Gaëtan Ziga, l’homme-orchestre

Publié le 22/09/2015
Essonne
Gaëtan Ziga, l’homme-orchestre
 

À travers sa passion pour les arts, ses actions de bénévolat au Secours Catholique notamment et son activité professionnelle de moniteur-éducateur, Gaëtan Ziga consacre son quotidien à adoucir celui des autres.

Dès les premiers accords de guitare, une foule intriguée se rassemble autour de lui ; certains se mettent à danser. En cette fin de journée du mois de juin, Gaëtan est venu chanter l’espoir aux migrants, délogés du camp de la Chapelle quelques jours auparavant. Il leur apporte de l’eau et de la chaleur humaine. « J’ai un besoin très fort d’aller à leur rencontre », explique le grand trentenaire en serrant les mains de Yacoub de Libye, de Jafear d’Érythrée et d’Osman du Liban, tous trois venus tendre l’oreille.

Pour Gaëtan, ces exilés sont « des rescapés d’une traversée difficile ». Quelle que soit leur origine, ils se retrouvent autour de simples attentions : « Un regard, un sourire, un bonjour », bercés par une langue universelle : la musique. Autour du guitariste, ils s’échappent quelques instants d’un parcours semé d’embûches.

Engagé avec les jeunes

Gaëtan est accompagné de plusieurs jeunes bénévoles du groupe Young Caritas Essonne, dont il est le responsable depuis sa création par le Secours Catholique il y a deux ans. « Ensemble, on réfléchit aux actions de solidarité que l’on pourrait mettre en place, en fonction de l’emploi du temps de chaque jeune. C’est une autre forme d’éducation, qui invite les plus jeunes à s’inscrire dans une démarche de bienveillance envers leur prochain : une vraie action de générosité intergénérationnelle », se réjouit-il.

C’est avec eux, par exemple, qu’il accompagne de nombreux étrangers contraints de prendre une file d’attente sur le trottoir parfois toute la nuit pour renouveler leurs papiers à la sous-préfecture de Palaiseau. « On a l’impression de rencontrer des amis, ajoute-t-il, parce qu’ils ne nous interrogent pas sur qui on est, ou ce que l’on fait là. On entre tout de suite dans un échange. »

 

« Se rapprocher des personnes en souffrance »

Cette générosité transparaît également dans la vie professionnelle du jeune homme. Depuis deux ans, il est moniteur éducateur à temps plein à l’Institut médico-éducatif Jean-Paul à Évry.
Il s’occupe de jeunes présentant des déficiences visuelles et des troubles associés (moteurs, comportementaux ou mentaux). Auparavant, il a passé neuf ans auprès des personnes vivant dans la rue, anciens prisonniers et toxicomanes, en tant qu’animateur socio-culturel. « Je mets du sens dans ma vie en étant près des personnes en souffrance », confirme-t-il.

Cet hyperactif de la solidarité a été sensibilisé très jeune aux difficultés de l’exil. Né dans un petit village au sud de Yaoundé, la capitale du Cameroun, il est le dernier d’une fratrie de neuf enfants. À seulement 13 ans, il quitte son pays natal pour suivre sa sœur aînée venue étudier en France. « C’était une décision difficile, reconnaît-il, mais j’étais très heureux, grâce au soutien de mes parents et à la confiance que j’ai en Dieu. » Ce lien fort avec la foi l’accompagne et le rassure dans chacun de ses choix. « Depuis toujours, la foi est un repère qui m’invite à avoir confiance en la personne que je rencontre ou que j’accueille », confie-t-il. « Je vis à travers ces rencontres », résume-t-il, avant d’ajouter, inspiré : « Tiens, ça mérite d’en faire une chanson ! »

Militant d’art

Véritable homme-orchestre, doté d’une rare spontanéité, Gaëtan mène aussi une vie artistique bien remplie. De ses expériences il compose des chansons ou des poèmes. En 2002, il a reçu le prix national des Lycées de poésie en langue française. S’il manie la plume avec aisance, c’est aussi pour mieux sensibiliser sur des sujets urgents. « J’écris parce que je trouve qu’on peut tout mettre dans la poésie : de l’espoir, mais aussi des choses très difficiles. »

Au début de l’été, il sortait son troisième album, dont le titre phare, « Rue de la Tête noire », dénonce la précarité et la violence. Il partage ses mélodies sur la route en parcourant l’Essonne à vélo, à la rencontre de personnes handicapées. Il y a tout juste un an, Gaëtan s’est lancé un nouveau défi artistique : apprendre la danse classique, une danse dont il apprécie « la douceur des gestes, qui invite à être heureux et à se sentir en paix ». Après un apprentissage intensif, il présentait son travail lors d’un gala à Villemoisson-sur-Orge en juin 2015. Et lorsque la danse classique rencontre Gaëtan, cela donne un mélange insolite : sur scène, dans son costume de vagabond, il veut marquer les esprits en démontrant que grâce à l’art, on peut amener deux mondes éloignés à se rencontrer « en beauté ».

NDLR: Le 26 septembre prochain, Gaëtan présentera pour la première fois son troisième album sur scène, lors de la journée diocésaine du Secours Catholique à Chartres. Intitulé « La rosée du matin », il est composé de titres engagés, comme la chanson « Réfugié » qui sensibilise le public sur la thématique urgente des migrants.

 
Gaëtan Ziga, l’homme-orchestre

Gaëtan Ziga en concert pour Young Caritas Essonne

Adèle Martignon
Crédits photos : ©Xavier Schwebel/Secours Catholique
Deux mamies sourient bras-dessus bras-dessous
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