Philippe 22 ans, et Vanessa 24 ans, vivent avec leurs quatre
enfants dans la banlieue parisienne. Leur premier souci :
la réussite de leurs enfants et ce sera la leur !
Si les quatre enfants de
Vanessa et Philippe – six,
quatre, deux et un an – ne
réussissent pas dans leurs
études, ils ne pourront s’en prendre
qu’à eux-mêmes. Car chez
Vanessa et Philippe, on ne rigole
pas avec les études. Il faut bosser !
Non, non, ne vous inquiétez pas,
papa et maman ne sont pas des
bourreaux d’enfant. Ils sont la
tendresse même. Mais ils ont
trop souffert d’avoir raté ou
abandonné leurs études. Alors,
pas question de reproduire
l’échec. Pour l’instant, les deux
aînés sont dans l’école publique,
en bas de chez eux, la première
en CP et la deuxième en maternelle.
Et c’est Vanessa, 24 ans,
qui est en première ligne.
« J’assiste à toutes les réunions de
parents, dit-elle. J’ai même été
déléguée des parents pour la classe
de ma fille, notamment pour rappeler
aux enseignants la nécessité
de suivre chacun des élèves et plus
particulièrement ceux qui sont en
difficulté, sans les laisser de côté.
J’ai besoin que les instituteurs
m’aident pour que mes enfants
apprennent à aimer l’école. Je ne
veux pas les voir rentrer le soir en
pleurant parce qu’ils n’y arrivent
pas. Je veux qu’il y ait un bon
démarrage, qu’ils aiment l’école
dès à présent. »
Lucide, Vanessa se souvient de
son enfance : « Ma maîtresse de
CP m’a tellement terrorisée ! Elle
m’avait envoyée au radiateur, au
fond de la classe, et ne s’occupait
jamais de moi. Pendant des
années je n’ai plus supporté l’école.
J’ai entamé un BEP secrétariat et
puis, à cause d’un accident, je n’ai
pas pu passer mes examens…
Ensuite, il y a eu les naissances. »
Mêmes difficultés rencontrées
par Philippe : « Ça n’a pas été terrible
non plus. L’école était une
vraie corvée. J’ai arrêté mon CAP
pour travailler, il fallait bien
nourrir les petits. Je ne suis pas un exemple pour mes enfants. »
Ils habitent en banlieue parisienne,
dans un immeuble dont la
mauvaise réputation n’est plus à
faire. Ce qui ne facilite pas les relations
avec l’école, ni avec les autres
parents : « Je ressens des différences
du fait de notre situation sociale…Alors je fais très attention à ce que
mes enfants soient propres », dit
Vanessa, toujours en contact avec
les instituteurs. « Quand il y a une
difficulté pour l’un de mes enfants,
je vais les voir pour qu’ils m’aident
à trouver des solutions. Lorsque
mon fils en maternelle avait des difficultés
pour parler, j’ai demandé
que l’on fasse des tests pour savoir
s’il avait besoin d’un orthophoniste. » Philippe, lui, peine avec les
enseignants : « J’ai du mal avec
leurs discours, leur façon de parler.
Je ne comprends pas ». Mais il est
sans inquiétude. Maman veille.
Vanessa suit une formation à distance
dans l’espoir d’entrer dans
la gendarmerie. Philippe est intérimaire
en manutention et préparation
de commandes, actuellement
sans emploi. Le ménage vit
avec 738 euros de RMI (Revenu
minimum d’insertion), auxquels
s’ajoutent 300 euros d’allocations
familiales et 400 euros d’Aide personnalisée
au logement. La vie
est souvent rude. Mais le bonheur
d’être parent surpasse tout.
Romuald Clément |