Formation professionnelle : mettre l'accent sur les plus fragiles

Publié le 11/06/2018
 

L'Assemblée nationale entame ce lundi 11 juin l'examen du projet de loi "pour la liberté de choisir son avenir professionnel", qui réforme l'assurance chômage, l'apprentissage et la formation professionnelle.

Pour que les personnes éloignées de l’emploi ne soient pas davantage exclues de la formation, le Secours Catholique réclame des moyens accrus et adaptés.

Afin de tenter d'infléchir le texte en ce sens, l'association a porté plusieurs amendements auprès des trois rapporteurs du projet ainsi que d’autres députés.

 

Selon la réforme en discussion dans l'hémicycle, le CPF (compte personnel de formation) fera de l’individu l’acteur de son projet professionnel. Il pourra ainsi choisir et payer sa formation avec une application mobile et son compte sera crédité en euros (il l’était en heures auparavant) selon son activité salariée.

Premier constat du Secours Catholique : quid de l’accès à une formation qualifiante, sésame des chômeurs de longue durée pour accéder à un emploi ?

« Ces derniers ont besoin d’emblée d’un CPF abondé, ils ne peuvent pas se permettre d’attendre x années pour réunir des euros sur leurs comptes », analyse François Berruer, en charge de l’emploi au Secours Catholique.

 

Une personne au chômage a besoin d’un diagnostic et de conseils pour inscrire sa formation dans son projet professionnel.

François Berruer, Secours Catholique

Autre risque : l’absence d’intermédiaire entre la personne et l’organisme de formation. L’existence d’une application mobile exclut encore plus les personnes en précarité qui n’ont pas toujours accès au numérique et risquent ainsi de se retrouver seules, sans accompagnement.

« Or une personne au chômage a besoin d’un diagnostic et de conseils pour inscrire sa formation dans son projet professionnel, poursuit François Berruer. Les personnes qu’on rencontre le disent : elles veulent une formation choisie et non subie. »

De même, le Secours Catholique s’alarme du manque d’information des chômeurs sur leurs droits à la formation, et demande une meilleure prise en charge des frais annexes : hébergement, mobilité, garde d’enfants.

Comment, en effet, suivre une formation loin de chez soi quand on a peu de ressources ? C’est le serpent qui se mord la queue.

 

« Je suis volontaire pour me former mais je n’ai pas de financement. »

Françoise*, en recherche d'emploi à Chambéry, témoigne des freins qu'elle rencontre pour se former.

« Comme je n’ai enchaîné que des CDDs dernièrement, je n’ai que 17 heures créditées sur mon compte personnel de formation. Cela est insuffisant pour prétendre à une formation qualifiante. Pourtant, l’acquisition de nouvelles compétences, notamment en informatique, me permettrait de gagner en confiance et faciliterait mon retour à l’emploi.
Personnellement, je ne peux pas me financer de formation. Mes ressources actuelles (ASS, Allocation de solidarité spécifique) ne me permettent pas de m’autofinancer. Je suis volontaire mais je n’ai pas de financement. Il y a aussi les frais annexes pour se rendre sur le lieu de formation et l’hébergement sur place. D’autres doivent aussi faire garder leurs enfants. Cela rend les choses plus compliquées.
De manière générale, je trouve que l’on manque d’information sur la formation professionnelle. On doit aller à la pêche aux informations. Par exemple, on ne sait pas ce à quoi on a droit. La déclinaison des lois sur le terrain est complexe. Même les conseillers ne savent pas tout. Et comment un conseiller Pôle Emploi qui suit une centaine de dossiers peut-il faire un accompagnement individualisé de qualité ?
D’ailleurs, l’accompagnement est de plus en plus dématérialisé, on interagit peu. C’est à nous, en recherche d’emploi, d’être autonome et cela demande une énergie que tout le monde n’a pas.  »
*le prénom a été modifié
Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Elodie Perriot / Secours Catholique
Jeune homme réparant un ordinateur
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