre l’iniquité des décisions
préfectorales et les conditions
d’accueil des demandeurs.
Car notre homme n’est pas du
genre à attendre que les choses
se fassent sans lui. « Si tu croises
les bras, il ne va rien se passer. Il
faut nous exprimer en groupe
pour faire savoir qu’il y a des milliers
de personnes dans notre
situation. Sinon, qu’est-ce que
vaut la voix d’un clandestin ?»
Lui qui n’a pas le droit de vote
se veut un citoyen exemplaire.
Un soir, il participe à une réunion
pour rédiger des propositions
aux candidats. Un autre
soir, il retrouve un groupe de
migrants de la délégation du
Secours Catholique de Paris,
rassemblant de nombreux sanspapiers.
« En plus de nous informer
sur les lois, de nous apporter
du réconfort, d’échanger des
conseils de survie, cela permet
surtout de porter nos voix.»
Force de preuve
Lucide, Youbis mesure les
risques : « Moi je suis prêt à parler.
Nos histoires ont force de
preuve et sont la seule arme pour
nous en sortir.»
Le groupe mène un travail de sensibilisation
auprès du public.
« Nous avons organisé un rendezvous,
« Les petits papiers des sanspapiers », pour montrer les formalités
que nous avons à remplir. »
Youbis raconte sa rencontre avec
l’adjointe au maire de Paris chargée
de l’immigration et des étrangers
non communautaires.
« Nous demandons des choses
concrètes : au niveau des préfectures,
quand on nous refuse nos
dossiers incomplets, qu’on nous
précise ce qu’il manque ; qu’on
diminue les contrôles arbitraires...
Notre seul espoir est de faire entendre
nos voix. C’est tout ce qui reste
en notre pouvoir… »
Par Louis Guinamard
|
|
 |
 |
Je demande le droit à vivre l’amour et la famille avec l’homme que j’aime et qui est demandeur
d’asile.
Je demande que cesse cette suspicion du mariage blanc.
Je demande qu’il ait le droit
de travailler pour subvenir à ses besoins et à ceux de notre famille, je demande qu’on cesse de nous
considérer comme des truandeurs.
Je demande qu’on nous laisse vivre en paix.. |
Martine Alassane
45 ans, mère de deux enfants
Technicienne de surface, Strasbourg |
 |
|