Brigitte Alsberge : « Les vacances permettent de se sentir mieux »

Publié le 01/07/2014
 

Pour Brigitte Alsberge, responsable du département Solidarités familiales au Secours Catholique, les vacances participent au bon équilibre des personnes et de la société. L’accès aux vacances est reconnu par la loi qui en fait un objectif national, voire un droit.

 

Peut-on parler d’un droit aux vacances même pour ceux qui ne travaillent pas ?

Le droit aux vacances ne concerne plus seulement ceux qui travaillent. Au début, l’idée de vacances était effectivement liée au travail. On avait tendance à penser que, puisqu’on ne travaille pas, on n’a pas besoin de se reposer. On considère aujourd’hui que les vacances s’adressent à un public plus large qu’à celui des travailleurs.

Les vacances nourrissent les personnes et, à travers elles, nourrissent les familles. Elles permettent de se sentir mieux. Ceux qui ont une vie difficile, ceux qui n’ont pas d’emploi, en ont encore plus besoin. Les vacances contribuent au bien vivre ensemble, au bien être individuel et familial et donc au bien être de la société. Désormais, la notion de vacances est davantage liée à la citoyenneté.

Mais est-ce véritablement un droit ?

C’est plus un objectif national qu’un droit. Toutefois, la loi d’orientation du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions (art.140) mentionne que dans un contexte de chômage croissant « l’égal accès de tous, tout au long de la vie, à la culture, à la pratique sportive, aux vacances et aux loisirs, constitue un objectif national. Il permet de garantir l’exercice effectif de la citoyenneté (…) ». Ainsi, la loi reconnaît à tout le monde le droit de faire une pause, de se changer les idées, de sortir quelque temps de son quotidien.

Observe-t-on davantage de départs en vacances qu’auparavant ?

Non, les chiffres régressent. L’an dernier, une enquête de l’Agence nationale pour les chèques vacances (ANCV) démontrait cette décroissance. Les gens restent en plus grand nombre chez eux. Par exemple, à la périphérie de Caen nous avons rencontré des personnes qui n’ont jamais bougé, qui ne sont jamais allés à la mer, qui n’est pourtant qu’à une vingtaine de kilomètres. Ce n’est pas un cas isolé.

L’ANCV a analysé les raisons de ces non départs en vacances. Des raisons financières bien sûr, mais pas seulement. « Ce n’est pas pour nous », disaient certains qui avaient peur de quitter leur environnement. Autres raisons : ignorer la manière de préparer un voyage, ou encore la peur d’être stigmatisé en se disant « je vais être là-bas et tout le monde va repérer que moi je n’y connais rien, que je ne sais pas faire »... Certaines personnes restent dans le périmètre de leur isolement parce qu’elles ne se sentent pas les moyens ou l’énergie de passer outre.

Au Secours Catholique, vous incitez les personnes isolées à partir en vacances. Une fois qu’elles sont parties quelques jours loin de chez elles, sont-elles satisfaites, en redemandent-elles ?

Oui. Elles ont envie d’en bénéficier plusieurs fois. Or, la plupart des dispositifs ne prennent plus ces vacances en charge après trois ans. De manière générale, ces dispositifs aident financièrement pendant trois ans. Ensuite, on espère que les personnes aidées pourront être autonomes, partir en vacances seules. Ce qui n’est pas toujours possible.

La formule “Familles en vacances” que propose le Secours Catholique favorise-t-elle les vacances des personnes isolées ?

Partir seul, pour certains la marge est trop grande. Partir à plusieurs, en collectif, est une façon d’appréhender les changements avec d’autres. Certaines délégations locales du Secours Catholique font d’office les premiers départs en collectif.

Le côté collectif est un sas, une bonne transition, pour une première fois. Si les organisateurs de ces vacances en groupe font bien leur travail, ils finissent par proposer aux vacanciers de passer une après-midi tout seuls, pour que les familles ou les personnes puissent avoir un petit temps où elles gèrent leur liberté, où elles s’organisent elles-mêmes.

C’est un petit apprentissage qui peut leur permettre, l’année suivante, d’être plus autonome. Certaines partiront toujours en groupe, parce que trop fragiles. Mais le collectif présente l’avantage de préparer le terrain, d’expérimenter. Ensuite on pourra proposer des vacances autonomes.

Jacques Duffaut
Crédits photos: © Elodie Perriot/Secours Catholique
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