Lydia, mariée depuis deux ans, n’en peut plus : « Nous vivons à neuf dans un T4 chez ma soeur ! ». Depuis des mois, elle
frappe à tous les guichets possibles pour trouver un logement. Avec toujours la même réponse : repassez dans cinq ans.
Elle continue à se battre.
Bron, près de Lyon,
est sa ville. Elle y
est née et y a passé
sa vie : 33 ans.
Mais pas de place
pour elle ici. Depuis son
mariage, en juillet 2005, Lydia
est à la recherche d’un logement
pour elle et son mari :
« On habite chez ma soeur. Elle
vit en couple avec ses cinq
enfants de 6 à 21 ans.
Nous sommes neuf
dans un T4 ! Nous dormons
dans le salon, sans
aucune intimité. Alors,
forcément, maintenant je
commence à sentir que l’on
dérange. Même si ma soeur
veut m’aider, ça devient intenable. » En quelques mots,
Lydia a tout dit.
« Un tiers des demandeurs de
logement sont hébergés par leur
famille ou des amis », rappelle
François Guillot, membre d’ATD
Quart Monde, qui accompagne
les habitants de Bron dans leur
demande de logement social. Les
structures d’accueil de dépannage
sont saturées et ne peuvent
plus proposer de solutions intermédiaires
dans l’attente d’un
vrai logement.
2 000 demandes en attente
« Actuellement 2 000 demandes de
logement sont en attente à l’agence
locale de l’Opac du Rhône, à
Bron », renchérit Henry Morisson,
membre de l’association
Solidarité pour le droit au logement-
Bron, chiffre tempéré par
l’Opac à 1 308. Une situation
aggravée par la politique de rénovation
urbaine lancée dans cette
banlieue, comme dans toute l’agglomération
lyonnaise et concrétisée
par un plan de démolition
de barres. Les personnes « délogées » passent évidemment
prioritaires sur les listes de logements
sociaux à venir.
Depuis quelques mois, Lydia fait
feu de tout bois. Elle a sollicité
l’aide de Droit pour tous, déposé
des dossiers à la préfecture du
Rhône, à la mairie de Bron, dans
les villes des alentours, à l’Opac,
au 1 % patronal. Des mois interminables
de démarches. Et toujours
la même réponse : « Vous
n’êtes pas prioritaire par rapport à
des dossiers plus anciens, du coup
vous aurez quatre à cinq ans d’attente. » À devenir fou. Non, mais
elle appelle cela « de la violence
sociale, c’est ce que je ressens en sortant
bredouille de mes démarches ».
Lydia ne pense plus qu’à « ça » :
un logement, « un toit sur ma
tête. » Au point, explique-t-elle,
qu’elle n’arrive même plus à
mener convenablement sa
recherche d’emploi. Elle est éducatrice
spécialisée et son mari
travaille. Alors, pourquoi pas
dans le privé, dira-t-on ? La
réponse est lapidaire : les
agences réclament 170 euros
pour accéder à leurs fichiers et
le salaire doit être trois fois supérieur
au loyer. « On a beau travailler
on n’a pas accès au logement ! résume Henri Morisson.
On se trouve dans une situation
très grave, tout comme pour les
érémistes et les précaires. »
Par Tony Marggia |