La démocratie indienne, entre faim, discriminations et castes

Publié le 30/04/2014
Inde
 

Armelle Rolland, nouvelle chargée de projets Inde-Mongolie-Pakistan  au Secours Catholique, revient de l’Inde. Cette spécialiste  de l’Europe centrale a découvert une démocratie où 815 millions d’électeurs sont appelés, du 7 avril au 12 mai, à élire leurs députés.

Qu’est-ce qui, d’emblée, vous a sauté aux yeux dans ce pays de 1,237 milliard d’habitants [1] ?

L’Inde est à la fois immense et très rurale. Avec ses 3 287 590 km² de superficie elle couvre six fois la France. C’est un pays étonnant : un village indien peut compter jusqu’à 15 000 habitants ! Des villes-champignons poussent partout. Dans ces villes moyennes, comme dans les grandes villes, de gigantesques programmes immobiliers sont à l’œuvre.

L’inde est un pays émergent, comme la Russie que vous connaissez bien. Même statut internationale, même situation sur le terrain ?

Ils n’ont rien à voir du point de vue sanitaire, culturel, environnemental… Par exemple, en Inde, beaucoup d’habitants ne reçoivent pas d’éducation. Les filles quittent fréquemment l’école primaire à huit ans pour travailler. De nombreux villages sont éloignés des centres de santé primaire.

L’Inde est un pays à contrastes, plus que la Russie. La croissance économique y est forte (8,4 % en 2010-2011), même si elle baisse (5 % en 2012-2013), tandis que la pauvreté y est toujours considérable : l’Inde détient le triste record mondial du nombre de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour ! À Bangalore, au sud, la “Silicon Valley” indienne est un joyau de l’industrie informatique avec ses ingénieurs hyper qualifiés et ses universités réputées.

Pays de contrastes, “la plus grande démocratie du monde” l’est aussi par son système de castes qui perdure. Pourtant, depuis l’indépendance, en 1947, un dispositif de discrimination positive au profit des basses castes a été lancé.

De fait, c’est vrai, les castes existent toujours. Au nord, j’ai visité des communautés dalits (ou intouchables). J’ai pu mesurer le poids des discriminations dont elles souffrent. Ainsi, dans un village, ces opprimés ne peuvent tirer des revenus de la vente du lait : impossible de le vendre, leur statut inférieur de dalit le leur interdit !

La corruption fait-elle des « ravages », comme l’affirment des observateurs ?

Je peux en tout cas dire que les cadeaux financiers faits aux électeurs à l’approche des scrutins sont fréquents. J’ajoute que, au cours de notre déplacement dans l’État d’Odisha (auparavant appelé Orissa), à l’est, notre voiture a été arrêtée par la police. Elle a été réquisitionnée pendant une journée par un candidat aux élections législatives. Une pratique également courante.

La loi sur la sécurité alimentaire adoptée par le gouvernement indien en juillet 2013 a pour ambition de distribuer gratuitement chaque mois de la nourriture à 800 millions de personnes, face à l’énorme défi de la faim. Quelles sont les questions posées par sa mise en œuvre ?

La loi a été bien accueillie. Grâce aux subventions gouvernementales, les produits de base (blé, riz, farine, lentilles…) coûtent désormais beaucoup moins chers aux plus démunis. Mais sa mise en œuvre soulève effectivement des questions. Comment procéder pour bénéficier de ce droit à l’alimentation ? Les plus pauvres auront-ils accès à une quantité suffisante de produits ? Comment seront gérés les stocks alimentaires présents dans les régions ? Des questions qui nous accompagnent dans notre engagement auprès des Caritas locales (voir encadré ci-dessous, NDLR).

De nombreuses Indiennes sont victimes de discriminations. Avez-vous été marquée par l’une d’entre elles ?

C’est la question du droit à la terre. Certaines activités ne peuvent être réalisées par des femmes, en raison des traditions. Prenons l’exemple d‘un couple d’agriculteurs : lui, accidenté, ne peut plus effectuer le bêchage nécessaire pour préparer la prochaine récolte. Elle, en tant que femme, sait qu’elle n’en a pas le droit. Mais, qui, sinon elle, en l’absence du soutien des villageois, peut réaliser cette tâche indispensable pour la survie familiale ? L’agricultrice décide alors de bêcher la terre elle-même. Le village le lui a vivement reproché !


La politique de Caritas Inde face aux sécheresses

Dans les régions les plus vulnérables du centre et du sud de l’Inde, Caritas aide les agriculteurs à surmonter les sécheresses ou les mauvaises récoltes. Elle leur enseigne des techniques agricoles plus efficaces que celles utilisées jusqu’à maintenant en formant, par exemple, des petits fermiers à l’agriculture biologique.

Le partenaire du Secours Catholique, affirme Armelle Rolland, « pousse les agriculteurs à connaître de façon très approfondie leurs terres de façon à éviter leur appauvrissement, en évitant, par exemple, les pesticides et la monoculture et en associant des cultures qui, dans leur complémentarité, permettent de résister aux sécheresses ».


Notes:

[1] Chiffres de 2012

Yves Casalis
Crédits photos: © Gael Kerbaol/Secours Catholique
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