Éducation : Une maison pour soutenir les parents

Publié le 29/11/2010
Isère
 

Des cris enthousiastes et des rires cristallins d’enfants s’échappent du jardin de la Maison des familles à Grenoble. Une douzaine de bambins courent et jouent devant cette grande bâtisse. Parmi eux, Jacob [1], 4 ans, gambade dans le jardin comme s’il était chez lui.

C’est pourtant la première fois qu’avec sa mère, Marie-Ange, il fréquente cette maison si accueillante. La jeune Congolaise, arrivée en France deux mois plus tôt, élève seule son fils. Sans famille ni amis dans ce nouveau pays, sa vie est une succession de difficultés quotidiennes. Elle occupe actuellement une chambre au Centre d’accueil municipal (CAM) de Grenoble.

Estime de soi.

« Ce n’est vraiment pas l’idéal pour élever un enfant. Parfois, Jacob me demande : “Maman, je veux jouer…”, mais il n’y a pas assez d’espace là où nous vivons. Je suis souvent désemparée devant cette situation », témoigne Marie-Ange.

Sur le conseil de la délégation du Secours Catholique de Grenoble qui la soutient, elle s’est rendue à la Maison des familles dans l’espoir de répondre aux attentes de son fils. Résultat d’un croisement des expertises des Apprentis d’Auteuil sur l’éducation et du Secours Catholique sur la précarité, ce projet commun aux deux associations permet aux parents en situation de pauvreté d’être soutenus dans leur parentalité.

« Nous avons constaté que les personnes qui vivent dans la précarité ont une piètre image d’elles-mêmes en tant que parents », explique Babeth Michel, responsable de la structure. « Pourtant, il est intéressant de voir que, contrairement à ce que l’imaginaire collectif nous laisse croire, ces parents ont une idée très précise de l’éducation. Seulement, pour certains, les conditions psychiques et matérielles liées à la pauvreté ne leur permettent pas de la mettre en œuvre. » Et l’éducation en pâtit.

La Maison des familles ne prétend pas pour autant être une alternative aux mesures de la Protection de l’enfance. « Nous sommes présents dans le cadre de la prévention, précise Babeth Michel. Les parents qui viennent ici ne mettent pas en danger leurs enfants. Toutefois la pauvreté qu’ils subissent peut, si rien n’est fait, mener à une défaillance d’éducation, vu le nombre de problèmes auxquels ils sont déjà confrontés. »

Depuis septembre 2009, plusieurs parents ont donc été orientés par le Secours Catholique de Grenoble vers la Maison des familles avec leurs enfants. Tous les mercredis après-midi, ils peuvent partager ici leur expérience de parents.

« Lorsque mon fils tente de justifier un comportement que je réprouve par le fait que son copain a le droit de faire ainsi, je lui réponds toujours que ce que son copain a le droit de faire m’importe peu. Je lui dis qu’ici, il est chez moi et qu’il doit respecter mon autorité », relate Zaïna, mère de deux enfants, avec fermeté. « C’est vrai, mais il faut toujours expliquer à l’enfant pourquoi on lui dit non », observe Amelle, une autre mère. « Moi, je m’étonne de voir que depuis que Jacob va à l’école, il cherche toujours à avoir réponse à tout », déclare Marie-Ange.

Débat.

Dans le salon, un débat est lancé. C’est un principe établi, qui fait partie du soutien à la parentalité. Cette fois, ce sera sur le thème des vacances. « Est-ce que, pour vous, les vacances sont une chance car vous pouvez profiter davantage de vos enfants, ou est-ce une surcharge car vous les avez toute la journée ? » demande Annie, bénévole depuis la première heure à la Maison des familles. Bientôt, d’autres questions surgissent autour de l’autorité parentale, des règles à poser, de la punition…

« J’aime venir ici », témoigne Amelle, l’une des premières participantes à la Maison des familles. « Je vois comment les autres parents parlent à leurs enfants et comment ils se comportent avec eux. Je remarque ce que je ne fais pas et le prends en considération. » Une vraie richesse, selon elle, et un vrai soutien dans l’éducation de sa fille. « Ainsi, je me suis aperçue que j’étais une bonne mère », ajoute Amelle. « Objectif atteint », commente Babeth avec fierté.

Accompagnement.

Patience est une habituée des lieux. Elle passe chaque mercredi après-midi à l’association avec ses trois fils. Cette Ivoirienne au caractère affirmé reconnaît volontiers qu’elle recourt aux conseils de Babeth, d’Estelle, animatrice du Secours Catholique, et des bénévoles. « J’ai eu, par exemple, des petits soucis avec mon aîné. Immédiatement j’ai appelé Babeth et c’est à la Maison des familles, tous ensemble, que nous avons résolu le problème, raconte Patience. Je retrouve ici le soutien que ma famille m’apportait lorsque j’habitais en Côte d’Ivoire. Par ailleurs, j’ai été extrêmement soutenue quand l’autisme de mon fils a été diagnostiqué. » L’association évolue ainsi dans une logique qui ne veut pas se substituer à l’autorité parentale, mais contribuer à une démarche d’éducation.

En milieu d’après-midi, Babeth déloge les femmes du coin du feu. « C’est l’heure du jeu avec les enfants ! » lance-t-elle à la cantonade. Dehors, les petits attendent leurs parents avec impatience pour leur présenter un divertissement. Zaïna, un peu malade, y va en traînant les pieds. Quelques minutes plus tard, son rire retentit dans le jardin. La bonne humeur est générale.

« Nous insistons pour qu’il y ait ce temps de jeu entre parents et enfants, car en raison de leur situation de logement précaire, c’est quelque chose qu’ils font très peu », explique Babeth Michel. Les enfants, qui voient habituellement leurs parents soucieux, les découvrent ainsi souriants et joyeux. « Par ailleurs, cela participe à l’éducation des enfants », souligne Babeth. Dans ce tourbillon de gaieté, Marie-Ange et Jacob semblent avoir trouvé leur place. « C’est un soulagement », confie la jeune mère à l’issue de cette première journée.

Notes:

[1] Les prénoms des enfants et de leurs parents ont été modifiés.

© S. Le Clezio/Secours Catholique
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