Demandeurs d’asile : une famille pour accueillir

Publié le 26/03/2015
Orléans
 

À Orléans, sept familles accueillent régulièrement des demandeurs d’asile en attente de place en centre d’accueil grâce au réseau Welcome, partenaire du Secours Catholique-Caritas France. Durant quelques semaines, ils partagent leur quotidien.

Alhassane dépose doucement sa veste dans l’entrée de la maison de la famille Poisson. Discrètement, il file vers la cuisine. Quelques minutes plus tard, ce Guinéen de 27 ans se fait une petite tartine de pain frais – fait maison – avec du beurre. Une habitude prise depuis qu’il a habité un mois chez Françoise et Xavier, en décembre dernier. À l’époque, le jeune homme à la silhouette frêle était demandeur d’asile et alternait les séjours à l’hôpital – il est atteint de drépanocytose, une maladie du sang – et les nuits dans les rues d’Orléans.

C’est un bénévole du Secours Catholique qui l’a orienté vers le couple Poisson : ils font partie du réseau Welcome, qui regroupe des familles accueillant des demandeurs d’asile sans solution de logement pour trois ou quatre semaines. Fondé par le Service des jésuites pour les réfugiés, le réseau est présent dans une douzaine de villes dont Paris, Nantes, Lille, Rennes, Brest, Lyon, Marseille, Valence, Nevers...

« Nous voulions aider, tout en étant soutenus par des organisations », expliquent Françoise et Xavier. La solution Welcome répondait à leurs attentes : le Secours Catholique leur envoie des personnes suivies dans leurs démarches administratives, en quête d’une pause dans leur parcours. « Nous sommes des familles d’accueil, ajoutent Françoise et Xavier, notre unique rôle est de tisser des liens avec eux. Aujourd’hui, Alhassane est comme notre cinquième enfant, il revient de temps en temps, quand il en a besoin ou envie. » Et il repart avec une tablette de chocolat ou autre confiserie.

Bienvenue chez nous

Le réseau Welcome a été créé à Orléans il y a deux ans sous l’impulsion de la famille Fruchard, qui le coordonne. « Nous voulions nous engager, militer, déclare Thomas, le père. Mais avec quatre enfants, il reste peu de temps libre. » Alors ils ont fait venir la solidarité au cœur de leur maison : « J’avoue qu’au début, j’avais un peu peur que ce soit difficile d’avoir un étranger chez nous, confie Mélanie, la maman. J’ai été surprise de voir que ceux que l’on accueillait étaient très timides… En fait, ils avaient aussi peur que nous. Et les quatre personnes qui ont habité avec nous ont toujours fait naturellement attention à ne pas empiéter sur notre intimité. »

Josué, Mémounatou, Aimé et Fiston ont partagé avec eux petits-déjeuners, dîners et week-ends. « Vivre dans notre quotidien leur donne des clés pour comprendre la société française », note Mélanie. Par exemple, Aimé, originaire du Congo-Kinshasa, ne disait jamais « s’il vous plaît », cela ne se fait pas dans son pays. « On n’aurait jamais pensé à le lui expliquer de prime abord », ajoute en souriant Mélanie, qui se remémore leur surprise, au début.

Les plus petits ont aussi un impact fort sur les invités, souvent meurtris par leur déracinement subi et soudain. « Les enfants sont nature, souligne Mélanie. C’est là que la relation s’enrichit : nous avons reçu une jeune fille de Sierra Leone, Mémounatou, très renfermée sur elle-même. Son premier sourire est venu face aux pitreries que faisait notre fils. » La famille se nourrit aussi de ces rencontres : Benoît, leur dernier enfant, s’est passionné pour les pays d’Afrique, d’où venaient leurs visiteurs ; tous ont goûté des plats dépaysants, centrafricains ou congolais. Et le choc culturel n’est pas toujours là où on l’attend : « La tête des enfants quand ils ont appris que sur d’autres continents, ce sont les enfants qui servent les parents à table ! »

Aujourd’hui, après six ou sept demandeurs d’asile accueillis par Welcome Orléans, seul Aimé n’a pas trouvé de place dans un centre d’accueil. Il appelle les familles qui l’ont hébergé quand le 115 sonne dans le vide. « On garde toujours des liens », déclarent en chœur les deux familles. Pour le plus grand plaisir des enfants, qui attirent Aimé dans le jardin pour jouer au foot ou au ping-pong dès qu’il revient passer un après-midi ou une soirée.

Sophie Lebrun
Crédits photos : ©Xavier Schwebel/Secours Catholique
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