3 questions au P. Jean-Jacques Pérennès : "Ne diabolisons pas les Frères musulmans mais restons vigilants"

Publié le 01/01/2012
Egypte
 

Le directeur de l’Institut dominicain d’études orientales du Caire analyse l’évolution politique en Égypte, pays prioritaire pour le Secours Catholique en 2012-2013.

Quel bilan faites-vous dix mois après la révolution égyptienne ?

La victoire massive des islamistes et, surtout, le score très surprenant des salafistes (1), la dégradation de la situation économique du pays ainsi que l’inquiétude des coptes sont préoccupants. Mais le fait de voir le peuple égyptien se réapproprier son destin après cinquante ans de régime autoritaire est positif. Il débat, il vote. Ceci est très nouveau.

Comment expliquez-vous la défaite des partis libéraux et laïques lors des deux premières manches des législatives ?

En Égypte, comme en Tunisie, les libéraux sont allés aux élections en ordre dispersé, sans expérience du débat politique ni de ses règles. On ne peut pas le leur reprocher, le régime antérieur ayant empêché tout débat politique et toute responsabilité citoyenne. Les seuls organisés, malgré l’état d’urgence en vigueur depuis 1971, étaient les Frères musulmans, qui l’ont d’ailleurs payé très cher en années de prison et en violences physiques. Espérons néanmoins qu’ils prendront leurs distances avec les salafistes et feront alliance avec certains libéraux. Pour gouverner, et recevoir le soutien des Occidentaux, ils ont intérêt à être modérés.

Quel avenir pour les minorités non musulmanes dans une Égypte à majorité islamiste ?

Le régime déchu protégeait moins les coptes (10% de la population) qu’on ne le dit, car les violences étaient constantes et le laxisme grand à l’égard des salafistes. Les chrétiens doivent être traités comme des Égyptiens à part entière. Il faut espérer que leur soient rapidement donnés des signes qu’ils ont un avenir dans leur pays. Nous verrons, à des actes concrets, si les Frères musulmans égyptiens entendent les respecter. Ne les diabolisons pas, mais restons vigilants.

 

Clémence Richard
crédit : Dana Smillie
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