Le chemin de croix du demandeur d’asile

Publié le 23/01/2013
France
 

Un demandeur d’asile et son accompagnateur racontent le parcours complexe auquel ils sont confrontés. Bénévoles, salariés, personnes accueillies… Régulièrement, des acteurs du Secours Catholique prennent la plume et témoignent de leurs histoires, passées ou présentes.

En 2011, un peu plus de 40 000 nouvelles demandes d’asile ont été déposées à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). L’asile est une protection qu’accorde un État à une personne étrangère qui est ou qui risque d’être persécutée dans son pays, que ce soit par les autorités de son pays ou par des agents non étatiques.

Demander l’asile n’est pas un acte anodin : la personne va être confrontée à la complexité de la demande, à la précarité, à la solitude… Le Secours Catholique accompagne donc les demandeurs d’asile dans le parcours complexe de la demande d’asile.

Une bénévole de notre association a récemment accompagné une personne à la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) [1].

Voici le témoignage de la bénévole :

« Grand immeuble ocre-rouge situé à Montreuil (banlieue parisienne). Les requérants (demandeurs d’asile) se présentent à cette cour pour demander un statut de réfugié demandeur d’asile. […] On passe sous un portique avec vigile. On s’adresse à un comptoir où une personne nous indique le numéro de la salle d’audience. On monte au premier étage et là, il y a environ une trentaine de numéros qui correspondent aux numéros des salles d’audience. On s’assoit sous le numéro de la salle d’audience qui nous a été communiqué et on attend son avocat et que l’on vienne nous chercher pour l’audience. Il y a environ huit personnes qui attendent avec ces numéros, de tous les pays du monde, de toutes nationalités, des personnes seules, des familles avec enfants, des couples. Tous ont l’air perdu […]. Un ballet incessant se passe entre les avocats, les traducteurs, les agents de sécurité, les requérants, les assesseurs et toutes les personnes qui travaillent à la CNDA. Les personnes qui attendent sont disciplinées, bien sages, assises sur leur siège et regardent les autres personnes dans la salle sans chercher particulièrement à communiquer entre elles, même si elles parlent la même langue.

[…] Ceux qui ont de la chance ont vu leur avocat les jours précédant l’audience et les autres le voient… le jour même, quelques minutes avant l’audience […] (le traducteur n’intervient qu’au moment de l’audience).

[…] Les salles d’audience sont des petites salles. Les demandes de recours se succèdent les unes après les autres. Certaines se passent à huis clos. Quand l’audience est terminée, la cour délibère et les portes se ferment le temps de la délibération. Quand vient son tour, l’assesseur vient vous chercher, votre avocat aussi et voici le requérant dans la salle d’audience face à la cour constituée d’un juge […], d’un rapporteur de la CNDA, d’un représentant de l’OFPRA, […] d’un greffier. Le requérant est assis derrière un bureau face à la cour avec un traducteur si besoin est, et l’audience commence par le compte-rendu du rapporteur de la CNDA qui accepte le recours ou le rejette, puis vient la plaidoirie de l’avocat et ensuite, les différentes personnes qui représentent la cour posent beaucoup de questions au requérant pour vérifier la véracité de ses dires et essayer de comprendre si sa demande de réfugié est justifiée. Le traducteur intervient pendant toute l’audience et le requérant tout en répondant aux questions qui lui sont posées, peut intervenir à tout moment pour rajouter quelque chose. Dans le cas présent où j’accompagnais une personne, l’audience a duré une heure avec un flot de questions ininterrompu. […]. Après l’audience on ressort de là abasourdi, déboussolé, angoissé et inquiet quant à son avenir […]. Les résultats sont connus trois semaines après l’audience par voie d’affichage et de toutes les façons, les requérants reçoivent leur réponse, négative ou positive, par courrier. »

Voici le témoignage de la personne ayant demandé l’asile :

« Tout [a] commencé par la surprise : j’ai pensé qu’il y avait deux personnes avant moi, mais soudain j’ai entendu mon nom et prénom… On [a] commencé par ma biographie et une ancienne douleur est revenue, j’ai écouté la vérité que je voulais oublier ! J’ai oublié où je suis et j’ai eu les larmes dans mes yeux, mais je n’ai pas commencé à pleurer, la vue de monsieur le juge m’arrêt[ait] là.

Après la traduction et le mot d’avocat, les questions [ont] commenc[é]. Je me suis jamais sentie si désemparée ! [Ce] cauchemar [a] duré une heure et j’ai pensé que ça ne finirait jamais. Ils [m’ont] regard[ée] avec une vue pleine de curiosité. Je pense que je disais tout ce qu’il fallait, mais j’étais (et je suis toujours) en doute, parce que ce n’était pas facile [de faire apparaître] la vérité… »

Notes:

[1] La CNDA a une compétence nationale pour statuer en premier et dernier ressort sur les recours formés contre les décisions du directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) sous le contrôle du Conseil d’État, juge de cassation.

© Elodie Perriot/Secours Catholique
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