Caritas Internationalis : « Construire une solidarité mondiale »

Publié le 12/05/2015
 

Les 164 membres de la confédération Caritas Internationalis, réunis en Assemblée générale, à Rome, depuis le 12 mai, débattent sur le thème « Une seule famille humaine, prendre soin de la Création ». Entretien avec le secrétaire général du premier réseau humanitaire mondial, le Français Michel Roy, tout juste reconduit à cette fonction.

Caritas Internationalis est-il toujours le premier réseau d’ONG dans le monde ?

Caritas Internationalis est, avec la Croix-Rouge, le premier réseau d’organisations humanitaires et de développement dans le monde.

Un réseau encore mal connu !

Peu connu par le grand public mais à présent davantage connu par les pouvoirs publics. Nous sommes de plus en plus sollicités par les organisations internationales comme la Banque mondiale ou encore les Nations unies… Car nous n’avons pas simplement un programme d’aide à proposer, nous avons une vision spécifique, qui place l’homme au coeur du développement économique et social.

Quelle est votre influence sur ces autorités ?

La Banque mondiale (1), par exemple, reconnaît aujourd’hui que le travail de fourmi effectué par le réseau Caritas porte ses fruits. Elle voit son impact à l’échelle des personnes et des communautés auxquelles celles-ci appartiennent. C’est pourquoi, soucieuse de prendre en compte dans son action ce que nous préconisons, la Banque cherche à bâtir des partenariats avec la confédération.

De même, une organisation interétatique comme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) tient compte de nos préconisations, notamment dans la lutte contre la traite des êtres humains.

Quelle est la part de Caritas dans le combat contre la pauvreté dans le monde ?

Prenons l’exemple de Caritas Espagne. Elle a répondu par un travail de grande qualité à la grave crise économique et sociale qu’a subie ce pays. Les actions qu’elle a mises en place ont eu un véritable impact social. Son excellence a été reconnue par les Espagnols : ils ont accru leurs dons à l’organisation catholique. Les pouvoirs publics lui ont également fait confiance en augmentant ses ressources financières.

Comment répondez-vous aux nombreuses urgences majeures ?

Le défi, pour nous, dans ce contexte tendu, c’est de coordonner la réponse. Car faire travailler ensemble la famille Caritas n’est pas simple. La tentation est toujours forte, chez l’un ou l’autre membre, de vouloir affronter seul la catastrophe, pour des raisons de communication, de politique interne…

Par ailleurs, nous allons prendre de plus en plus en compte la dimension réduction (ou prévention) des risques pour que les populations soient mieux préparées à faire face aux séismes, inondations, cyclones… Savez-vous qu’aux Philippines on ne compte pas moins de 21 typhons par an ?!

À l’approche de la COP 21 que peut-on attendre de Caritas ?

Un nombre important de membres du réseau est déjà mobilisé sur le changement climatique. Lorsque l’encyclique du pape en préparation sur ce thème paraîtra (elle est attendue en juin, Ndlr), notre priorité sera de la faire connaître partout dans les paroisses. Et nous proposerons des initiatives au réseau en partant du contenu d’un texte qui va sans doute inciter chacun à changer de mode de vie.

Quels seront les enjeux essentiels des quatre prochaines années pour le futur secrétaire général ?

J’en vois au moins six : la mise en œuvre du développement durable à l’échelle de la planète, lutter pour résoudre la question du trafic des personnes (travail forcé), résoudre la question de l’impact des activités minières sur la population et sur l’environnement, travailler pour une réconciliation effective - une tâche à recommencer sans cesse, à l’image du Sud-Soudan où ce qui a été construit s’est écroulé -, amplifier notre engagement en faveur du financement du développement, et enfin, une mobilisation plus forte du grand public pour l’associer à la construction d’une solidarité globale au moyen de campagnes de communication mieux coordonnées et plus efficaces.

(1) « La Banque mondiale est plutôt créatrice de pauvreté qu’autre chose », a-t-il précisé au quotidien La Croix.

L’archevêque de Manille, nouveau président de Caritas Internationalis

Le cardinal philippin Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille, a été élu le 14 mai président de Caritas Internationalis. Il succède au cardinal hondurien Oscar Andres Rodriguez Maradiaga. Ce spécialiste du Concile Vatican II est « très attaché au projet du pape François d’une Église pauvre pour les pauvres », souligne Radio Vatican.

« Vous êtes le moteur de l’Église qui organise l’Amour », le message du pape aux Caritas du monde entier


 

Yves Casalis
Crédits photos : © Xavier Schwebel / Secours Catholique
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