L’emploi, talon d’Achille des plus pauvres

Publié le 06/11/2013
 

Mesurée à partir de situations personnelles rencontrées dans les accueils du Secours Catholique, la pauvreté en France s’enracine. Une des causes principales : le difficile accès à l’emploi des plus précaires.

Les statistiques 2012 du Secours Catholique, publiées le 7 novembre, attestent s’il en était besoin que la crise n’est pas terminée. Plus de 96 000 situations réelles, mises en fiches et analysées, ont permis de mesurer que la paupérisation avance et se renforce. Le niveau de vie du million et demi de personnes accueillies l’an dernier dans les accueils du Secours Catholique a baissé de 2,5 % par rapport à 2011. En moyenne, ces personnes ont vécu avec 497 euros par mois et 17 % d’entre elles étaient totalement sans ressources.

Les chiffres traduisent une précarité financière de plus en plus importante. En 2012, une forte majorité de personnes (58,5 %) connaissaient des situations d’impayés (pour le logement : 43 %, en hausse de 4 points par rapport à 2011) ou pour l’énergie (39 %). Les découverts bancaires, à eux seuls, étaient la cause de 24 % d’impayés.

Les couples avec enfants et les familles monoparentales sont sensiblement plus nombreux à demander de l’aide que les années passées, contrairement aux personnes seules (40 % l’an dernier contre 46 % en 2003). Près d’un quart de la population accueillie vit dans des logements précaires (+ 2 % en un an) et le chômage y est presque sept fois plus élevé (67,9 %) que le taux national (10,2 %).

Le noyau dur du chômage grossit

Cet accroissement de la pauvreté parmi les personnes accueillies s’explique par une aggravation continue de la précarité de l’emploi et du travail. En 2003, le nombre des chômeurs reçus au Secours Catholique représentait 67 % des personnes actives accueillies. Ce taux qui avait légèrement fléchi avant 2008 s’est depuis redressé pour atteindre un nouveau sommet l’an dernier.

Sur le principe des vases communicants, les chômeurs indemnisés ont vu leur nombre diminuer tandis que le nombre de chômeurs non indemnisés augmentait fortement (46,9 % contre 40,1 % en 2003). En outre, le noyau dur du chômage de très longue durée n’a cessé de grossir. Il y a dix ans, les situations de chômage non indemnisé étaient majoritairement récentes (53 % portaient sur une durée inférieure à un an). En 2012, au contraire, 58 % des chômeurs non indemnisés le sont depuis plus d’un an, et 16 % depuis plus de cinq ans. À cela s’ajoute, parmi les personnes qui travaillent, une forte augmentation de l’emploi à temps partiel passé de 21 % en 2003 à 30 % en 2012.

Emplois aidés : un recul de 8,2 points en 9 ans

Face à cette précarité, les moyens prévus par le gouvernement pour faire baisser le chômage de longue durée ne touchent pas la population accueillie au Secours Catholique. Celle-ci, pourtant, correspond parfaitement au public ciblé. Le rapport relève que seulement 2,4 % des personnes actives rencontrées ont accès à la formation professionnelle. Même chose pour les emplois aidés, ce dispositif s’adressant aux personnes très éloignées de l’emploi. Ils ne bénéficient aujourd’hui qu’à 4,1 % des personnes rencontrées qui travaillent alors qu’elles étaient 12,3 % en 2003, soit un recul de 8,2 points en neuf ans.

Contre la tendance actuelle du chômage et la précarisation galopante de l’emploi, l’accompagnement personnalisé et la formation professionnelle sont les deux leviers principaux à faire jouer. Parmi les huit propositions faites au terme du rapport, ces deux points sont centraux. Le Secours Catholique propose d’accompagner les plus fragiles non seulement vers l’emploi, mais aussi dans l’emploi. Cet accompagnement se ferait depuis Pôle emploi (avec des moyens renforcés) jusque dans les emplois aidés ou les Structures d’insertion par l’activité économique (Siae).

Pour Bernard Schricke, directeur France et Europe du Secours Catholique, « Les expériences en la matière, telle l’Expérimentation de parcours d’insertion à durées adaptées (Epida) menée par le Secours Catholique depuis 2011, permettent d’observer les points forts et dysfonctionnements de l’insertion par l’activité économique. » Ces structures «  sont un outil formidable », mais elles souffrent d’un manque de communication et surtout « de passerelles » avec les entreprises classiques.

Pour les acteurs du Secours Catholique, il est indispensable que cet accompagnement vers et dans l’emploi, s’accompagne au sein de la société et des entreprises d’un réel changement de regard sur ceux qui ont aujourd’hui plus que jamais, des difficultés à trouver du travail.

 

Jacques Duffaut
Crédits photos: © Christophe Hargoues/Secours Catholique
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