François, 93 ans et Rina, 79 ans, ont posé leur besace dans une baraque à la périphérie de Nîmes. Dans la solitude et sous
le poids de l’âge, deux vies s’estompent…
François est de Nîmes
et a beaucoup
voyagé. Rina, elle,
est du Nord de la
France. Comment se
sont-ils rencontrés, ils ne le disent
pas. Voilà 23 ans qu’ils vivent dans
un mazet, ces petites maisons
d’une pièce qui jadis servaient
aux vacances dans les environs de
Nîmes. Mais la ville s’est agrandie
et l’étau s’est resserré autour
de ce mazet isolé et reculé.
« Mon père avait trois hectares ici,
à une époque où cela n’intéressait
personne. Toute une partie a été
revendue pour presque rien, je
crois que je le regretterai toute ma
vie. », se souvient François,
avant de reconnaître : « Nous restons
ici, parce que nous sommes
retenus par la maison. » Même
s’ils l’habitent ensemble depuis
près d’un quart de siècle, ils se
sentent désormais en marge.
Chacun a eu des enfants, mais ils
ne les voient pas ou si peu. Et les
autres, les relations, les amis, les
voisins et même les inconnus
qu’on rencontre régulièrement ?
Eux aussi ont disparu. « Je me
sens vraiment sans amis, confie
Rina. J’ai perdu tous contacts
personnels. C’est fini, à présent je
suis seule. Nous vivons en autarcie.
Même si je sors en ville, je ne
parviens plus à entrer en contact.
Ça commence à me peser. » Plus
tard, esquissant un sourire, elle
se souviendra « d’un voisin qui
m’emmène tous les 15 jours faire
les courses dans une grande surface. »
François descend en ville tous
les matins. « C’est vrai, avec l’âge
on se retrouve esseulé ; on n’a plus
de relations suivies. À quoi est-ce
dû ? » Sa question reste en suspend.
À vrai dire, lui, de nature
plus solitaire, s’en contente. Et
Rina, elle, de dire joliment : « Je
laisse tomber le manteau de ma
jeunesse pour couvrir la cape de
la vieillesse ».
Il y a aussi toutes ces choses
matérielles qu’avec l’âge on peine
à réaliser. Les tracas du quotidien
vite insurmontables : changer
une ampoule, déboucher un évier.
« Quand on est embarrassé pour
une chose ou l’autre on fait appel
aux bénévoles du Secours Catholique », raconte François. L’un
d’eux, Michel Aline, accompagne
le couple depuis plusieurs
années. « Je viens à domicile pour
les dépanner. Mais pour les gros
travaux nous avons également
une commission des aides qui permet
de débloquer des fonds. » Chez
François et Rina, ce sont des infiltrations
d’eau, là, juste au-dessus
de la table. Rina voudrait bien
aussi des visites, histoire de
s’épancher. « Quand j’ai un coup
de blues, je vais dans le jardin et je
parle ; au moins la nature ne me
contredit jamais. »
Par Louis Guinamard
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