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| Laurent, l’obsession du bonheur |
mise en ligne : 23-12-2004
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À Romans-sur-Isère, dans la Drôme, Laurent Milon se bat pour sortir de la galère et retrouver le bonheur. Pour lui et ses enfants. Deux septembre 1999 : Laurent, 30 ans, bascule soudain dans le vide par la fenêtre de son studio. Une chute de quinze mètres. Accident ou tentative de suicide ? Ce bosseur se sentait un peu stressé, dit-il, car il venait d’apprendre sa promotion au poste de chef de traitement de charpente. Après avoir avalé des cachets prescrits par son médecin, il a consommé de l’alcool. Le mélange explosif a provoqué une crise d’épilepsie.
Le cheveu court, la moustache discrète, le sourire timide, Laurent continue de payer au prix fort son accident. À l’issue de son coma, l’attendent la solitude, après le départ de sa compagne, le ré-apprentissage des acquis fondamentaux - marcher, manger, lire, écrire -, de longs mois d’hospitalisation et de rééducation pour soigner les séquelles de son accident, la rue pour refuge pendant deux ans, l’alcool pour tromper la solitude… Au bout du tunnel, un infranchissable mur médical se dresse encore devant lui. À plusieurs reprises, le mot “inapte” apparaît sous la plume d’un médecin du travail. À chaque fois, c’est une porte professionnelle (“ripeur”, “façadier”…) qui claque au nez de l’ancien joueur de rugby. Chaque fois, le sentiment d’échec le ronge un peu plus.
Bosser, bosser et encore bosser, c’est pourtant la devise de Laurent désormais reconnu travailleur handicapé. Une manière de lutter contre les idées noires et, surtout, d’exister aux yeux d’Antony, 7 ans, et de Kevin, 5 ans. « Je veux que mes garçons voient un père heureux ! » Il est séparé d’eux durant la semaine et un week-end sur deux, faute de pouvoir, avec ses 555 euros mensuels (déduction faite de la pension alimentaire), prendre en charge une nourrice pour les garder à son domicile.
Mais Laurent est sur la bonne voie. Employé en CES (contrat emploi solidarité) à l’association romanaise “Plateforme humanitaire”, il a renoncé au traitement de charpente, son rêve. Mais au sein de cette œuvre de solidarité auprès des plus démunis, il a retrouvé en grande partie ses acquis et regagné l’essentiel de sa confiance en lui-même.
Laurent se sait maintenant capable d’effectuer telle ou telle tâche. Il ose aussi confier à l’un de ses collègues : «Ça, je ne sais pas faire.» Il envisage, serein, la possibilité d’entrer dans un atelier protégé et sourit : «Là-haut il y a sûrement Quelqu’un, puisque je suis encore vivant aujourd’hui !» |
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