Conférence sociale pour l’emploi : permettre un retour à l’emploi des plus précaires

Publié le 07/07/2014
France
Conférence sociale pour l’emploi : permettre un retour à l’emploi des plus précaires
 

Six mois après la session nationale des Semaines sociales de France (SSF) sur le thème “Réinventer le travail”, celles-ci rappellent, dans une tribune avec le Secours Catholique et leurs partenaires, l’importance du travail pour le bonheur et le développement des personnes. Alors que la Conférence sociale pour l’emploi se déroule ce lundi 7 et mardi 8 juillet, ce texte rappelle plusieurs priorités dans la lutte contre le chômage.

Parmi les Européens, les Français sont ceux qui attachent le plus d’importance au travail. Les personnes qui en sont privées expriment leur souffrance de ne pas en avoir et pourtant, pour beaucoup, le travail est un lieu de peine. Le point commun de ces situations apparemment contradictoires a été bien mis en lumière pendant la session 2013 des Semaines sociales de France (SSF).

Beaucoup d’intervenants ont montré que le bonheur “avec”, “dans” et “par” le travail passe nécessairement par la participation consciente et reconnue que chacun et chacune (hommes et femmes à égalité) peut apporter aux “activités” – au sens le plus large du terme – de son entreprise – comprise comme “collectif de travail”.

(…)

Mais si la participation est source d’épanouissement de ses capacités – dans le travail actuel, un travail nouveau ou un travail retrouvé – et si elle contribue puissamment au “lien social”, elle a un corollaire indispensable qui est la responsabilité : celle de l’individu, de l’entreprise, des partenaires sociaux, des structures de formation initiale et continue, de l’État.

Or nous sommes dans une situation qui nous invite à une responsabilité aiguisée. Faute de négocier plus tôt sur la flexicurité, on a vu se développer des types de contrats ou des formes de travail qui installent la précarité au cœur de l’emploi : CDD, stages, temps partiel subi, statut d’autoentreprenariat “imposé”. En cas d’échec, les personnes ne sont pas forcément indemnisées. Le salariat partagé entre plusieurs employeurs au travers de groupements d’employeurs ou autres est une alternative à la précarité et mérite d’être beaucoup plus développé.

Le télétravail permet une souplesse du temps de travail mais demande une grande vigilance. Le sentiment de travailler seul peut être compensé par la volonté de maintenir du lien social au travers par exemple des réseaux sociaux, des clubs d’entreprise, associations… Pour éviter le risque de précarisation, il est nécessaire de se tenir au courant en permanence des évolutions professionnelles, de prendre des initiatives, de se faire conseiller.

On constate que ces nouvelles formes de travail obligent chacun à avoir une mentalité “d’entrepreneur”. Beaucoup en viennent à se demander : « Comment créer moi-même mon travail ? », « Que puis-je inventer et proposer pour être maître de mon destin ? »

C’est vu sous cet angle de la responsabilité que la flexicurité peut être une chance. Sous diverses formes et à différents niveaux, elle apparaît comme le moyen d’allier l’accompagnement, l’organisation ou l’anticipation des changements économiques indispensables voire souhaitables et le bien-être des actuels ou des futurs travailleurs ; elle peut concilier dignité et sécurité d‘un côté, mobilité et adaptation de l’autre. Pour cela, une condition est essentielle : la flexicurité doit être perçue et mise en œuvre comme le meilleur instrument pour conjuguer de façon équilibrée les responsabilités de chacun des acteurs : entreprises, travailleurs, partenaires sociaux, collectivité publique… au service du bien commun.

Les “engagements réciproques” qui se développent actuellement – par exemple entre les personnes en insertion, leurs tuteurs, les employeurs et les organismes de formation ou dans le cadre de la mise en œuvre de la Responsabilité Sociale des Entreprises (en particulier dans leur relation avec les partenaires et les travailleurs de leur territoire d’activité) – vont dans ce sens de la coresponsabilité des acteurs engagés dans un “dialogue social” à différents niveaux.

Signataires : Mouvement chrétien des retraités, Monique Bodhuin, présidente ; Secours Catholique-Caritas France, Jacques Lepage ; Comité chrétien de solidarité avec les chômeurs et les précaires (CCSC), Jean-Pierre Pascual ; Mouvement chrétien des cadres et dirigeants (MCC), Chantal et Patrick Degiovanni, responsables nationaux ; Semaines sociales de France, Alain Heilbrunn et Jean-Pierre Rosa ; Action catholique des milieux indépendants (ACI), Pierre Fleutot, président.

Tribune originellement publiée dans La Croix.

 


Les propositions du Secours Catholique pour l’emploi des plus précaires

Le Secours Catholique, au sein du collectif Alerte, se mobilise en faveur de l’accès à l’emploi des personnes qui en sont le plus éloignées. Le collectif a demandé qu’un temps de travail soit consacré à cette question lors de la conférence sociale des 7 et 8 juillet. Le Secours Catholique entend porter les propositions suivantes auprès des acteurs engagés sur le terrain de l’emploi.

Accès à la formation des personnes les plus exclues grâce à l’abondement du compte personnel de formation

Des d’objectifs chiffrés doivent être fixés en vue d’un abondement fort et ciblé du compte personnel de formation pour les personnes travaillant peu, voire pas du tout ou pour les chômeurs de longue durée quel que soit leur âge.

Aujourd’hui, alors qu’ils en ont le plus besoin, ces publics n’auront droit et accès qu’à très peu d’heures de formation.

Faciliter l’accès à l’emploi des personnes les plus exclues dans le secteur marchand

- Un pourcentage de “dépenses pour l’insertion” pourrait être fixé sur le chiffre d’affaires des entreprises (par branches professionnelles ou secteurs professionnels) soit en salaires directs (par ex. pour l’embauche de personnes en contrats initiative emploi) soit en prestations de services (en favorisant le recours aux structures d’insertion par l’activité économique).

- Il est proposé la création (par branches professionnelles ou secteurs professionnels) d’un “cadre contractuel pour l’intégration et le maintien dans l’emploi” entre toutes les parties (employeur, salarié, tuteur accompagnateur, responsables d’équipes de travail ou de services, représentants du personnel…) qui préciserait leurs engagements réciproques – ex. en termes de formation au nouvel emploi, d’accueil par les collègues de travail, d’information sur l’entreprise…).

Ces indicateurs s’inscriraient dans le cadre de la responsabilité sociétale des entreprises.

Diversification et assouplissement des contrats aidés

Un nouveau “contrat d’utilité sociale” dans l’entreprise, sans condition d’âge et d’une durée pouvant aller jusqu’à cinq ans, pourrait être proposé à des personnes qui sont chômeurs de longue durée et qui présentent des difficultés particulières d’accès à l’emploi (problèmes de mobilité, de santé…), à des salariés de SIAE (soit antérieurement soit simultanément) ou encore à des personnes subissant un temps de travail très partiel.

Ce contrat aurait la forme du CUI/CIE et sa nouveauté résiderait dans l’objet du contrat, c’est-à-dire la nature des tâches confiées : création ou développement de la convivialité dans l’entreprise, développement de services en lien avec l’environnement de proximité, réduction de l’empreinte carbone…

Plus largement le Secours Catholique souhaite :

- une réforme du RSA activité permettant d’améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs pauvres ;
- une accélération de la montée en charge de la garantie jeunes,

et soutient les propositions du collectif Alerte.

Crédit photos : © Sébastien Le Clezio / Secours Catholique-Caritas France
Jeune homme réparant un ordinateur
Plus d'informations
Emploi, Insertion, Microcrédit
# sur le même thème