Youbis est un menteur et il l’assume. Il y a sept ans, il a débarqué en France avec de faux papiers. Depuis quatre ans, il travaille dans un restaurant sous une identité usurpée. En CDI, en plus ! De son côté, l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) refuse de croire ses histoires de menaces de mort en Mauritanie et l’a débouté plusieurs fois. Pourtant, là, Youbis semble ne plus mentir. « Sérieusement, si nous étions heureux chez nous, nous ne serions pas là à vivre dans la crainte d’une arrestation. Je n’avais aucune envie de changer de pays. » En Mauritanie, Youbis est menacé de mort, et s’enfuit au Mali.
Un passeur lui fait des faux papiers. Il arrive en France comme citoyen malien avec un visa de quinze jours. Depuis qu’il a débarqué en 2000, sa vie est un long parcours administratif. Il dépose un dossier à la préfecture comme demandeur d’asile politique. Débouté, il dépose un recours. Nouveau refus. Deux ans plus tard, il demande la réouverture de son dossier. Rejeté. « Trois jours après, je recevais une notification de reconduite à la frontière. »
Depuis un an, Youbis n’a plus le droit de rester en France.Il apprend l’art de la clandestinité. La règle d’or : « Personne ne doit rien savoir sur toi. » Les trucs : éviter de sortir la nuit, fuir les lieux publics... « En général, c’est dans les transports en commun que surgissent les contrôles de police. Là, il faut garder son sang-froid… » Comme pour le travail : « Le patron de mon restaurant ignore tout de moi… Il faut que je vive, en attendant ma régularisation.»
La survie au quotidien
L’interdiction de travailler, pour les sans-papiers, constitue une véritable préoccupation. D’une part, quant à leur survie quotidienne, puisqu’ils sont contraints de travailler au noir, au risque d’être exploités. D’autre part, parce qu’on leur demande, dans la perspective d’une régularisation, de justifier de leur présence. Une occasion pour Youbis de s’insurger contre l’iniquité des décisions préfectorales et les conditions d’accueil des demandeurs. Car notre homme n’est pas du genre à attendre que les choses se fassent sans lui. « Si tu croises les bras, il ne va rien se passer. Il faut nous exprimer en groupe pour faire savoir qu’il y a des milliers de personnes dans notre situation. Sinon, qu’est-ce que vaut la voix d’un clandestin ? »
Lui qui n’a pas le droit de vote se veut un citoyen exemplaire. Un soir, il participe à une réunion pour rédiger des propositions aux candidats. Un autre soir, il retrouve un groupe de migrants de la délégation du Secours Catholique de Paris, rassemblant de nombreux sanspapiers. « En plus de nous informer sur les lois, de nous apporter du réconfort, d’échanger des conseils de survie, cela permet surtout de porter nos voix.»
Force de preuve
Lucide, Youbis mesure les risques : « Moi je suis prêt à parler. Nos histoires ont force de preuve et sont la seule arme pour nous en sortir. »
Le groupe mène un travail de sensibilisation auprès du public. « Nous avons organisé un rendezvous, « Les petits papiers des sanspapiers », pour montrer les formalités que nous avons à remplir. » Youbis raconte sa rencontre avec l’adjointe au maire de Paris chargée de l’immigration et des étrangers non communautaires. « Nous demandons des choses concrètes : au niveau des préfectures, quand on nous refuse nos dossiers incomplets, qu’on nous précise ce qu’il manque ; qu’on diminue les contrôles arbitraires... Notre seul espoir est de faire entendre nos voix. C’est tout ce qui reste en notre pouvoir… »
Par Louis Guinamard
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Accueillir les immigrés
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Les Semaines Sociales, dans le cadre de la prochaine élection présidentielle, ont fait 12 propositions pour une société plus juste.
Nous publions ci-dessous la proposition 10 : Accueillir dignement les immigrés.
