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Analyse Marie-Agnès Fontanier* :
« On ne s’en sort qu’à plusieurs »
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Chacun de nous, vivant à un
moment une situation difficile,
éprouve le repli sur
soi, un sentiment de culpabilité, de
honte, de solitude. Retrouvant
d’autres personnes au sein d’un
groupe de partage, de convivialité
ou d’action, il fait l’expérience rassurante
de constater que d’autres
traversent les mêmes difficultés, et
ressentent les mêmes sentiments.
En situation de précarité, de pauvreté,
d’exclusion, chacun comprend
que ce qu’il vit n’est pas le
résultat d’erreurs personnelles,
d’un parcours individuel, mais
qu’il s’agit de mécanismes plus
larges, de société.
Alors que pèse sur ces personnes
en situation de pauvreté un
regard indifférent, voire accusateur,
le fait de se retrouver à plusieurs
a tout d’abord un effet
déculpabilisant. Libéré du poids
de ce regard, et donc plus confiant
en lui-même, chacun peut alors
développer des capacités, des
compétences, des talents peu exercés
car niés par l’environnement
depuis longtemps. On peut, au
sein d’un groupe, se redécouvrir
drôle, inventif, artiste, doué pour
l’écoute, l’organisation,...parce
que l’occasion se présente d’exercer
ces qualités, et que d’autres les
reconnaissent. Le climat de
confiance progressivement créé
- en soi, entre les uns et les autres,
dans la force du groupe - permet
d’agir ensemble, selon les préoccupations
et intérêts communs,
pour faire changer les choses
dans le quotidien.
Réussir, ensemble, à organiser
une fête de quartier qui en
transforme un peu l’image,
pour ses habitants et pour l’extérieur,
ouvre d’autres pistes
pour prendre part, dans les instances
compétentes, à la
réflexion sur l’avenir de ce
quartier. Ainsi, le groupe, se
renforçant avec le temps, peut
analyser de l’intérieur les
causes des situations difficiles
vécues par ses membres, identifier
les bons leviers pour les faire
évoluer. Les actions menées sont
efficaces puisqu’elles sont portées
par les personnes mêmes
victimes d’injustices, expertes
de leur situation, qui se mobilisent
et en mobilisent d’autres
autour d’elles.
Ces personnes souffrent avant
tout du sentiment de ne pas compter
pour la société, de n’être pas
considérées, sinon comme des
assistés, elles l’expriment fortement.
Or il y a un enjeu démocratique
pour notre société à retisser
des liens entre des groupes
sociaux divers, à leur permettre
de s’enrichir mutuellement et à
découvrir les idées, les propositions,
les initiatives de ceux qui
ne sont jamais pris en compte.
Nous refusons une société qui se
passerait de la contribution de
certains de ses membres !
*Marie-Agnès Fontanier
Responsable
du réseau
Animation
France
au Secours
Catholique |
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| Saïd : « L’Europe ? Ici, au Grand Trou,
elle est en route » |

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Le Grand Trou, un quartier de Vizille qui a mauvaise réputation. À cause de son nom… et de sa population à près de 80 %
d’origine étrangère. Et pourtant, tous différents, « on s’y sent bien ».
Le Grand Trou.
Difficile de trouver
un nom plus
stigmatisant.
« C’est sûr, ça
ferait mieux si on
l’appelait le grand bleu ! », plaisante
Nicole, habitante de ce
quartier de Vizille, une petite
ville ouvrière proche de Grenoble,
depuis une vingtaine d’années.
Ce nom, hérité d’une
ancienne réserve d’eau destinée
à la pêche, colle au lieu. « C’est le
quartier des étrangers et des cas
sociaux », affirme, cinglant,
Fabrice, un Vizillois de souche.
« Les habitants du lotissement
voisin, nouvellement construit,
ont peur de ceux du Grand Trou,
ils disent que les enfants du quartier
vont faire baisser le niveau de
l’école. Or mes enfants ont grandi
ici, ils s’en sont très bien sortis, je
n’ai jamais eu de soucis.»
Une étiquette, c’est redoutable
Celle du Grand Trou diffuse une
méfiance généralisée qui s’insinue
partout et alourdit toute initiative.
« Chez nous il n’y a pas de
délinquance, mais il n’y a rien
pour les jeunes. On n’est pas très
averti des activités proposées au
niveau de la mairie. » À l’isolement
physique, au fond de la vallée,
à la sortie de la ville le grand
trou ajoute l’isolement humain.
« Les gens me plaignent quand je
dis que j’habite au Grand Trou,
raconte un habitant, pourtant
moi je m’y sens très bien. »
Cette mauvaise réputation agace
ses habitants, car pour la majorité
d’entre eux le quartier est
d’abord un lieu tranquille et sûr,
même si tout n’est pas rose tous
les jours. Le Grand Trou abrite
une population d’origine étrangère
à 80%. « La coexistence est
sans cesse à réinventer. Nous, l’Europe,
il y a longtemps qu’on l’a
mise en route », plaisante Saïd, un
Tunisien. « Ici, la population est
mélangée, c’est pas toujours facile
de s’entendre, mais au moins on se
respecte, les gens se connaissent et
on essaie d’instaurer des règles,
confirme une habitante. Le linge
sèche dans la partie commune ;
vous êtes prévenu si vous n’avez
pas éteint vos phares, ou même si
vous avez laissé votre portefeuille
dans la voiture ouverte. »
Si les intérieurs sont soignés, les
parties communes sont parfois
une pomme de discorde. Difficile
de faire comprendre qu’il faut
les entretenir. Mais chacun fait
des efforts. Les habitants de l’immeuble
C4, par exemple, se sont
réunis pour rénover leurs boîtes
aux lettres et lessiver les escaliers.
Le président du conseil
syndical invite désormais les
locataires aux assemblées de copropriété.
Ou encore leur propose
de créer un comité d’accueil
pour expliquer les règles et
les usages aux nouveaux arrivants.
« L’idée est de désamorcer
les conflits, d’éviter rancoeurs et
non-dits ».
Des animatrices du Secours
Catholique arpentent le quartier
régulièrement. Depuis des
années, elles mettent au service des habitants leur connaissance
des institutions et du quartier
pour aider les habitants à agir
par eux-mêmes. Anne-Catherine
vient toutes les semaines depuis
cinq ans : « Chacun essaie de se
débrouiller, avec ses revenus
modestes, ses soucis, des emplois
de plus en plus précaires. Une
grande dépense d’énergie qui
laisse peu de temps à l’action collective
au-delà du cercle familial. »
La survie, la débrouille sont des
emplois à plein temps. Mais peu
à peu, les choses avancent. Grâce
aux animatrices, les femmes
turques bénéficient de cours de
français. Une fête de quartier a
été organisée. Ces actions, même
modestes, prises à l’initiative des
habitants, tissent et retissent la
convivialité du Grand Trou.
Anne-Isabelle Barthélémy
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| Je défends à quiconque de m’appeler handicapée sociale. Mis ensemble, ces deux mots ne sont que
mépris. Je n’ai pas d’argent, je suis en allocation spécifique de solidarité. Mais j’agis plus que beaucoup
d’ « intégrés » pour faire vivre mon quartier, pour aider les autres, pour faire vivre la démocratie…
Je suis une citoyenne, pas une handicapée sociale. Vous imposez votre manière de nous voir et de nous
étiqueter. Ainsi, vous faites croire que le problème vient de nous et pas de notre société. C’est assez lâche. |
Renée Thominot
56 ans,
2 enfants, 2 petits-enfants
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