Les violations des droits de l’homme toujours aussi fortes en Birmanie

Publié le 20/12/2013
Birmanie
Les violations des droits de l’homme toujours aussi fortes en Birmanie
 

Yoann Maldonado, chargé de projets Urgences internationales au Secours Catholique, revient de Birmanie. Pour lui,  il faut encore soutenir les victimes du conflit en cours car des intérêts économiques (liés aux richesses du sous-sol dans l’État Kachin) et politiques s’allient pour souffler sur la braise.

Quel est l’impact du programme d’urgence mis en place par la Caritas nationale dans 37 camps de déplacés de l’État Kachin, au nord du pays, engagement financé par le Secours Catholique depuis le début du conflit, en juin 2011 ?

L’insalubrité reste le point noir dans les zones contrôlées par l’armée birmane, où je me suis rendu (on y compte 50 000 personnes déplacées, des Kachin en majorité chrétiens, dans 50 camps). Des toilettes provisoires en tôle sont en place depuis deux ans, des sources d’eau potable sont à sec en saison sèche, des stations de lavage à main fuient…

Cela dit, le programme nourrit quotidiennement 14 000 personnes, 6 500 enfants vont à l’école primaire, 200 nouveaux abris ont été construits : très petits (12 m²) mais globalement satisfaisants et conformes aux traditions locales, ils sont conçus pour cinq personnes. Dans chacun des 37 camps, une infirmière, en charge d’une pharmacie, fournit des médicaments aux patients et en réfère à l’hôpital local en cas d’urgence. Autre activité : des élevages de porcs et de volailles procurent un revenu d’appoint à environ 700 personnes.

Ces secours humanitaires soulagent la population déplacée mais, dans le même temps, l’armée birmane continue de commettre des atrocités dans cet État !

Le conflit qui opposeles troupes gouvernementales aux forces de l’Armée indépendante kachin a encore provoqué en novembre 2013 l’arrivée de 2 400 déplacés dans ces camps. Les combats se poursuivent, les déplacements aussi, des mines anti-personnel sont disséminées partout, tout le monde a peur et personne ne veut revenir chez soi ! C’est pourquoi le programme d’urgence devra continuer en 2014, avec le même contenu.

Les réformes mises en place par le régime depuis 2011 ont-elles atténué les violations des droits de l’homme, en particulier dans cette région ?

C’est toujours le même refrain : « La Birmanie s’ouvre, la Birmanie s’ouvre ! » De fait, elle s’ouvre aux investisseurs et aux touristes mais pas à la démocratie. Malgré des efforts de façade (libération de détenus politiques, loi favorable aux investissements…), les atteintes aux droits de l’homme sont toujours aussi fortes (tortures, viols…) dans le Kachin mais aussi, par exemple, dans l’État Rakhine, à l’ouest.

Soixante personnes sont toujours emprisonnées pour des motifs politiques. Et 265 autres sont poursuivies par la justice pour “activités politiques”.

Prix Nobel de la Paix, députée, Aung San Suu Kyi demande un véritable état de droit et la réforme de la Constitution de 2008 qui « octroie de très importants pouvoirs à l’armée ». Des changements sont-ils possibles à moyen terme ?

En novembre dernier, un groupe de travail Union européenne – Birmanie a été constitué. Il est présidé par le ministre du Cabinet du président, U Soe Thane, et la chef de la diplomatie de l’Union européenne, Catherine Ashton. Au-delà de la coopération économique, les participants devraient “plancher” sur les réformes politiques en abordant les nombreux déplacements forcés, viols, tortures, confiscations de terres, arrestations arbitraires de militants…

C’est un bon signal qui peut laisser espérer des avancées à moyen terme. Mais je ne pense pas que le groupe ira jusqu’à remettre en cause les pouvoirs de l’armée au Parlement.

Yves Casalis
Crédits photos : © Caritas Internationalis
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