Irak : « Les employés de Caritas obligés de fuir »

Publié le 28/08/2014
Irak
Irak : « Les employés de Caritas obligés de fuir »
 

Au début du mois d’août, la conquête des provinces de Ninive, Salâh ad-Dîn et Diyala par les extrémistes sunnites de l’État islamique (EI) a provoqué la fuite vers le nord de l’Irak de plus d’un million de personnes. Le conflit a entraîné la fermeture des centres Caritas des villes de Karakoch, Bartella et Alqosh. De nombreux employés de ces centres sont partis pour Erbil où ils portent secours aux personnes qui se sont réfugiées dans l’enceinte des églises et ailleurs.

Travaillant en lien avec CRS (la Caritas américaine), Caritas Irak apporte son aide aux réfugiés à Dahuk et Zakho, villes proches des frontières syrienne et turque, où des centaines de milliers de personnes, dont yazidis et chrétiens, ont besoin d’aide.


Nabil Nissan, directeur général de Caritas Irak : « Nos bénévoles ont dû s’exiler pour la première fois »

Dans une lettre adressée le 22 août dernier à ses partenaires, Nabil Nissan, directeur général de Caritas Irak, écrit :

« La grave crise humanitaire que connaît actuellement l’Irak a contraint de nombreuses familles à fuir en laissant derrière eux leurs biens et même le strict nécessaire pour survivre. Ces familles sont frustrées et désespérées. Elles ont peu d’espoir que le monde leur porte rapidement secours et mette fin à cette tragédie humanitaire.

Après que les groupes extrémistes aient pris les villes, les familles (y compris des employés de Caritas) ont pris la fuite pour sauver leurs vies sans pouvoir rien emporter. Quelques uns ont pris la direction de la région du Kurdistan. Ils ont dû attendre huit heures aux checkpoints, à cause de l’affluence. C’est la première fois que des employés de Caritas Irak sont forcés d’abandonner leur mission humanitaire et leur tâche quotidienne auprès des pauvres. Cela nous fait mal au cœur.

Des milliers de familles vivent dans des parcs, des immeubles en construction, des églises et des écoles. Elles doivent supporter des températures estivales extrêmement élevées. Elles n’ont aucune ressource. Trouver un abri est leur besoin le plus pressant.

Caritas Irak a reçu un grand soutien, y compris des bénévoles de terrain. Nous sommes capables de distribuer de la nourriture, d’apporter des soins et des aides basiques à 7 000 familles. Nous travaillons avec les paroisses pour pouvoir atteindre ceux qui sont dans le besoin comme à Ain Kawa, Zakho, Dahuk et les villages alentours.

« Nous ne nous sentons pas seuls »

Le soutien moral et financier et les encouragements ont été très importants. Ils font parties des quelques points positifs de cette crise. Nous ne nous sentons pas seuls et cela nous donne des forces nouvelles, malgré les difficultés, pour aider les personnes déplacées.

Nous croyons que la situation actuelle ne peut pas être pire. Nous pensons que la communauté internationale et les peshmergas de l’armée du Kurdistan à Erbil ne permettront pas que la situation empire.

Ce qui vient d’arriver amorce une tendance négative à la coexistence pacifique que nous connaissions jusqu’ici. Cela aura une incidence négative sur le long terme, pouvant conduire à la faillite du pluralisme et à la perte de confiance des différentes composantes du pays.

Le monde entier doit agir de concert avec le gouvernement, le peuple irakien et les organisations internationales pour adopter une position ferme face à cette catastrophe. Cette crise se caractérise principalement par une violence qui pourrait tout transformer en chaos.

La communauté internationale doit arrêter d’expédier des armes aux activistes. Les efforts doivent être conjugués pour barrer le chemin à la violence et au terrorisme. C’est maintenant qu’il faut s’attaquer au problème plutôt que d’apporter une aide à ceux qui sont forcés de fuir les extrémistes. »

Article publié initialement en anglais sur www.caritas.org
Traduction : Jacques Duffaut



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