Inde : Les femmes, actrices de leur développement

Publié le 25/04/2013
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Inde : Les femmes, actrices de leur développement
 


Emmanuelle Argenson et Caroline Vautrin, chargées de projets au Secours Catholique, se sont rendues en Inde à la fin de février dernier. Dans ce pays-continent, l’association soutient de nombreux projets, principalement en faveur des femmes. Des projets essentiels au vu de la récente médiatisation d’un phénomène important en Inde : les violences faites aux femmes.

Depuis le mois de décembre le viol d’une étudiante indienne a propulsé sur le devant de la scène les violences faites aux femmes en Inde. Comment expliquez-vous cette recrudescence ?

Caroline Vautrin : Il n’y a pas de recrudescence des violences faites aux femmes en Inde, mais plutôt une libération de la parole qui donne de l’ampleur au phénomène. Depuis des décennies, la situation de la femme en Inde est l’une des pires au monde. La violence conjugale est un phénomène généralisé, qui a lieu en milieu rural mais aussi urbain, dans les basses castes [le système des castes existe toujours en Inde malgré son abolition], comme dans les classes supérieures. Or jusqu’à présent, lorsque les victimes étaient des femmes de basses castes personne n’y prêtait attention. En revanche, l’événement du mois de décembre a touché une jeune étudiante urbaine de la caste brahmane, la plus élevée. Les gens éduqués ne l’ont pas supporté et se sont révoltés. Le viol d’une touriste suissesse en mars dernier a rajouté de l’ampleur à la contestation. De plus, la communauté internationale s’est intéressée de près à ce phénomène. Tous ces événements ont eu un effet libérateur et les femmes victimes de violences se sont autorisées à enfin parler.

Emmanuelle Argenson : Il faut également savoir que depuis des dizaines d’années, les programmes de développement, que ce soit ceux de nos partenaires ou d’autres associations, sont spécialement focalisés sur l’autonomisation des femmes. Ces programmes ont rendu les femmes actrices de leur propre développement. Par exemple, par le biais du microcrédit, les femmes sortent de chez elles, apprennent leurs droits et ensemble deviennent plus fortes. Dans ces groupes de microcrédit, elles trouvent un espace où discuter et ensemble, elles peuvent faire pression sur les maris violents et sur la police locale. Ce travail réalisé depuis des dizaines d’années a permis aux femmes de prendre confiance.

Comment le Secours Catholique, à travers les projets qu’il soutient en Inde, promeut l’autonomisation des femmes ?

Caroline Vautrin : À Vallioor, dans le sud de l’Inde, nous avons, par exemple, rencontré un groupe de femmes de microcrédit. Elles expliquaient qu’elles se réunissaient en groupe de dix à quinze femmes pour gérer le microcrédit. Lorsqu’une des femmes souhaitent en contracter un, elles se réunissent pour analyser la raison du microcrédit et décider ensemble de l’attribution de ce prêt. Ces groupes favorisent essentiellement les projets d’activités génératrices de revenus. Le fait de permettre aux femmes de gagner un peu d’argent va avoir un effet important au sein du ménage.

Dans une société ultra-patriarcale comme l’Inde, la femme n’est pas censée sortir de sa maison, mais si après quelques années, une organisation lui a permis d’apporter un peu d’argent au sein du foyer, l’homme va plutôt voir un intérêt au fait qu’elle sorte de la maison. Par ce levier économique, c’est donc tout un mode de pensée qui se reconstruit ou du moins évolue.

Certains des groupes ont également développé des projets communautaires. C’est-à-dire que les femmes bénéficient de suffisamment d’argent pour acheter quelque chose pour la communauté, pour améliorer les conditions du village. Par exemple, dans ce village visité, le groupe de femmes avait acheté un tank à eau pour l’école communale. Pourtant aucune d’entre elles n’avait d’enfants dans cette école mais repérant un besoin, ces femmes y ont répondu. Elles ont également acheté un grand luminaire pour éclairer la place du village. En apportant ainsi une aide sociale au village, elles ont gagné en crédibilité, en respect et certaines d’entre elles ont même réussi à se faire une place au sein du panchâyat, sorte de conseil municipal, qui jusqu’à présent n’était composé que d’hommes.

Quel rôle a joué le Secours Catholique dans la réalisation de ces projets ?

Emmanuelle Argenson : Le Secours Catholique a apporté un soutien financier et technique aux diocèses pour la création de ces groupes de microcrédit. Avec cet argent, nos partenaires ont donné un petit capital de départ à chaque groupe pour se lancer et les ont formés à la comptabilité et à la gestion. Aujourd’hui, ce sont les femmes, elles-mêmes, qui gèrent seules l’organisme de microcrédit. Avec succès !

Clémence Véran-Richard
Crédits photos : Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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