Si les quatre enfants de Vanessa et Philippe – six, quatre, deux et un an – ne réussissent pas dans leurs études, ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes. Car chez Vanessa et Philippe, on ne rigole pas avec les études. Il faut bosser ! Non, non, ne vous inquiétez pas, papa et maman ne sont pas des bourreaux d’enfant. Ils sont la tendresse même. Mais ils ont trop souffert d’avoir raté ou abandonné leurs études. Alors, pas question de reproduire l’échec. Pour l’instant, les deux aînés sont dans l’école publique, en bas de chez eux, la première en CP et la deuxième en maternelle. Et c’est Vanessa, 24 ans, qui est en première ligne.
« J’assiste à toutes les réunions de parents, dit-elle. J’ai même été déléguée des parents pour la classe de ma fille, notamment pour rappeler aux enseignants la nécessité de suivre chacun des élèves et plus particulièrement ceux qui sont en difficulté, sans les laisser de côté. J’ai besoin que les instituteurs m’aident pour que mes enfants apprennent à aimer l’école. Je ne veux pas les voir rentrer le soir en pleurant parce qu’ils n’y arrivent pas. Je veux qu’il y ait un bon démarrage, qu’ils aiment l’école dès à présent. »
Lucide, Vanessa se souvient de son enfance : « Ma maîtresse de CP m’a tellement terrorisée ! Elle m’avait envoyée au radiateur, au fond de la classe, et ne s’occupait jamais de moi. Pendant des années je n’ai plus supporté l’école. J’ai entamé un BEP secrétariat et puis, à cause d’un accident, je n’ai pas pu passer mes examens… Ensuite, il y a eu les naissances. » Mêmes difficultés rencontrées par Philippe : « Ça n’a pas été terrible non plus. L’école était une vraie corvée. J’ai arrêté mon CAP pour travailler, il fallait bien nourrir les petits. Je ne suis pas un exemple pour mes enfants. »
Ils habitent en banlieue parisienne, dans un immeuble dont la mauvaise réputation n’est plus à faire. Ce qui ne facilite pas les relations avec l’école, ni avec les autres parents : « Je ressens des différences du fait de notre situation sociale…Alors je fais très attention à ce que mes enfants soient propres », dit Vanessa, toujours en contact avec les instituteurs. « Quand il y a une difficulté pour l’un de mes enfants, je vais les voir pour qu’ils m’aident à trouver des solutions. Lorsque mon fils en maternelle avait des difficultés pour parler, j’ai demandé que l’on fasse des tests pour savoir s’il avait besoin d’un orthophoniste. » Philippe, lui, peine avec les enseignants : « J’ai du mal avec leurs discours, leur façon de parler. Je ne comprends pas ». Mais il est sans inquiétude. Maman veille. Vanessa suit une formation à distance dans l’espoir d’entrer dans la gendarmerie. Philippe est intérimaire en manutention et préparation de commandes, actuellement sans emploi. Le ménage vit avec 738 euros de RMI (Revenu minimum d’insertion), auxquels s’ajoutent 300 euros d’allocations familiales et 400 euros d’Aide personnalisée au logement. La vie est souvent rude. Mais le bonheur d’être parent surpasse tout.
Romuald Clément
Je me suis longtemps senti responsable des échecs de mon fils.
Aujourd’hui qu’il a changé d’école et que la structure lui convient, je me rends compte que sa première école ne nous a pas soutenus pour trouver des solutions adaptées à ses problèmes. |
Chantal
Noisy |
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