Le minibus dans la vallée

Publié le 30/08/2015
Pyrénées-Orientales
Le minibus dans la vallée
 

Dans les Pyrénées-Orientales, une équipe du Secours Catholique vient de se doter d’un minibus dans l’intention de rompre l’isolement des personnes en manque de mobilité.

Fin septembre. La tramontane qui balaie la vallée de l’Agly teinte le ciel d’un bleu acier. Prise entre les Fenouillèdes, piémont des Pyrénées, et les fières roches des Corbières au nord, la vallée abrite les vignobles dorés du Rivesaltes et du Maury. « La récolte est bonne », déclare Pascal Bozec, ouvrier viticole et responsable de l’équipe du Secours Catholique du secteur. « Avec la chaleur de cet été, le vin sera exceptionnel en qualité comme en quantité. »

Bonne nouvelle pour ce territoire qui, en huit ans, a vu disparaître 20 000 hectares de vigne, les deux tiers de sa surface maraîchère et les emplois correspondants. En vingt ans, 42 % des exploitations agricoles de la vallée ont disparu. À une cinquantaine de kilomètres de Perpignan, Saint-Paul-de-Fenouillet est le plus gros bourg avec presque 2 000 habitants. C’est là que Pascal a constitué son équipe, à la demande du curé et avec le soutien de Thierry Vidal.

 

La vallée de l'Agly a perdu :

en 20 ans42 % de ses exploitations agricoles et seulement en 8 ans20 000 hectares de vigne, les 2/3 de sa surface maraîchère et les emplois correspondants.

 

Animateur à la délégation Aude-Roussillon du Secours Catholique, Thierry Vidal est en charge de ce territoire montagneux. La délégation a aidé à financer plusieurs achats et réparations de véhicules ainsi que le permis de conduire d’une jeune fille.

Comme dans toute zone rurale, les besoins en mobilité du secteur du Fenouillèdes sont criants et c’est pour y répondre que la nouvelle équipe s’est constituée il y a deux ans. Elle compte actuellement neuf bénévoles. Ce secteur, appelé aussi Haute-Vallée de l’Agly, comprend une trentaine de villages où vivent 11 000 personnes et auxquels on accède par des routes étroites et sinueuses. Pour arriver jusqu’à Felluns, 65 habitants, une quarantaine de maisons enroulées autour d’une petite place, les véhicules frôlent les ravins. Dans les ruelles, la vie semble ralentie.

Il y a bien un taxi qui descend certaines personnes au marché de Prades une fois par semaine et le bus scolaire. Mais sorti de là, il n’y a rien.

Massimo, habitant de Felluns.

Massimo vit dans un petit deux-pièces en rez-de-chaussée qu’il loue 290 euros par mois. Sarde de naissance, il a passé une grande partie de sa vie en Guadeloupe. Embauché pour les vendanges par la cave viticole du village, à quelques mètres de chez lui, il ne se plaint pas trop de son sort. Mais il aimerait pouvoir sortir un peu, croiser des gens, voir du monde. « L’assistance sociale m’a mis en relation avec le Secours Catholique et c’est comme ça que j’ai appris qu’il y avait un minibus que je pourrais utiliser pour me déplacer. »

Depuis juin, en effet, l’équipe de Saint-Paul s’est équipée d’un véhicule Peugeot 9 places (conducteur compris) pour déployer ses actions. L’étude de secteur réalisée par Thierry Vidal avait fait apparaître toute une liste de besoins qu’un seul véhicule pouvait combler : transporter les personnes isolées chez le médecin, au supermarché, dans des administrations, à la banque. Participer aussi à des activités collectives qui permettent de sortir de l’isolement.

 

Acheté neuf pour 20 000 euros, ce véhicule est désormais à la disposition des personnes qui en font la demande. L’équipe avait d’abord pensé à un service d’épicerie itinérante pour pallier l’absence de commerces d’alimentation dans les villages. Pour cela, elle s’était rapprochée d’une autre équipe du Secours Catholique qui avait monté le même service. « L’épicerie solidaire du Var, nous dit Pascal, dessert trois gros villages de 6 000 habitants environ. Mais ici, nous nous sommes vite rendu compte que les villages n’étaient pas assez peuplés. Les gens ont honte de venir chercher un colis alimentaire sur la place. »

Il permettra à des jeunes d’aller à leur activité théâtrale, il a déjà servi à transporter des enfants et des familles vers leurs lieux de vacances. 

Après réflexion, l’équipe a décidé d’utiliser le minibus comme taxi à la demande. « Il permettra à des jeunes d’aller à leur activité théâtrale, il a déjà servi à transporter des enfants et des familles vers leurs lieux de vacances. » Pascal Bozec, qui a un passé d’animateur d’aumônerie et d’adjoint au maire, sait que l’aide doit s’adapter au contexte. Inutile d’instaurer des navettes à heure précise, elles ne conviendraient pas.

L’idée est d’être en lien direct avec les personnes qui en ont besoin. Un numéro de téléphone suffit pour prendre rendez-vous. L’un des bénévoles se chargera de conduire le véhicule. Une participation symbolique est demandée.

L’équipe de Saint-Paul-de-Fenouillet entend profiter de ce véhicule pour promouvoir et développer les ateliers cuisine et théâtre, une bibliothèque itinérante, un service de lecture à domicile, des aides à domicile pour les personnes âgées et toute autre activité bienvenue pour rompre l’éloignement des personnes en précarité.

Maintenant, l’équipe va contacter les directeurs de maisons de retraite, les infirmières itinérantes et toutes les mairies pour faire savoir à tous qu’ils ne sont plus seuls.

Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Yann Castanier - HansLucas.com/Secours Catholique - Caritas France
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