« Le coronavirus m'a tout gâché »

« Le coronavirus m'a tout gâché »

Publié le 10/07/2020
Paris
 

Maman seule, Marie-Noëlle, Camerounaise, vit dans un hôtel social à Paris. Elle a supporté difficilement les deux mois et demi de confinement avec ses trois enfants, et a l’impression de devoir tout recommencer à zéro.

 
 

C’est dans le hall d’entrée de son hôtel situé dans une impasse que Marie-Noëlle nous accueille. Elle fait visiter son 16 ㎡. « C’est petit mais c’est mieux que rien », sourit la jeune femme aux yeux couleur ébène.

Arrivée en France en 2015, Marie-Noëlle a rapidement été hébergée à l’hôtel avec son fils Paul-Noé, né en 2016. Grâce à de petits boulots non déclarés, elle a pu faire venir du Cameroun ses deux filles : Christall-Daniela (6 ans) en 2018, et Astrid-Emilie (9 ans) en 2019. 

L’année 2019 avait été source de renouveau pour Marie-Noëlle. Tout d’abord, elle avait obtenu une studette d’hôtel correcte dans le 11e arrondissement de Paris, composée d’une chambre avec un lit superposé, d’un salon avec une kitchenette et d’une douche. Accompagnée par le Secours Catholique de Paris, elle recevait une aide alimentaire et un accompagnement solide.

La petite famille était même partie en vacances, l’été, en Bretagne, grâce à l’association : une « parenthèse » pour la maman de 38 ans. Côté papiers, comme Paul-Noé est de père français, Marie-Noëlle avait obtenu un titre de séjour d’un an. Puis, en décembre, elle avait commencé un CDI d’aide à domicile, pour subvenir aux besoins de la famille.

 

« Mais le coronavirus a tout changé dans ma vie », martèle la maman. Le 16 mars, les écoles étant fermées, elle se confine avec ses trois enfants dans l’hôtel.

Ne connaissant pas ses droits, elle ne se signale pas à son employeur, qui considère cet arrêt comme un abandon de poste et ne lui verse pas ses salaires des mois de confinement, alors que techniquement, Marie-Noëlle aurait eu droit à du chômage partiel.

Son récépissé de titre de séjour a expiré le 1er avril, et même si la préfecture lui assure qu’il est prolongé jusqu’au 1er juillet, puis jusqu’au 1er octobre, Marie-Noëlle panique.

« Je me sens dans l’illégalité. Est-ce que je vais avoir mes nouveaux papiers bientôt ? », s’interroge-t-elle. 

 

S’ajoute à cela la peur réelle du virus. « Au début, on n’est pas sorti durant trois semaines car j’étais terrorisée, j’avais peur qu’on tombe malade. C’était très dur, les enfants hurlaient dans la chambre d’hôtel. », raconte-t-elle, fixant la télévision, seul objet de valeur du salon.

« J’avais peur d’attraper le virus, peur de ne pas avoir de travail, peur de ne pas pouvoir nourrir les enfants, peur de l’échec scolaire pour mon aînée. Bref, je voyais toute ma vie gâchée avec ce virus. »

 

Sa fille aînée, qu’elle appelle par son diminutif Émilie, est en CE1 (un retard scolaire dû à ses carences éducatives au Cameroun). Au début du confinement, même si l’instituteur lui avait donné des devoirs, la petite était perdue, et Marie-Noëlle, qui n’est elle-même pas allée à l’école au Cameroun, se sentait démunie pour l’aider.

« J’étais vraiment seule avec les enfants, j’ai eu de grands moments de solitude, c’est pas facile d’être mère célibataire… », confie Marie-Noëlle, montrant du doigt le seul élément qui décore sa chambre : trois photos de chacun des enfants prises à l’école et un tableau sur lequel il est écrit des tables de multiplication.

 

Renouer avec l’école a réduit les cris. C’était de réels temps de concentration pour les enfants.

 

 

L’aide du Secours Catholique amorce un tournant dans le confinement. Courant avril, l’association donne un ordinateur et un téléphone avec connexion Internet à la petite famille.

Émilie peut ainsi faire ses devoirs avec son maître sur des applications comme Zoom. Même Paul-Noé communique avec sa maîtresse via WhatsApp.

« Renouer avec l’école a réduit les cris. C’était de réels temps de concentration pour les enfants. Ils ont mieux vécu le confinement ensuite », se réjouit la jeune Camerounaise.

Le reste du temps, la maman cuisine avec ses enfants, regarde des dessins animés et organise des concours de danse.

 

Et puis arrive le déconfinement. Marie-Noëlle déchante en apprenant que ses enfants ne pourront être accueillis à l’école que deux jours par semaine en juin. « Comment je fais, alors, pour trouver un travail à temps plein ? Je ne peux pas payer de nounou les trois autres jours. » s’interroge-t-elle.

Elle met à jour son CV avec les bénévoles du Secours Catholique et cherche de nouveau un contrat d’aide à domicile ou d'agent d'entretien pour pouvoir nourrir les enfants.

« Actuellement, je n’ai que 200 euros d’aide débloqués par mon assistance sociale et des chèques services du Secours Catholique », se plaint-elle, précisant que les repas du confinement ont été faits de riz et de pâtes. Marie-Noëlle ne perçoit pas d’aide complète de la CAF car à ce jour, les deux aînées ne sont pas inscrites à son dossier, n’étant pas arrivées en France de manière légale par le regroupement familial.

 
 
 

Fin juin, les trois enfants ont pu retourner à temps plein à l’école. Un soulagement pour Marie-Noëlle : « C’est rassurant car désormais, je pourrais trouver un travail à temps plein, de 8h à 18h ». Les enfants étaient ravis de retrouver leur classe. « Voir les copains leur manquait. Ils sortent enfin et respirent un peu », se réjouit la maman, qui reste toutefois préoccupée par le virus.

« Est-ce que les règles d’hygiène sont bien respectées à l’école ? Paul-Noé me demande à quoi ressemble le virus pour qu’il puisse l’écraser », dit-elle en riant, avant d’ajouter : « Mais on doit vivre avec. Peut-être qu’à force de sortir, le virus va avoir peur de nous. »

En attendant des jours meilleurs, Marie-Noëlle « s’accroche à l’espoir », même si tous les jours, elle se demande comment elle va s’en sortir.

 

Lire notre reportage : École à distance, « maintenant tu peux faire tes devoirs »

 

Prochainement, un nouvel épisode aux côtés de Marie-Noëlle

Texte : Cécile Leclerc-Laurent - Photos : Xavier Schwebel
Série "Confinés, et après ?" © Conception graphique : agence Pepper Cube © Coordination éditoriale : Clarisse Briot, Anaïs Pachabézian
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