Alphabétisation : dans chaque mot, une culture

Publié le 28/04/2015
Val-d'Oise
Alphabétisation : dans chaque mot, une culture
 

À l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, ce 8 septembre, reportage à Persan-Beaumont où 70 à 100 personnes participent aux cours d’alphabétisation et de français langue étrangère, que propose le Secours Catholique. Elles y apprennent une langue, mais aussi une culture tout en faisant découvrir la leur.

Debout devant une dizaine de petits bureaux, Gladys Dupuis regarde attentivement ses élèves. « Svetlana, peux-tu conjuguer le verbe éteindre au futur ? » La belle Azerbaïdjanaise à lunettes jette un dernier coup d’œil à son cahier de notes avant d’aller noircir le tableau blanc. Au premier rang, Oussi, jeune Malien, recopie ce qu’elle écrit et lui souffle discrètement la réponse quand il la connaît.

Dans la petite salle de classe du Secours Catholique de Persan-Beaumont, Gladys Dupuis dispense, chaque lundi et jeudi, trois cours de français langue étrangère. « En 2010 j’avais proposé, lors d’une discussion informelle avec des collègues du Secours Catholique, d’ouvrir une classe de français pour certaines personnes que nous accueillons, se souvient-elle. Quelques jours plus tard, une responsable du Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) est arrivée au volant d’un mini-bus rempli de demandeurs d’asile désirant apprendre notre langue. »

Se respecter

Si la première difficulté reste les différences de niveau, ce sont surtout les échanges interculturels qui marquent la bénévole. « La découverte de la langue d’un pays va bien au-delà de la répétition des mots, la rencontre entre des personnes de différentes cultures est aussi un apprentissage », déclare-t-elle.

Elle a dû intervenir pour que les uns et les autres se respectent. « Il y a quelque temps, une femme habituée du cours s’est plainte de ce qu’un nouvel élève ne lui disait jamais bonjour. Il a fallu comprendre les attitudes de chaque côté. » Elle avait été victime de discrimination dans son pays et ne voulait pas revivre cette situation ; lui, de son côté, venait d’un pays où les hommes n’adressent pas la parole aux femmes. « C’est finalement l’un des élèves qui a fait le lien entre les deux. »

Gladys n’oublie pas qu’elle a appris aussi grâce à ces cours. « Il y a quelques mois, un groupe de femmes voilées d’une soixantaine d’années est venu demander à apprendre à lire et à écrire. Ma première réaction a été négative : elles sont en France depuis quarante ans, elles ont eu tout le temps d’apprendre le français et s’intégrer. Si elles ne l’ont pas fait, c’était leur choix. » Elle a quand même accepté. « Aujourd’hui, je réalise tout ce qu’elles m’apportent, la richesse de nos échanges… et la complexité de leur vie. »


Lire, parler, écrire, une forme d’intégration

Pour Jean-Luc Mouly, président du Secours Catholique du Val-d’Oise, les cours de français langue étrangère sont bien plus que des leçons de grammaire et d’orthographe.

« Une grande majorité des personnes que nous accueillons dans le Val-d’Oise ne parlent pas le français. La plupart viennent d’arriver en France, d’autres y sont depuis plusieurs années. Ne pas maîtriser une langue, ne pas savoir écrire, ne pas pouvoir lire est un réel handicap pour toutes les relations sociales et les démarches administratives. C’est pourquoi beaucoup de nos équipes locales ont mis en place des cours d’alphabétisation ou des cours de français langue étrangère (FLE).

Certaines proposent des rencontres à deux ou trois personnes pour un suivi rapproché, d’autres donnent de vrais cours avec plusieurs dizaines de personnes. Cela relève du rôle de l’État, mais celui-ci s’appuie aujourd’hui sur les associations dans ce domaine. Pour nous, cette mission entre complètement dans notre devoir d’accompagnement des personnes en précarité. Car apprendre le français n’est qu’un moyen d’aller vers notre objectif : leur insertion dans la société française.

L’alphabétisation, c’est découvrir une culture, c’est être là face aux questions sur les démarches, c’est mieux connaître les gens que nous recevons. Ceux qui frappent à notre porte veulent mieux comprendre notre société et y trouver leur place. Cette forme d’intégration par la langue est une de nos réponses et elle me paraît fondamentale. »

Sophie Lebrun
Crédits photos : ©Christophe Hargoues/Secours Catholique
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