Banques : halte au casino financier !

Publié le 05/02/2013
France
 

À quelques jours de l’examen du projet de loi sur la séparation des banques, les membres de plusieurs collectifs se sont regroupés mardi devant le siège de la BNP à Paris pour dénoncer le manque d’ambition de la future loi et les risques que font peser sur les citoyens la spéculation financière.

« Nous ne voulons pas que les Français perdent leur argent à cause des casinos financiers. Le projet de loi qui sera présenté à l’Assemblée nationale dans quelques jours ne changera pratiquement rien. Il a été vidé de sa substance », a déclaré Jean Merckaert (rédacteur en chef de la revue Projet) devant la trentaine de personnes qui s’étaient réunies mardi 5 février sur le boulevard des Italiens à Paris.

Armés de sabres en plastique et de ciseaux en papier, les corsaires d’un jour sont partis à l’abordage du siège de la BNP, dans ce qu’ils ont appelé « l’opération Casino fatal ». Les membres des collectifs « Sauvons les riches » et « Roosevelt », ainsi que de la Plateforme contre les paradis fiscaux et judiciaires, ont pris tour à tour la parole devant la grille centrale de la banque où deux vigiles ont hésité plusieurs minutes avant de fermer les portes.

Munis de porte-voix, les orateurs ont accusé les banquiers de spéculer avec l’argent déposé par leurs clients, de jouer impunément, de s’enrichir indûment. Une activité qui, selon eux, a provoqué la crise de 2008 et aggravé la dette publique et le chômage en Europe. Il est temps pour eux, pour les Français, de scinder les banques.

« Mon adversaire, le monde de la finance »

Les manifestants se souviennent du discours du candidat François Hollande au Bourget en janvier 2012 : « Mon adversaire, avait-il dit, c’est le monde de la finance. » Le président de la République avait alors promis d’obliger les banques « à séparer leurs activités de crédit de leurs opérations spéculatives ».

Les joyeux perturbateurs ont dénoncé devant les passants et les journalistes le texte présenté aux parlementaires, « un texte vidé de sa substance », « un projet de loi qui n’est pas à la hauteur », car cette loi, selon eux, n’obligera pas les banques à séparer leurs activités. Tout juste à créer des filiales qui n’empêcheront pas la faillite des maisons mères.

Vêtue d’un long manteau et d’un chapeau noirs, la militante altermondialiste Susan George a rappelé que cette séparation avait été nécessaire pour surmonter la crise de 1929 : « En 1933 et [jusqu’au milieu des années 1990], cette séparation a permis d’éviter les crises financières. Il n’aura pas fallu huit années à la finance mondiale pour détruire ce qui avait été construit. »

Grégoire Niaudet, de la Plateforme contre les paradis fiscaux et judiciaires, a dénoncé l’existence de succursales des grandes banques françaises dans les paradis fiscaux. Outre l’évasion fiscale (que certains estiment à 80 milliards d’euros par an), cette présence bancaire hors des frontières pose un problème de stabilité économique, car dans ces zones les banques s’affranchissent des règles du marché. Grégoire a aussi souligné que la France est le premier pays à légiférer en la matière. « Mais la barre est placée bien bas alors que nous devrions envoyer un signal fort au reste de l’Europe. »

 

Jacques Duffaut
© Jacques Duffaut/Secours Catholique
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