Migrants : « Au Mexique, le pire attend parfois ces hommes et ces femmes »

Publié le 16/03/2015
Mexique
Migrants : « Au Mexique, le pire attend parfois ces hommes et ces femmes »
 

Isabel Esquerdo, du pôle Amérique latine du Secours Catholique-Caritas France, revient du sud du Mexique préoccupée par la situation explosive dans laquelle sont enfermés les migrants, dont beaucoup de jeunes âgés de 18 à 30 ans.

 

Quel est l’état politique et psychologique du pays ?

La crise institutionnelle et politique est profonde. L’État est affaibli. Les Mexicains (110 millions d’habitants) sont las ! Ils ne croient plus en leurs élus, dont beaucoup ont des liens étroits avec le crime organisé. Le phénomène des personnes disparues, qui a pris une dimension inquiétante sous la présidence de Felipe Calderon (2006-2012), touche désormais toutes les couches sociales.

Les 43 étudiants enlevés en septembre 2014 dans l’État de Guerrero, à l’ouest, puis assassinés, souligne l’ampleur du phénomène…

Ces jeunes ont été assassinés sur l’ordre d’un maire. Une tragédie face à laquelle les autorités nationales sont restées muettes et passives pendant des mois. Il a fallu que la société civile monte en première ligne pour qu’une contre-enquête indépendante démarre enfin.

Quelque 400 000 migrants venus d’Amérique centrale, de plus en plus jeunes, tentent chaque année de traverser le Mexique pour atteindre les États-Unis. Quelle est leur situation ?

Elle est de plus en plus impossible ! Les migrants doivent réussir à passer la frontière sud (avec le Guatemala). Or, selon la société civile, les autorités la ferment progressivement. Quant à la frontière nord (avec les USA), tous savent qu’elle est maintenant plus difficile à franchir.

Sur le territoire mexicain, le pire attend parfois ces hommes et ces femmes (surtout des Honduriens) : violences, racket… Celui-ci est fréquemment pratiqué aussi bien par des fonctionnaires de l’Institut national des migrations que par des membres des polices fédérale, de l’État, municipale. Cela, en dépit de la mise en place en juillet 2014 par le président Enrique Pena Nieto du “Programme Frontière Sud” : il prévoit de « porter une attention particulière aux jeunes migrants ».

Autre difficulté : le « Programme frontière sud » interdit aux migrants de prendre le train. Les organisations de défense des droits de l’homme protestent…

Le train, dit “La Bestia”, n’est plus possible pour eux. Ils doivent trouver de nouveaux itinéraires pour avancer vers le nord. Des chemins isolés, non sécurisés, où ils peuvent être attaqués par des groupes armés.

Au centre d’accueil de Palenque (appuyé par le Service jésuite aux migrants et le Secours Catholique), dans l’État du Chiapas, j’ai vu beaucoup de jeunes (ils occupaient la majorité des 75 lits) arriver à pied de la frontière après avoir parcouru 167 kilomètres. La plupart, âgés de 18 à 25 ans (mais certains, accompagnés par leurs parents, avaient tout juste 15 ans), tentaient pour la seconde ou troisième fois d’accéder aux USA.

Ce dangereux “parcours du combattant”, à l’issue incertaine, ne contraint-il pas ces jeunes migrants à changer de projets, en tout cas à court terme ?

Ceux que j’ai rencontrés envisageaient d’effectuer leurs parcours de migrants par étapes. Conscient des obstacles majeurs à franchir, ils souhaitaient travailler dans la région, au moins pendant un temps, et, ainsi, envoyer de l’argent à leurs familles. Un Hondurien m’a confié : « Je pense aller à Cancun (à l’est du pays) pour trouver un emploi (dans un hôtel ?). Peut-être que je resterai là ». Le Mexique va de plus en plus devenir un pays d’installation pour les migrants d’Amérique centrale.

 

11 000 mineurs honduriens expulsés

Selon les autorités américaines, rapporte Isabel Esquerdo, entre le 1er janvier et le 31 octobre 2014, 34 611 mineurs non accompagnés originaires d’Amérique centrale ont été arrêtés à la frontière séparant le Mexique des États-Unis. Un bond de 42 % en un an ! Par ailleurs, selon des informations publiées à Mexico en août 2014 par l’Institut national des migrations, plus de 55 000 ressortissants d’Amérique centrale ont été expulsés du Mexique, dont 11 000 mineurs à majorité honduriens.

Yves Casalis
Crédits photos : ©Secours Catholique
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