À Saint-Malo : jeunes, divers et fraternels

À Saint-Malo : jeunes, divers et fraternels

Publié le 31/08/2017
France
 

Fin août à Saint-Malo, l'université d'été Young Caritas a réuni 700 jeunes engagés au Secours Catholique et au sein du réseau international Caritas. Une occasion pour cette jeunesse solidaire venue du monde entier de vivre et de penser les liens entre les différentes cultures et religions.

Une pelouse immense, de grands chapiteaux, des tentes groupées dans des « villages » aux quatre coins du campus et une foule enthousiaste de quelque 700 jeunes aux cultures et aux destins que l’on devine variés… L’impression est forte. Bienvenue à l’université d’été Young Caritas, à Saint-Malo.

Pendant quatre jours, au gré d'ateliers thématiques, de discussions en petits cercles, d'une parade retentissante sur les remparts de la cité corsaire, de soirées festives ou de temps spirituels, la jeunesse engagée (ou en passe de le devenir) dans les équipes du Secours Catholique, dans des Caritas étrangères ou dans des associations partenaires, s’est retrouvée, a réfléchi, noué des liens et partagé des actions et des projets de solidarité.

À leur descente du train en gare de Saint-Malo, Albane et Clara ont déjà eu le temps de sympathiser. La première est membre d’une association humanitaire catholique et anime un atelier sur le campus. La seconde, étudiante en lettres, est là « un peu par hasard », entrainée par un ami.

« Je ne suis pas croyante, explique la jeune femme de 19 ans, mais la spiritualité me questionne. J’ai aussi très envie de faire des rencontres, sans qu’il y ait d’enjeux particuliers comme à la fac, d’échanger avec des jeunes qui n’évoluent pas dans mon cercle habituel. »

 

L’université d’été est une occasion de se faire des amis et d’en apprendre un peu plus sur la culture française auprès de jeunes qui viennent de plein de régions différentes.

Pitor, 30 ans, originaire du Bangladesh
 

Pour briser la glace, un temps en « fraternité » introduit la première soirée. Les jeunes s’assoient en cercle par groupes d’une dizaine, font connaissance et partagent leur raison d’être là. « Depuis que je fais partie d’une équipe Young Caritas, on me parle de Saint-Malo, s’enthousiasme Marion, engagée dans les Hauts-de-Seine. Cette année, ça a l’air encore plus énorme ! »

À ses côtés, Pitor, un réfugié bangladais de 30 ans, est venu avec d’autres jeunes de Toulouse. « C’est difficile de nouer des liens avec des Français, explique-t-il. L’université d’été est une occasion de se faire des amis et d’en apprendre un peu plus sur la culture française auprès de jeunes qui viennent de plein de régions différentes. »

Comme Pitor, ils sont nombreux présents à Saint-Malo à avoir derrière eux un parcours de migration. Des demandeurs d’asile soudanais, somaliens, maliens, afghans sont venus en compagnie d’autres jeunes des antennes du Secours Catholique où ils sont accompagnés : Calais, Chambéry, Le Havre, Clermont-Ferrand, Marseille etc.

Certains, comme Pitor, sont engagés dans des actions de solidarité. Arrivé il y a quatre ans dans l’Hexagone, ce dernier s’est tourné vers le Secours Catholique pour démêler sa situation administrative. Depuis, il « aide en retour » en participant à des tournées de rue auprès de sans-abri.

« L'interculturel, c'est notre quotidien »

Alors qu’au deuxième jour, beaucoup de participants ont opté pour une virée à la plage, Sébastien et Mahamadou disputent une partie de quilles finlandaises. Tous deux vivent en région parisienne, mais ne se connaissent que depuis quelques minutes.

Sébastien, 23 ans, fait partie de l’équipe Young Caritas de l’Essonne depuis plus de trois ans. « « C'est ma troisième université d'été. J'aime l’ambiance. Et on peut voir toutes les actions qui se montent autour de soi. Les idées fusent ! »

Accompagné par le Secours Catholique lorsqu’il était enfant, le jeune homme est devenu bénévole. « Je suis musulman, tient-il à souligner. Et c’est le Secours Catholique qui m’offre le plus de possibilités pour agir : des moyens et surtout une grande liberté. » L’Essonnien participe notamment à la distribution de café aux demandeurs d’asile qui patientent devant la préfecture, et à l’interpellation des pouvoirs publics sur leur situation.

