À Mayotte, mettre fin à la chasse aux migrants

Publié le 11/05/2016
Mayotte
À Mayotte, mettre fin à la chasse aux migrants
 

À Mayotte, des collectifs d’habitants expulsent illégalement des familles étrangères de chez elles. Aux côtés de plusieurs associations, dont la Cimade, le Secours Catholique demande au Préfet du 101e département français d'agir.

Entretien avec Benoît Gizard, délégué du Secours Catholique à Mayotte.
En quoi consistent ces expulsions en cours à Mayotte ?


Depuis le mois de janvier, de plus en plus de Mahorais s’organisent en « collectifs » dans le but de chasser de leurs villages les populations d’origine étrangère.

Par voie d’affichage, ils annoncent que tel jour à telle heure, ils vont venir déloger les familles - principalement comoriennes - de leur bangas, les petites habitations de tôle qu’ils occupent.  

Puis, le jour venu, les villageois interviennent pour chasser les personnes qui n’ont pas encore quitté les lieux, avec des destructions à la clé.
 

Les personnes se retrouvent à la rue, les enfants ne peuvent plus être scolarisés


Ce phénomène prend de l’ampleur. De nouvelles expulsions se sont déroulées dimanche 8 mai et d’autres sont prévues le 15 mai. Les personnes mises dehors, dont certaines ont des papiers ou sont à Mayotte depuis des années, se retrouvent à la rue. Leurs enfants ne peuvent plus être scolarisés.

 

Le Secours - Catholique est co-signataire d’un courrier adressé au Préfet. Quel est l’objectif de ce courrier ?


Les faits sont suffisamment préoccupants pour que l’on demande au Préfet de prendre des mesures afin que cette façon d’opérer des habitants cesse et de faire respecter la loi dans les différentes procédures.

Ce que l’on voit pour l’instant s’apparente à un laisser-faire devant les événements, tant qu’il n’y a pas atteinte aux personnes.

Il y a également un accord tacite de certaines communes. La mairie de Boueni, où des expulsions sont annoncées le 15 mai, joue un rôle dans l’organisation du collectif d’habitants puisque les locaux municipaux sont utilisés comme lieu de réunion.

 

Comment expliquez-vous la multiplication de ces collectifs ?


Ces expulsions se superposent à un climat de tensions vives, avec de l’insécurité et des violences, notamment à Mamoudzou, le chef-lieu, entre policiers et jeunes. Globalement, il y a un ras-le-bol exprimé par les Mahorais devant l’insécurité croissante sur l’île et l’incapacité de l’Etat à enrayer l’immigration clandestine.
 

Nous appelons l'Etat à ne pas rester spectateur des événements


Mayotte est un département très jeune - la moitié de la population a moins de 18 ans - et composé, pour environ un tiers, de personnes en situation irrégulière, principalement comoriennes. Elles viennent à Mayotte en pensant y trouver un eldorado.

Beaucoup de Mahorais ont l’impression que les étrangers sont la cause de leurs problèmes. Ce ras-le-bol est entretenu, en quelque sorte, par l’État qui a laissé se dégrader la situation. C’est pourquoi nous l’appelons aujourd’hui à ne pas rester spectateur des événements.

 

Courrier interassociatif contre les expulsions de migrants à Mayotte

Aux côtés de plusieurs associations, dont la Cimade, le Secours Catholique signe une lettre envoyée au Préfet du 101e département français pour que cessent les expulsions d’étrangers par des collectifs d’habitants.
Lire la lettre
Clarisse Briot
Crédits photo : ©Élodie Perriot / Secours Catholique
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