Bénévole #1 : la marcheuse du bois de Vincennes

Publié le 06/09/2019
Ile-de-France
Bénévole #1 : la marcheuse du bois de Vincennes
 

Une à deux fois par semaine, depuis onze ans, Maryvonne, bénévole au Secours Catholique, arpente les allées du bois de Vincennes à la rencontre de ceux qui y ont élu domicile. 

Décembre. Un fin crachin enveloppe le bois de Vincennes d’un voile qui amortit les sons. Quelques cyclistes croisent des promeneurs accompagnés de chiens avides de nature. Dans une allée principale, le pas léger de Maryvonne, 74 ans, s’accorde à celui de Pierre, 80 ans.

« Les bénévoles doivent être au moins deux pour faire une maraude », explique Maryvonne tandis qu’ils approchent d’une tente en forme de tipi qui semble inoccupée.

« Sandra, êtes-vous là ? » Une voix frêle répond à travers la toile vert-de-grisée par les intempéries, puis Sandra apparaît en chaussettes sur le seuil de son abri. Installée ici en 2012 après un épisode de vie chaotique, cette ancienne traductrice rassure Maryvonne sur sa santé et ses éventuels besoins.

Fin 2018, 189 personnes vivaient dans le bois. Cet après-midi d’hiver, les deux bénévoles vont rencontrer 18 d’entre elles, leur prêter une oreille attentive, tenter de parler avec des étrangers récemment arrivés. Empruntant des sentiers herbeux, ils sont accueillis par les anciens du bois qui leur offrent un siège et un café : Momo se distingue par l’extrême propreté de son habitation ; Karim par les deux grandes tentes jointes entourées d’un bric-à-brac ; quant à Djamel, le couple le découvre soucieux devant sa tente d’où s’échappent deux gros matous en quête de caresses et une odeur d’humidité.

 

Ma place est avec ces gens-là.

 

Il vient de recevoir un courrier administratif qu’il ne comprend pas. Pierre, qui s’occupe des impôts et de la domiciliation des personnes en précarité, lit le document et rassure Djamel : « Cette relance ne tient pas compte des démarches entreprises, pas lieu de s’inquiéter. » Djamel retrouve le sourire et dit qu’il dormira mieux ce soir. 

Originaire de Douarnenez, Maryvonne vit depuis trente ans à Paris. Ancienne militante du Nid, association d’aide aux femmes prostituées du bois, elle a rencontré un jour une salariée du Secours Catholique qui lui a parlé du projet “sortie du bois”, consistant à trouver un logement pérenne aux sans-abri du lieu. Elle a adhéré aussitôt et est partie à leur rencontre.

« J’ai été saisie par l’accueil chaleureux des gens d’ici, dit-elle. Il y avait alors des abris de jardin convertis en logis. L’un d’eux était occupé par un couple, Monique et Thierry. Ils m’ont fait asseoir chez eux, servi du café. Je me suis tout de suite sentie bien. Je me suis dit : “Ma place est avec ces gens-là.” »

C’est ainsi que depuis onze ans Maryvonne vient chaque semaine prendre des nouvelles des habitants du bois. « Ils ne nous demandent rien de matériel. Juste des renseignements, une adresse pour des soins ou celle d’un vestiaire. Et une écoute. Ce sont des gens fidèles, avec qui j’ai tissé des histoires. Ces maraudes me rendent heureuse et m’aident à vivre », confie-t-elle, tandis que la nuit l’oblige à quitter le bois.

 

Retrouver le diaporama sonore : “Auprès des personnes à la rue dans le bois de Vincennes”

Jacques Duffaut
©Xavier Schwebel/Secours Catholique
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