À Calais, une mission pour des solutions de long terme

Publié le 08/01/2015
Calais
 À Calais, une mission pour des solutions de long terme
 

Le gouvernement, sensibilisé par le Secours Catholique aux difficultés vécues par les migrants de Calais, a missionné Jérôme Vignon et le préfet Jean Aribaud pour débloquer une situation qui, en l’état actuel, semble inextricable. Interview de Laurent Giovannoni, responsable du département Accueil et droits des étrangers au Secours Catholique.

Le gouvernement vient de confier à deux personnalités une mission sur la situation des migrants de la région de Calais. Quel est l’objet de cette mission ?

Le lancement de cette mission est l’aboutissement de plus de deux ans de démarches que nous avons faites, seuls puis avec Médecins du Monde, auprès du gouvernement. Après les manifestations en novembre 2012, marquant les 10 ans de la fermeture de Sangatte, nous avons rencontré les conseillers du Premier ministre, au printemps 2013, puis le ministre de l’Intérieur, M. Valls, en mars dernier, et enfin Bernard Cazeneuve au début de l’été.

Nous avons été leur dire, pour les convaincre, qu’il était nécessaire de tenter de travailler la question en profondeur, et pas seulement les questions d’urgence. En effet, pour être présents depuis des années auprès des migrants à Calais, nous avons depuis longtemps la conviction que la situation insupportable qu’ils vivent ne peut pas se résoudre par des “y’a qu’à” et des “faut qu’on”.

Car l’imbroglio de Calais n’est pas dû à un problème calaisien, ni même franco-français, mais c’est la résultante d’un ensemble de facteurs complexes, à dimension européenne, qu’il convient d’analyser finement si on veut faire apparaître des pistes de solutions. Manuel Valls, puis Bernard Cazeneuve, ont abondé dans notre sens et ont donné leur accord de principe pour ce travail. Après en avoir discuté les contours avec nous, le ministre de l’Intérieur a lancé cette mission il y a quelques jours.

De quoi s’agit-il ?

Cette mission, programmée pour durer six mois, vise à travailler les choses au fond. Pour reprendre les termes du communiqué du ministère de l’Intérieur, elle a pour objectif, « parallèlement aux solutions d’urgence » qui sont en train d’être discutées entre associations, mairies et pouvoirs publics, de trouver des « solutions de long terme pour changer durablement la situation des migrants dans le Calaisis ».

Jérôme Vignon, président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, et Jean Aribaud, préfet honoraire, sont appelés à « élaborer, en lien avec tous les acteurs concernés, des solutions consensuelles et efficaces à la crise migratoire que connaît depuis plus de vingt ans cette région ».

Auprès de ces deux personnalités, se réunira régulièrement un groupe de suivi ou d’appui, qui reste à définir, et qui serait constitué d’élus locaux, de représentants des pouvoirs publics, et des associations locales ou nationales. Notre idée, dès le début, était de suggérer une méthode qui mette autour de la table, dans un esprit de médiation, ces élus, les acteurs associatifs et les pouvoirs publics, ceci afin de d’avancer concrètement vers des solutions pérennes.

Pourquoi cette question se pose-t-elle à Calais et pas ailleurs ?

Calais est une impasse. La situation géographique et le fait que la Grande-Bretagne ait signé les accords de Dublin, mais pas ceux de Schengen – qui prévoient la libre circulation des personnes au sein de l’Union européenne – sont à la racine du problème. Les migrants qui veulent traverser la Manche sont stoppés à Calais et ne peuvent pas poursuivre leur chemin jusqu’en Angleterre. On a laissé la ville de Calais gérer un problème qui n’est ni local ni national mais européen. La situation de Calais est proche de ce qu’on peut connaître autour des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.

Dans les propositions faites par le Secours Catholique, vous avez émis quelques pistes. Quelles sont-elles ?

Notre préoccupation majeure est que les migrants cessent de subir des conditions effroyables. Il n’est pas concevable qu’en France on traite les gens de cette façon. Chassés en permanence, aucun lieu pour dormir, aucun dispositif autre qu’associatif pour se nourrir, se vêtir, se laver, aucune protection pour les femmes et pour les enfants. Ces gens sont abandonnés par la France et l’Europe.

Mais si nous avions la solution, nous n’aurions pas suggéré la création de cette mission ! C’est un nœud qu’il faut patiemment dénouer. À mon sens, la mission devra examiner la pertinence des accords entre la France et la Grande-Bretagne, plus largement la façon dont sont appliqués les accords européens en matière d’asile, et notamment ceux de Dublin – symbole de la politique du chacun pour soi en Europe . Il faudra aussi mieux comprendre les différents parcours migratoires et surtout les raisons qui conduisent les réfugiés à vouloir aller en Grande-Bretagne, ou les facteurs qui inciteraient certains à changer de projet.

Quelles suggestions la mission pourrait faire qui seraient différentes de ce que proposait Sangatte ?

Je pense qu’on ne peut pas s’intéresser seulement aux conditions matérielles. Sangatte n’était qu’un camp humanitaire sous un hangar. La mission confiée à Jérôme Vignon et au préfet Aribaud devra travailler au-delà des conditions d’accueil, sur le fond, c’est-à-dire comment sortir les migrants de l’impasse de Calais ? Comment faire en sorte que les migrants – qui sont pour la plupart des réfugiés – puissent demander et obtenir la protection de la France, de la Grande Bretagne ou de tout autre pays et accéder ainsi à un statut légal qui leur permette de vivre comme tout un chacun.

Au-delà des conditions d’accueil, c’est donc sur les conditions de traitement, au niveau européen, qu’il faut se pencher, pour une prise en compte plus solidaire de l’accueil et de la protection des personnes. En cela, Jérôme Vignon, qui a une grande expérience des questions européennes, nous apportera un éclairage et des apports très intéressants, de même que Jean Aribaud, qui en tant qu’ancien préfet de la région Nord Pas-de-Calais, a une expérience concrète de la situation.

 
Jacques Duffaut
Crédits photos : © Lionel Charrier - M.Y.O.P. / Secours Catholique
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