Mahamadou, lui, organise des activités pour les enfants d’un hôtel social de Trappes, dans les Yvelines. « Ça me fait du bien d'aider les autres », explique le jeune Malien de 18 ans qui est arrivé encore mineur en région parisienne, au terme d'un terrible périple via la Libye et l’Italie.

La blessure de l’exil est profonde. Mahamadou préfère se tourner vers l’avenir. Il suit un CAP, a passé le Bafa. « Maintenant, j’ai envie de faire ma vie en France, c’est sûr. »

 

Beaucoup de tensions naissent de l'ignorance. Il faut faire l'effort d'aller vers l'autre et de le comprendre.

 
À Saint-Malo : jeunes, divers et fraternels
Sébastien et Mahamadou, engagés en région parisienne.
 

Sébastien et Mahamadou sont tous les deux sensibles au défi de l’interculturel et de l’interreligieux, fil rouge thématique de cette université d’été.

« J’habite dans une cité, raconte Sébastien. L’interculturel, c’est notre quotidien. L’entraide entre Sénégalais, Algériens etc. est naturelle, même si dans les coins plus huppés, ça peut sembler exceptionnel. »

Le jeune homme appelle de ses vœux une coexistence apaisée des religions, « grâce à une meilleure connaissance. Beaucoup de tensions naissent de l’ignorance. Il faut faire l’effort d’aller vers l’autre, de le comprendre ».  

« Être musulman, c’est aider les autres, enchaîne Mahamadou. Je pense qu’il n’y a qu’un seul Dieu mais des manières de pratiquer qui ne sont pas les mêmes. Ici, les ateliers nous permettent de mieux connaître les autres religions. »

Matinées studieuses

« L’islam et le christianisme pour les nuls » « Choc culturel : comment, pourquoi et qu’en faire ? », « L’amitié dans la diversité » …  Les propositions sont nombreuses, invitant les jeunes à réfléchir et échanger lors de matinées studieuses, en petits groupes éparpillés sur le campus.

Maurice, 31 ans, est bénévole de la Caritas Sénégal, à Dakar. Il est venu à Saint-Malo partager son expérience « sur le dynamisme des jeunes de notre Caritas face au défi interreligieux. Le pays compte 95% de musulmans et 5% de chrétiens. C’est un bel exemple de cohabitation pacifique. Mais cette cohabitation, il faut la nourrir, ne pas rester les bras croisés. »

Le jeune Sénégalais est impressionné par la diversité des jeunes présents au rassemblement de Saint-Malo. « Chez nous, seuls les jeunes catholiques s'engagent dans l'association. Ici, il y a des musulmans, des bouddhistes, des athées... Tous sont animés d'une même fraternité. Cette ouverture de l’expérience Young Caritas est très intéressante ! »

Il ajoute, dans un sourire : « J’ai rencontré un Sénégalais musulman ici. Je lui ai dit : "C’est merveilleux, on va pouvoir monter des projets ensemble !" ».

 
À Saint-Malo : jeunes, divers et fraternels
Maurice, de Caritas Sénégal.
 

Autour de deux membres de l’association Coexister, dont la mission est d’inviter la jeunesse à s’emparer du dialogue interreligieux, Jeanne, Arnaud, Emanuele et d’autres, explorent, en se mettant en situation dans de courtes saynètes, les attitudes possibles face à la rencontre de l’autre : le conflit, l’indifférence, l’assimilation malheureuse ou la coexistence active.

Cette dernière attitude demande de l’écoute, de l’attention à l’autre, expliquent Marie et Tsilla, les deux intervenantes : « C’est une ligne de crête qui n’est pas simple à suivre. Mais en allant à la rencontre de l’autre, par un effet boomerang, on apprend beaucoup sur soi-même. »

« Les mises en situation permettent de réfléchir très concrètement, apprécie Jeanne. Et j'ai appris certaines choses, notamment sur le shabbat dans la confession juive que je connaissais mal. »

C’est à Saint-Malo, lors d’une précédente édition, que Jeanne et Arnaud se sont rencontrés. Ils sont devenus « super potes ». La vingtenaire est bénévole dans une équipe locale de la région de Limoges. Arnaud, originaire du Cameroun et en attente de régularisation, participe au « caddie mobile », sorte d’épicerie itinérante, à Romorantin, dans le Loir-et-Cher.

« C’est fou de voir autant de jeunes du monde entier, commente Jeanne. Il y a du partage, de la joie. Ici le temps s’arrête. Il suffit de tentes, de duvets, d’un grand foot… Il n’y a pas de jugements. » La jeune femme est bien décidée à recruter d’autres jeunes, une fois rentrée à Limoges, pour former une équipe Young Caritas. « Je vais aller dans les  facs, les écoles. Limoges compte 15 000 étudiants, ça fait du monde ! »

 

Ici, on a une vision dynamique et jeune du Secours Catholique !

