Migrants au Mexique : « Nous voulons les soustraire aux griffes des auteurs des exactions »

Publié le 22/11/2013
Mexique
 

Le foyer d’accueil de migrants “72 de Tenosique”, au sud-est du Mexique (à 60 kilomètres du Guatemala), est né après le massacre en août 2010, à la frontière avec les États-Unis, de 72 personnes – dont 14 femmes – originaires d’Amérique centrale et du sud. Son directeur, le frère franciscain Fray Tomas Gonzalez, dénonce, au péril de sa vie, les exactions subies par ces étrangers indésirables.

Quels sont les objectifs de la Maison des migrants que vous dirigez ?

D’abord, l’aide humanitaire. C’est-à-dire assurer le gîte et le couvert à des personnes épuisées (elles sont Honduriennes, Guatémaltèques, Nicaraguayennes, Salvadoriennes…) et, devant supporter, en plus, une température étouffante (40°C en moyenne).

Ensuite, la défense des droits de l’homme, que les violations de ceux-ci s’appellent enlèvements, violences sexuelles ou encore corruption des autorités. À la frontière, elles obligent les migrants, même ceux ayant des papiers, à leur payer un “droit de passage”.

Enfin, nous menons un plaidoyer avec la société civile (travail effectué par les Maisons de migrants [1], membres de la pastorale catholique du même nom) auprès, notamment, des ministères et des élus au Mexique mais aussi aux États-Unis. L’objectif est que ces hommes et ces femmes qui choisissent d’émigrer, au lieu d’y être forcés, ne soient plus l’objet de violences.

Vous dénoncez les « menaces et intimidations » que vous subissez avec votre équipe depuis 2011. Comment se manifestent-elles ?

Sous forme de textos, d’appels téléphoniques ou de menaces physiques directes. Des membres du crime organisé, des “faucons”, comme on les appelle, – présents à la fois dans le narcotrafic et le trafic des êtres humains – s’infiltrent au foyer en se faisant passer pour des migrants. Ces informateurs n’hésitent pas à me faire peur : « Cette nuit, on va venir vous couper la tête ! » Ces intimidations ont pour origine la volonté de l’accueil de soustraire nos hôtes aux griffes de la police de l’État de Tabasco, de la police fédérale, de l’Institut national des migrations, des responsables du crime organisé…

Quelles initiatives prenez-vous face à l’impunité dont bénéficient les auteurs des exactions ?

Nous multiplions les actions de plaidoyer. Par exemple, le 30 octobre dernier, nous avons sans ambages dénoncé auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, à Washington, la corruption dont se rend coupable l’Institut national des migrations, la violence du crime organisé, celle de l’État fédéral.

Cette semaine, en France, nous alertons sous le même angle le Quai d’Orsay, l’Organisation internationale des migrations, la Commission consultative nationale des droits de l’homme, Amnesty International, la Fédération internationale des droits de l’homme…

Au Mexique, nous faisons pression aux côtés de la société civile (dont des Caritas diocésaines) sur les autorités, par exemple en soutenant la Caravane des mères : quarante mères de migrants (dix Guatémaltèques, dix Honduriennes, idem pour le Nicaragua et le Salvador) traversent le pays du 2 au 20 décembre. Au fil de leur périple, elles rencontrent des responsables politiques, des associations de droits de l’homme et des Maisons de migrants.

Quels résultats avez-vous obtenu ?

On a réussi à faire condamner et incarcérer un fonctionnaire de l’Institut des migrations de l’État de Tabasco pour « traite des êtres humains ». Surtout, la société civile a remporté une victoire très nette en obtenant le licenciement « pour faute » – de fait, pour corruption – de 1 000 fonctionnaires de l’Institut national des migrations !

Notes:

[1] Le centre “72 de Tenosique” est l’un des onze foyers d’accueil de migrants appuyés par le Service jésuite aux migrants, partenaire local du Secours Catholique.

Yves Casalis
Crédits photos: © La 72 de Tenosique
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