Érythréens : victimes de barbarie au Sinaï, sans droits en Israël

Publié le 19/04/2012
Egypte, Erythrée, Israël
 

Le  désert du Sinaï, en Égypte, est devenu une zone de non-droit où les réfugiés érythréens font l’objet de kidnappings, rançons, traite, trafic d’organes. En Israël ils sont privés de droits. Des acteurs du Secours Catholique dénoncent cette situation.

Depuis que l’Union européenne a durci, en 2006, sa politique migratoire, et surtout depuis la guerre en Libye, c’est dans le Sinaï que se retrouvent beaucoup de réfugiés érythréens, espérant obtenir l’asile auprès de l’État d’Israël. Très souvent, ils se retrouvent dans ce désert après avoir été vendus ou kidnappés dans les camps de réfugiés du Soudan. Ils arrivent enchaînés, au terme d’un voyage qui peut prendre plus d’un mois, puis sont enfermés dans des camps par des contrebandiers : des bédouins qui les torturent systématiquement afin d’extorquer des rançons auprès des familles, jointes par téléphones cellulaires. Si la rançon demandée est versée, les bédouins les font passer en Israël avec la complicité d’autres bédouins situés de l’autre côté de la frontière.

En janvier 2012, le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés a dénoncé ces réseaux criminels et ces trafics. En mars 2012, les évêques et vicaires patriarcaux publiaient un « Appel des Ordinaires catholiques de Terre Sainte concernant le trafic d’êtres humains et les prises d’otages dans le Sinaï » (lire l’appel).

En totale violation de tous les accords internationaux

Dans un document intitulé « Des centaines de réfugiés retenus en otage dans des camps de torture au Sinaï doivent être secourus », daté du 31 mars dernier, Physicians for Human Rights (PHR - Médecins pour les droits de l’homme), une association humanitaire basée à Tel Aviv, dénoncent également le trafic dont font l’objet les réfugiés érythréens. Mais ils soulignent également que, une fois arrivés en Israël et après avoir demandé l’asile, ces réfugiés ne bénéficient d’aucun statut ni d’aucun droit. Certains sont emprisonnés pour une durée indéterminée et selon les places disponibles. D’autres sont aussitôt expulsés, selon la méthode du « hot return » (retour à chaud), en totale violation de tous les accords internationaux, et notamment la Convention sur les droits des réfugiés de 1951, dont Israël est signataire. Toujours selon PHR, ceux qui arrivent à se maintenir sur le territoire travaillent sans autorisation pour des salaires très bas, dorment dans les jardins publics, vivent dans des conditions sanitaires dramatiques : aucun accès au système de santé israélien, sauf si il y a risque de mort imminente. Visitant le centre de santé de PHR le 27 mars dernier, deux membres du Secours Catholique ont pu compter 45 personnes attendant son ouverture.

260 km de mur entre Israël et l’Égypte

Le mot de réfugiés fait très peur en Israël dans la mesure où il fait référence à d’autres réfugiés, les réfugiés palestiniens dont l’État d’Israël refuse le retour. Ce terme de réfugié n’est pas utilisé pour ces demandeurs d’asile, qui sont au contraire qualifiés d’« infiltrés », condition assimilée à un crime avec tout ce que cela sous-entend de dangerosité pour la sécurité d’un État qui ne veut pas perdre son caractère juif. En réponse à ces problèmes de trafic entre les deux pays, le gouvernement israélien est en train d’édifier sur 260 kilomètres un mur entre l’État hébreu et l’Égypte, ainsi qu’une prison de 8 000 à 10 000 places pour pouvoir contenir tous les réfugiés qui ne sont pas immédiatement expulsés.

 

Bernard Flichy, avec Jacques Duffaut
crédit : Bernard Flichy/Secours Catholique
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