Logement : une trêve hivernale en trompe-l'œil

Logement : une trêve hivernale en trompe-l'œil

Publié le 28/03/2016
France
 

Chaque année, la trêve hivernale ne fait que repousser la menace qui pèse sur des dizaines de milliers de personnes et familles : se retrouver à la rue. Pour le Secours Catholique-Caritas France, la question de la trêve hivernale masque le vrai sujet : le manque de logements.

Le 31 mars marque la fin de la trêve hivernale. Comme tous les ans, la quasi-totalité des 10 000 places d’hébergement ouvertes pendant l’hiver – en plus des 103 800 places pérennes – vont être supprimées, renvoyant à la rue autant de personnes.

« On ne meurt pas dans la rue seulement en hiver, mais toute l'année », rappelle Armelle Guillembet, responsable du département « De la rue au logement » au Secours Catholique.

Comme les autres acteurs associatifs, elle dénonce une gestion de l’hébergement « au thermomètre » qui empêche un accueil digne et continu des personnes sans domicile fixe. Conditions pourtant indispensables pour réussir à accompagner efficacement ces personnes – ou familles – vers des solutions plus pérennes, en d’autres mots : « pour leur permettre de se remettre debout et de repartir ».

Cette gestion à court terme empêche par ailleurs toute réflexion sur le manque criant de logements en France, principal facteur de l’inflation des loyers.

 

132 000 décisions d'expulsions prononcées par la justice en 2014. Au sortir de la trêve hivernale, de nombreuses familles vivent dans la peur de devoir partir vivre chez des tiers ou en centre d'hébergement.

 

En dix ans, les contentieux pour impayés de loyers ont connu une hausse de 26 %. « Il suffit d'une perte d'emploi, d'une baisse des ressources imprévue, d'une séparation conjugale… pour que des ménages ou personnes vivant dans des conditions fragiles se retrouvent en difficulté pour se maintenir dans le logement », explique Armelle Guillembet.

Avec la fin de la trêve, des dizaines de milliers de familles voient de nouveau peser sur elles la menace d’être expulsées de leur logement (lire ci-dessous). « Certaines alors même qu’elles sont prioritaires au titre du droit au logement opposable (Dalo) et doivent donc être relogées en priorité par l'État ! », s’exclame Armelle Guillembet, soulignant l’absurdité de la situation.

Pour aller plus loin sur la question du logement, lire notre dossier « Un toit pour tous »

 
Tous les jours, on se lève et on a peur d’un coup de téléphone du 115 qui nous dit qu’il faut changer d’hôtel. Dès que le téléphone sonne, tu te dis c’est le 115. Tu n’as pas le droit de ne pas être d’accord, pas le droit de réfléchir, de penser. C’est tout simplement traumatisant.
Témoignage d’une mère de famille extrait d’une enquête réalisée par le Secours Catholique sur l’hébergement à l’hôtel en Île-de-France.  
 

Le Droit au Logement Opposable a 9 ans

Promulguée le 5 mars 2007, la loi instituant le droit au logement opposable (Dalo) oblige l’État à reloger les personnes dont la situation présente un caractère « prioritaire et urgent ».

Parce que le logement est au cœur de toute insertion sociale, le Secours Catholique et ses partenaires soutiennent la mobilisation citoyenne des ménages prioritaires en attente de relogement. En Île-de-France, ils sont plus de 44 000.

Des groupes d'action citoyenNE

Au fil de ces neuf années, treize permanences Dalo se sont constituées dans diverses délégations du Secours Catholique (essentiellement en région parisienne, à Toulouse et à Angers), et sont animées par des bénévoles formés en interne.

Et depuis près de deux ans, plusieurs associations impulsent la création de groupes d'action citoyenne (GAC) pour réfléchir avec les personnes sur les freins à l'application effective de leur droit et pour agir ensemble afin de lever tous ces obstacles.

Des actions d'interpellation des maires et des préfets sont menées régulièrement pour montrer que derrière les chiffres, il y a des personnes qui subissent le mal-logement et vivent dans des conditions inacceptables.

 

142 000 personnes vivent dans la rue, soit 50 % de plus qu’il y a dix ans. Parmi elles, de plus en plus de familles, et donc d’enfants, de femmes seules et de jeunes.

Benjamin Sèze
Crédits photos : © Christophe Hargoues/Secours Catholique ; © Élodie Perriot/Secours Catholique
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