Étienne Migliorino : « Il faut s’opposer au tout sécuritaire »

Publié le 23/11/2012
France
 

Initiateur du mouvement interassociatif contre la mort en prison, Étienne Migliorino répond aux questions du Secours Catholique.

Qu’est-ce qui vous a conduit à lancer le mouvement contre la mort en prison ?

D’avoir été témoin d’un décès causé par la solitude.

Quels remèdes préconisez-vous ?

Un accompagnement, plus d’activités, plus de relations avec la famille, un meilleur suivi sanitaire. Il faudrait aussi des aménagements de peine pour les personnes âgées mais personne ne prend le temps de s’en occuper. À l’intérieur des prisons, les cellules individuelles évitent la promiscuité qui favorise la maladie et peut engendrer la désespérance. À Fresnes, les détenus étaient jusqu’à quatre dans 9 m². C’est une cause de suicide.

Et les suspensions de peines permises par la loi Kouchner ?

La politique sécuritaire de ces dernières années y a fait obstacle. Les juges d’application des peines donnent moins de grâces médicales. Il est vrai qu’il n’est pas évident de trouver des solutions d’hébergement.

Comment s’explique cette politique judiciaire ?

Les juges considèrent parfois la prison comme un lieu de soin pour les malades mentaux et bien sûr ce n’en est pas un. Par ailleurs, ils demandent beaucoup d’expertises pour être sûrs de ne pas faire d’erreur. Cela les conduit parfois à hésiter. Ils préfèrent alors incarcérer plutôt que d’accorder une peine alternative ou une grâce médicale.

Quel est l’impact de vos rassemblements sur la société et les pouvoirs publics ?

Nous devons sensibiliser les politiques. Plus on en parle, plus cela a d’impact. Pour le moment, il est primordial de s’opposer au tout sécuritaire. J’espère plus d’humanisme et de solutions alternatives de la part du nouveau gouvernement.

 

François Tcherkessoff
crédit : Jean-François Joly/Secours Catholique
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
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