Expériences collectives : rendre la parole et le pouvoir aux personnes

Publié le 25/09/2013
France
 

Au Secours Catholique, on compte plus de 1 300 actions collectives sur l’ensemble de l’Hexagone. Un développement en forte hausse depuis ces quinze dernières années, signe d’une modification de la place accordée aux personnes les plus précaires.

Seuls, ils ne s’en sortaient pas. Ils ont trouvé dans une petite association de quartier les moyens de manger des produits de meilleure qualité et à meilleur prix. C’est à un bouillonnement d’initiatives de ce genre qu’assiste Michel Bérard, président du réseau associatif Voisins et citoyens en Méditerranée.

« La crise a révélé un grand potentiel de générosité, se réjouit-il. Face à des situations de pauvreté qui perdurent, on se mobilise. Épiceries solidaires, garages associatifs, jardins partagés, friperies, ateliers de couture… » Dans tous les domaines, c’est un mouvement florissant d’expériences collectives d’entraide et de solidarité.

« Ce sont des collectifs de toutes formes, fragiles mais très dynamiques. Ils répondent à des besoins concrets et essentiels. On retrouve en fait les bases de l’économie populaire qui a permis à la France de se reconstruire après-guerre. »

Au sein du Secours Catholique, on compte plus de 1 300 de ces « actions collectives » sur l’ensemble du territoire. « Leur développement a commencé dans les années 1990 et s’est accéléré depuis quinze ans, explique Jean-Marc Boisselier, du pôle Animation-formation-recherche, d’une part sous la forme de lieux de convivialité et d’initiatives dont l’objectif est de lutter contre la solitude, d’autre part autour d’intérêts communs, d’activités menées collectivement. »

Les initiatives sont aussi nombreuses que variées. Des familles d’un même quartier s’organisent pour permettre à tous de partir en vacances, des groupes de parole, les voyages de l’Espérance à Lourdes, mais encore des groupes de migrants apprenant le français, des voisins s’associant pour cultiver un potager…

Donner la parole aux personnes précaires

« Aujourd’hui, on développe des actions dont l’optique est plus clairement citoyenne, poursuit Jean-Marc Boisselier. Agir ensemble signifie se mobiliser avec les personnes en situation de précarité afin qu’elles prennent la parole et deviennent plus actrices de leur vie et de leur environnement. »

C’est la force du collectif. La marche contre la pauvreté, le 28 juin à Paris, et l’action autour des élections en sont les emblèmes. À l’occasion de la présidentielle de 2012, des groupes se sont ainsi constitués dans toute la France. Leurs représentants ont été réunis au siège du Secours Catholique pour exprimer leurs constats et faire des propositions. Ils ont aussi rencontré les candidats ou leurs équipes. Du 23 au 26 septembre, une centaine d’entre eux se retrouvent à Lourdes pour préparer les municipales de mars 2014.

L’essor des actions collectives traduit l’évolution du milieu associatif. Selon Juliette Ferreyrolles, qui a étudié les stratégies de quatre associations nationales, dont le Secours Catholique, pour le Centre national des arts et métiers (Cnam), « les associations cherchent à impliquer les personnes en précarité dans leurs structures et dans leurs actions ». Les aider à les mobiliser favorise leur développement et leur intégration.

Ce principe est au cœur de l’expérience des Accorderies, créées dans les années 2000 au Québec et importées en France par la fondation Macif, avec le soutien du Secours Catholique, à Paris et en Rhône-Alpes. « Chacun trouve sa place dans ce réseau d’échanges de services en proposant ce qu’il sait faire, explique Philippe Lefilleul, responsable pour le Secours Catholique. La relation est bâtie sur la réciprocité. Comme on est rétribué en chèques temps, il n’y a aucune hiérarchie » : une heure de dépannage en plomberie vaut une heure d’enseignement d’une langue rare.

Rupture avec les politiques publiques passées

Selon Jean-Marie Gourvil, auteur et ancien enseignant à l’Institut régional du travail social de Basse-Normandie, on observe ici le résultat d’un mouvement profond qui réhabilite les personnes en souffrance. « À l’époque moderne, on a enfermé le pauvre. Il est devenu l’objet d’une aide sociale élaborée sans lui. On est en train de rompre avec cela. » Le contexte y est favorable : "l’échec des politiques publiques", la crise qui fragilise une plus grande frange de la population.

Ce mouvement est né dans les années 1970 aux États-Unis et au Québec et a été porté en France par des courants auto-gestionnaires et d’inspiration chrétienne.

Dans notre pays, il trouve un écho institutionnel depuis une dizaine d’années : en 2002, le vote de la loi rénovant l’action sociale et médico-sociale a permis une vraie reconnaissance des droits des usagers ; depuis un an, on expérimente un collège des personnes en situation de pauvreté ou de précarité au sein du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Céder le pouvoirs aux personnes

Le développement de la participation se heurte néanmoins à des résistances. « Pour qu’elle soit authentique, il faut réellement céder du pouvoir aux personnes », insiste Jean-Luc Graven, du pôle Animation-formation-recherche. Former les bénévoles à une nouvelle approche de leur métier demande du temps.

Autour de Jean-Luc Graven, une équipe soutient les délégations en ce sens, grâce à son expérience acquise dans la banlieue de Grenoble. « En 2001, on a commencé par rencontrer les gens dans la rue, simplement pour écouter. » Peu à peu, ils ont exprimé leur mal-être. « Des groupes d’habitants se sont créés. Ils ont organisé la première fête du quartier, installé des aires de jeu, retrouvé de la confiance et de la fierté. Aujourd’hui ils fonctionnent par eux-mêmes, nous avons passé le relais. »

Adrien Bail
© Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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