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Réduite aux aguets
mise en ligne : 12-01-2005

Proscrire l’humiliation, éviter le tapage, rester aux aguets : telle est la devise d’Anne Fraize-Vignon, 60 ans, bénévole du Secours Catholique dans la Somme.

Elle voulait devenir avocate en criminologie. Sous la pression familiale elle exerce finalement une profession libérale. On n’en saura pas plus. Révéler son métier ferait pompeux. Responsable du PC installé par le Secours Catholique à Fontaine, dans la Somme, au cœur des inondations de 2001, Anne Fraize-Vignon n’a pas voulu en démordre : pas question de recevoir un journaliste. La médiatisation, ce n’est pas sa tasse de thé.
Dans l’ombre elle a été éduquée, dans l’ombre restera cette bénévole membre de la commission d’attribution des aides du Secours Catholique départemental et du centre communal d’action sociale de Fontaine. Une attitude semblable à celle adoptée par son père, longtemps en mission à l’étranger en tant que “payeur de France” et diplomate, rattaché à la fois à Bercy et au Quai d’Orsay, qui se disait “simple commis de l’État”. Anne, elle, se veut humble servante du Christ.
Servir, toujours servir. Il y a chez cette femme à la voix rauque, à la politesse raffinée, voire anachronique, au langage châtié, chez cette dévoreuse de livres, une quête permanente de l’autre. Fillette, elle s’acharnait à défendre Monique, petite Franco-Marocaine vivant avec les siens dans un taudis à Abbeville (Somme) à qui, régulièrement, des filles du quartier jetaient des cailloux lorsqu’elle partait chercher de l’eau à la fontaine. Pour Monique, Anne dérobait chez sa grand-mère des fruits, des conserves…
Au début des années 1980, son mari et elle ont logé, nourri, soigné un vieux curé de campagne pendant dix-huit mois. La catholique engagée l’a même relayé pour le catéchisme. Lorsqu’en mars 2001 la militante a vu l’ampleur de la catastrophe à Fontaine (500 habitants dont les deux tiers sinistrés), elle a obtenu l’accord du maire, au nom du Secours Catholique, pour monter une cellule d’urgence. Heureuse de son geste, Anne a accroché un calicot Secours Catholique de huit mètres de long sur le mur de la maison utilisée comme PC. Heureuse aussi d’avoir abandonné sa profession libérale durant de longues semaines pour se consacrer, dix-huit heures par jour, à épauler les plus faibles. Et à servir le Christ.
crédit : E. Perriot / SC


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