Faim : Caritas veut la reconnaissance du droit à s’alimenter

Publié le 07/06/2012
Monde
 

À Vienne, les participants au congrès sur un « Futur sans faim » ont avancé des propositions contre l’insuffisance alimentaire qui touche 925 millions de personnes dans le monde et provoque la mort de 7 000 enfants chaque jour.

À la suite du congrès organisé par Caritas Internationalis et Caritas Europa, réseaux dont est membre le Secours Catholique, les représentants de Caritas devaient rencontrer la commissaire européenne à la Coopération internationale et à l’Aide humanitaire, Kristalina Georgieva. Les Caritas souhaitent que l’Union européenne introduise la notion de droit à l’alimentation dans les priorités mondiales de lutte contre la pauvreté. Celles-ci devraient succéder aux Objectifs du millénaire pour le développement, après leur échéance de 2015.

Priorités pour le sommet mondial de Rio

Ces nouvelles priorités pourraient être discutées à la conférence internationale « Rio + 20 » (vingt ans après le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro), à partir du 16 juin. Le Secours Catholique participe à ce sommet mondial qui doit définir le développement durable des vingt prochaines années.

L’absence de « pain quotidien pour tous entrave le développement humain et porte atteinte à la dignité des hommes, alors que vivre dans la dignité, débarrassé de la faim, de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition est un droit pour chaque être humain », plaide la communauté mondiale des Caritas.

Accaparement des terres

Le congrès de Vienne a mis l’accent sur les causes très actuelles de la persistance de la faim dans les pays pauvres. Il s’agit notamment de l’accaparement des terres dans ces pays par d’autre pays, plus riches. Le problème se pose notamment en Afrique, dans des pays sans réglementation claire. Mais il concerne aussi l’Europe ou la Chine, siège des grandes compagnies accapareuses de terres, souligne Isabel Hernandez, chargée de plaidoyer international à Caritas Europa. Le réseau basé à Bruxelles en appelle aux autorités politiques d’Europe pour qu’elles encadrent légalement les pratiques des leurs sociétés privées.

Dix commandements

La production d’agrocarburants étant une des raisons de la mainmise sur les terres, Caritas demande aussi une prise de conscience aux particuliers : « Ne remplissez pas votre réservoir avec la nourriture dont les personnes qui ont faim ont besoin », proclame un des « dix commandements pour un futur sans faim » établis par Caritas.

« Soyez sobres dans vos déplacements, utilisez le plus possible le vélo et les transports en commun car votre essence contient du carburant d’origine agricole qui fait reculer la production alimentaire », explique Isabel Hernandez.

D’autres « commandements » concernent la spéculation sur l’alimentation, l’adaptation de l’agriculture au changement climatique, le maintien de l’agriculture familiale ou la cohérence des politiques de soutien à l’économie et de celles combattant la pauvreté et la faim (la Politique agricole commune, la PAC, peut par exemple entrer en contradiction avec les politiques européennes de développement).

Poulets de la PAC

Les Caritas soulignent précisément l’impact négatif de la Politique agricole commune sur les pays pauvres, comme par exemple quand l’Europe envoie en Afrique ses excédents subventionnés de pattes de poulets, au risque de « tuer » la production locale, remarque Isabel Hernandez.

Mettre fin au scandale

Caritas inclut la prévention des conflits armés et des guerres dans ses dix commandements car, là aussi, l’agriculture et l’alimentation sont sévèrement touchées.

« Caritas est saturée de faim/Caritas is fed up with hunger », annonçait l’intitulé du congrès de Vienne. « Mourir de faim dans notre monde d’abondance est un scandale et le déni du droit humain le plus essentiel, se sont insurgées les Caritas réunies à Vienne. La faim n’est pas un phénomène naturel, elle a des causes sociales, économiques et politiques […]. Il est temps de mettre fin à ce scandale », a proclamé Caritas devant les responsables politiques invités dans la capitale autrichienne.

 

François Tcherkessoff
Caritas Suisse/CI
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