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Les chantiers de la mémoire
mise en ligne : 09-06-2005

Eridenia, Panaméenne d’origine, réside au Guatemala depuis 10 ans. Elle travaille au sein de Puente de Paz depuis décembre 2001.

«L’Ixcan, la région où je travaille, a connu de nombreux massacres au cours des trente années de guerre qui ont ravagé le Guatemala. La population est traumatisée. Il va falloir du temps pour réparer les blessures» annonce Eridenia, Panaméenne d’origine, résidant dans le nord-ouest du Guatemala depuis 10 ans. Air tranquille et apaisé, regard vif, sourire facile, elle travaille au sein de Puente de Paz depuis décembre 2001. «Nous nous occupons des femmes victimes de violences, politiques ou familiales. Plusieurs chantiers sont en cours : la récupération de mémoire historique, la justice, avec la punition des auteurs et un programme psychosocial. Nous avons mis en place différents groupes de parole.» Au départ travailleuse sociale, Eridenia s’est mise à la psychologie, à l’écoute attentive, à l’élaboration de temps de parole collectifs. Exigeant, ce nouveau travail est pour elle passionnant et gratifiant. «En trois ans, nous avons touché environ 250 femmes et la plupart de celles que nous avons contacté restent dans les groupes. A travers les discussions collectives, elles reprennent possession d’elles mêmes, l’auto estime a progressé et la conscience d’être actrice de sa propre vie aussi.» Le chantier «recherche de la justice» avance lui aussi. «Nous avons recueilli de nombreux témoignages» sourit Eridenia, en précisant qu’ils sont «pour le moment secrets et anonymes car la terreur et les menaces existent toujours». Ce chantier là, elle l’affectionne tout particulièrement. «Savoir la vérité, c’est tellement important pour que les choses ne se reproduisent pas. La mémoire ne doit pas être oubliée. Un peuple sans mémoire est un peuple sans racines.» Plutôt optimiste, Eridenia n’en demeure pas moins prudente sur la suite des évènements. «Les Indigènes du Guatemala vivent dans la misère et le gouvernement mène une politique d’indifférence. Pire, il va probablement signer le TLC (traité de libre commerce) avec les Etats-Unis.» L’orientation de l’agriculture vers l’exportation risque d’être renforcée, les grandes exploitations favorisées, l’accès à la terre compliqué. «Pour les petits agriculteurs indigènes de l’Ixcan, le TLC, c’est une nouvelle guerre, cela ne fait aucun doute, s’insurge Eridenia. Quand est ce que ces gens là pourront vivre en paix ? Cela fait à peine neuf ans que les accords ont été signés et déjà les voilà confrontés à de nouvelles difficultés…»



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