Trésor, bénévole à Beauvais

À l’atelier « marché des projets », on échange justement sur les actions initiées par les jeunes du réseau Young Caritas. L’équipe de la Casa Textile, un lieu solidaire monté à Clermont-Ferrand, montre la voie. Un jeune de Dijon présente son engagement dans une maison des talents ouverte aux personnes en précarité et souffrant d’isolement. Un autre partage son expérience de l’accompagnement scolaire dans les bidonvilles de Seine-Saint-Denis.

Marion, la jeune bénévole des Hauts-de-Seine, écoute attentivement. Son équipe Young Caritas est récente. À son actif : l’organisation d’une disco soupe pour sensibiliser au gaspillage alimentaire. Flora, bénévole à Soisson, et Trésor, récemment arrivée à Beauvais, espèrent toutes deux repartir avec quelques astuces pour impulser des actions similaires dans leurs territoires respectifs.

 « Ici, on a une vision dynamique et jeune du Secours Catholique ! », note Trésor. Cette Congolaise a dû fuir Kinshasa du jour au lendemain et s’est retrouvée seule et à la rue pendant plusieurs semaines en France. Elle n’en délaisse pas pour autant l’esprit d’engagement qui l’animait déjà en Afrique et souhaite constituer une équipe Young Caritas.

 
À Saint-Malo : jeunes, divers et fraternels
Emanuele, Arnaud et Jeanne lors d'un atelier animé par l'association Coexister.
 

propositions spirituelles ouvertes à tous

À l’heure de s’exprimer sur les moments importants vécus lors de ce long weekend, le constat d'une facilité dans la rencontre et le partage avec l’autre revient souvent. « Danser tous ensemble, sans se connaître et sans discrimination, c’était fort », retient Bader. « De ma vie, je n’ai jamais vu autant de diversité réunie, s’étonne un Irakien de 30 ans. On se sent l’ami de tout le monde ici. »

Morino, un Luxembourgeois de 20 ans venu avec neuf autres jeunes volontaires de Caritas Luxembourg, abonde : « On sent vraiment la fraternité ici. J’apprends des choses sur moi-même. Par exemple : jusqu’ où puis-je aller dans la confiance et que suis-je capable de donner à quelqu’un que je ne connais que depuis 24h ? »

Les propositions spirituelles musulmanes et chrétiennes ouvertes à tous, dans des tentes voisines, ont aussi interpellé beaucoup de jeunes. Clara, l’étudiante en lettres, est de ceux-ci. « J’ai assisté à la prière musulmane. C’était chouette de pouvoir vivre cette expérience, de voir, sentir les énergies circuler. C’était simple et beau ».

La jeune fille poursuit : « La plupart de mes amis sont athées. Discuter de religion avec eux est difficile. Ici, j’ai rencontré une Turque qui m’a confié que la plus grande joie dans sa vie était de prier cinq fois par jour et que cette contrainte, cette exigence lui faisait du bien… La découverte de l’autre est enrichissante. »

 

J'ai rencontré des jeunes de tous horizons qui se bougent, ça donne envie de s'engager à son tour !

Clara, 19 ans

Sur les remparts de Saint-Malo, la démonstration de l’enthousiasme, de l’engagement et de la diversité des 700 jeunes est puissante. On danse, on chante, sous le regard parfois interloqué et toujours bienveillant des habitants accoudés à leurs fenêtres.

Le retour sur le campus, de nuit et par le front de mer, invite à davantage d’introspection. Chacun y partage ses souvenirs d’enfance, ses rencontres marquantes… « On arrive à échanger sur des choses très intimes avec des personnes que l’on connaît à peine », s’émeut Emanuele, bénévole chez les Young Caritas des Vosges.

« Je suis fier d'avoir participé. C'était comme le paradis ici », lâche Camara, les traits tirés mais le sourire jusqu'aux oreilles le dernier matin, à l'heure des au-revoirs, des embrassades et des « à l’année prochaine ». Clara, elle, repart « enrichie » et « plus décidée ». « J'ai rencontré des jeunes de tous horizons qui se bougent, ça donne envie de s'engager à son tour ! » 

 
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Le film de l'université d'été Young Caritas 2017
Clarisse Briot
Crédits photos : ©Gaël Kerbaol / Secours Catholique
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