« La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part » : ne tronquons pas cette célèbre phrase d’un ancien Premier ministre. Quelle est la « part » de cette misère qu’il est juste d’accueillir, pour un pays comme le nôtre ? Uniquement celle que nous choisissons en fonction de nos besoins et intérêts ? Aussi légitime que soit cette préoccupation, nous pensons que nos seuls intérêts ne peuvent pas être le critère ultime de notre politique d’immigration. Certains droits doivent être pris en compte, parce qu’il en va de la dignité des personnes. Nous en soulignons trois :
● le droit de chacun à vivre en famille. Aucune mesure visant à réguler le regroupement familial n’est légitime si elle aboutit concrètement à rendre ce droit impossible.
● le droit de chacun à vivre sans crainte, sans se cacher. Il serait donc juste d’accorder une carte de séjour aux étrangers ayant vécu 5 ans sur le sol français.
● le droit, pour toute personne persécutée dans son pays pour des raisons ethniques, politiques ou religieuses, de trouver asile. Il serait juste de supprimer les mesures qui, dans le but légitime d’éviter les détournements de la procédure d’asile, ont ces dernières années enlevé à beaucoup de véritables demandeurs d’asile la possibilité même de faire valoir ce droit.
Par ailleurs, nous estimons que, pour une meilleure intégration des étrangers, ceux d’entre eux qui ont vécu dix ans en France devraient se voir reconnaître le droit de voter aux élections municipales et cantonales.
Toutes les propositions sur : www.une-societe-plus-juste.org.
Télécharger les 12 propositions
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Les exigences du codéveloppement
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Est-ce une bonne nouvelle ? Nous le souhaitons car les peuples du Sud, en Afrique notamment, vivent une tragédie sans nom et la France porte à la fois une responsabilité et un handicap très lourd dans ce domaine. D’abord notre aide publique réelle au développement est parmi les plus faibles des pays de l’OCDE (moins de 0,5 % du PNB) ; ensuite, nous sommes experts pour reprendre d’une main -celle de la corruption- ce que nous donnons de l’autre. Nous savons hélas que ces procédés sont largement répandus dans la zone d’influence française. Enfin l’aide actuelle est conçue selon des standards occidentaux.
Ce qui honorerait notre pays c’est que ce co-développement se fasse vraiment dans la transparence, dans le respect des pays bénéficiaires et surtout de leurs sociétés civiles qui expriment, chaque fois qu’elles le peuvent, une claire volonté de reprendre en main leur avenir. Un tel programme exigerait de nos gouvernants, quels qu’ils soient, des mesures exemplaires et efficaces. Ainsi, il serait salutaire :
● que des partenariats équitables s’instaurent entre universités, entreprises, hôpitaux, centres de recherche, coopératives, pour que les Africains soient créateurs de leur propre richesse et puissent vivre chez eux. Les projets des migrants eux-mêmes devraient être soutenus, ce qui n’est pas vraiment le cas aujourd’hui,
● que nos entreprises paient le juste prix, respectent l’environnement et cessent de corrompre les États des pays d’accueil, et que la France promeuve la démocratie au lieu de soutenir ces nombreux régimes qui font la honte de tous,
● qu’on cesse de subventionner nos exportations agricoles qui, au lieu de nourrir les peuples, les affament, en ruinant les chaînes de production agricoles locales et, dans le même esprit, de leur laisser quelques barrières douanières pour protéger le faible tissu économique qu’une logique libérale est en train de détruire.
Par Olivier Chazy, président d’Emmaüs liberté 94, de Karibu IdF et de Karibu Kinshasa
Plusieurs associations de la société civile africaine ont rédigé un texte remarquable sur le sujet, à destination des candidats à la présidentielle. À consulter sur : www.ccfd.asso.fr |
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Je demande le droit à vivre l’amour et la famille avec l’homme que j’aime et qui est demandeur d’asile. Je demande que cesse cette suspicion du mariage blanc.
Je demande qu’il ait le droit de travailler pour subvenir à ses besoins et à ceux de notre famille, je demande qu’on cesse de nous considérer comme des truandeurs. Je demande qu’on nous laisse vivre en paix.. |
Martine Alassane
45 ans, mère de deux enfants
Technicienne de surface, Strasbourg |
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