Éthiopie : la multiplication des récoltes

Publié le 13/10/2014
Ethiopie
Éthiopie : la multiplication des récoltes
 

Victimes de sécheresses à répétition, les paysans éthiopiens apprennent à se prémunir contre la famine grâce aux programmes des Caritas diocésaines et des Caritas occidentales.

La saison des pluies en Éthiopie est capricieuse. Elle dure généralement de juin à août, mais certaines années il ne pleut pas du tout. En 1984-1985 et en 2011, la sécheresse a fait exploser les taux de mortalité et de malnutrition. La perte des récoltes et du cheptel a eu de terribles répercussions sur les paysans, soit 85 % des Éthiopiens.

Après la chute de la dictature marxiste en 1991 et la prise de pouvoir du Front démocratique et révolutionnaire éthiopien, seul parti politique au pouvoir depuis, le pays se développe. Les villes sont en chantier.

Addis-Abeba est une fourmilière en ébullition. Mais les paysans vivant à l’écart des grands axes échappent aux aides du gouvernement. Pour réduire leur pauvreté, l’Église catholique, via ses Caritas diocésaines, a mis en place des programmes que financent les Caritas suisse, britannique, belge et française. Le Secours Catholique apporte son soutien à deux diocèses, celui d’Harar à l’est et celui d’Adigrat au nord.

Une approche globale

Au nord, dans la région du Tigré, l’érosion sculpte des canyons depuis des millénaires. Au fond de ces canyons, à des centaines de mètres en contrebas, vivent des communautés reliées au monde par des pistes difficilement praticables. À Bahra-Siheta, se trouvent des champs et de petites maisons en pierre taillée dans le grès. Le bétail, plus nombreux que les habitants, est attaché aux enclos des maisons et broute le fourrage fauché aux alentours. Depuis que le programme du diocèse catholique d’Adigrat (ADCS) financé par plusieurs Caritas – dont le Secours Catholique – est appliqué en ce lieu, le bétail se porte bien et la terre donne une récolte “pluviale” et deux récoltes irriguées.

Dans une quinzaine de villages semblables à Bahra-Siheta, les responsables du programme aident les paysans à développer leur activité et à la rendre durable. « L’approche est globale, déclare Alexis Ponel, conseiller du programme que finance Caritas Belgique. Elle englobe la sécurité alimentaire, l’eau, l’assainissement, mais aussi la création d’activités rémunérées et la santé du bétail. Tout se fait dans le respect des traditions. Nous écoutons, nous proposons. Les paysans choisissent. »

Le résultat est visible. Dans les villages qui ont appliqué le programme, des dizaines de réservoirs et de puits, des centaines de mètres de canaux, des milliers de fossés ont été creusés pour capter, conserver, apprivoiser l’eau. Des épais murs en gabions sont construits au fond des lits des rivières pour retenir la terre. Des villages qu’un cours d’eau séparait sont réunis, à certains endroits la terre alluvionnaire comble d’anciens creux de plusieurs mètres de large et de profondeur. Les arbres et arbustes qui y sont plantés luttent à leur tour contre l’érosion du sol.

Cours d’agronomie

Au village de Menewet, des camions viennent chercher la récolte de légumes de la semaine. Les fermiers ont suivi des cours d’agronomie et ont vite su en tirer les leçons. Au village de Serewat, Mehari Tesfeu, septuagénaire alerte, se félicite qu’on puisse « enfin boire de l’eau propre depuis qu’il y a le grand réservoir ». Financé par le Secours Catholique, ce réservoir profond de 25 mètres, couvert, recueille l’eau de pluie à fleur de montagne.

L’ami de Mehari, le prêtre orthodoxe, se réjouit de voir diminuer l’exode des habitants : « L’irrigation, la construction du grand réservoir, la récupération des eaux de pluie, tout cela a créé de l’emploi. Les jeunes partaient en Arabie saoudite. Aujourd’hui, ils ont tendance à rester. »

À l’est du pays, dans la région Somali, la Caritas diocésaine d’Harar (HCS) a une approche tout aussi globale. Elle aide les paysans à multiplier leurs récoltes, à tirer profit de l’engraissement du bétail et à créer une coopérative. Tous les programmes tendent, là encore, à réduire la pauvreté et à donner aux enfants de paysans les moyens de se former à d’autres métiers. Car ici, la terre ne s’achète pas. L’État l’a distribuée en 1991 en fonction de la taille des foyers et les lopins sont déjà trop petits pour accueillir les nouvelles générations.

Au sud de Jijiga, Ahmed Nour, 40 ans, huit enfants, irrigue tous les jours quatre hectares d’orangers. Il est l’un des dix membres de la coopérative que HCS a créée pour cette culture pionnière. La première récolte est attendue pour le mois prochain. « Les oranges se vendent 1,50 euro le kilo au marché, dit-il. C’est une somme considérable. J’espère que cette culture va changer ma vie, car notre mode de vie est en danger. J’en suis conscient. »

Jacques Duffaut

 

 

 

Crédits photos: © Lionel Charrier-Myop/Secours Catholique
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