Non ! Les pauvres ne sont pas des profiteurs

Publié le 16/11/2011
France
 

Après les propos tenus mardi à Bordeaux par le président Sarkozy, le Secours Catholique tient à réagir.

 

Sur la dignité.

La dignité des personnes, pour le Secours Catholique, ne provient pas que de leur lien avec le travail, mais de leur combat pour survivre au quotidien et des moyens insuffisants pour le faire, pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Ce qui est humiliant, c’est de devoir toujours justifier de leur pauvreté. Le renvoi d’une administration, d’un service à un autre, faire la queue en permanence pour s’entendre répondre qu’on n’a pas le bon formulaire… Pour le Secours Catholique, le chômeur est un travailleur privé d’emploi et non un profiteur d’allocations.

Sur l’assistance.

En France et de longue date, l’assistance est inconditionnelle et située bien au-delà d’une notion de droit et devoir, ou d’engagement réciproque. De manière systématique, nos dirigeants politiques stigmatisent les personnes qui n’ont d’autres ressources que les minima sociaux, les accusant d’être des profiteurs voire des fraudeurs. Pour nous, ces allégations n’ont aucun fondement. Il faut arrêter de confondre assistance, nécessaire à la cohésion sociale, et assistanat, dont tous condamnent les dérives. C’est l’incapacité de notre société à produire de l’emploi pour tous qu’il faut combattre, pas les pauvres. Ce qui semble marcher avec des taux de retour intéressants à l’emploi, ce sont les expérimentations autour du CDI d’insertion et l’insertion par l’activité économique (IAE), qui reposent sur des contrats de plus de 20 h. Du travail une journée par semaine permet-il de lever les freins liés à la santé, au logement, au transport, à la garde d’enfants ? Il n’y a pas d’accompagnement à côté. Est-ce donc un outil d’insertion, ou un parking différent qui ne change pas le devenir ?

Sur les moyens.

L’initiative du contrat unique d’insertion (CUI) de 7 h n’a de chance d’aboutir réellement à un emploi que si les moyens alloués à l’accompagnement des personnes concernées sont suffisants. Aujourd’hui, les moyens alloués à Pôle emploi ou aux missions locales sont notoirement insuffisants au regard de l’élargissement des missions et de l’augmentation du public. Toute expérimentation demande aussi du temps pour associer les services sociaux déjà largement engagés dans cette démarche.

Au sujet de la proposition d’expérimentation proposée, le lien retrouvé avec le monde du travail, même de manière partielle pour des personnes très éloignées de l’emploi, permet de se mettre en réseau avec des personnes en activité. C’est utile pour décrocher un éventuel contrat de travail.

Enfin, nous attirons l’attention sur deux dérives possibles :

1. L’effet recherché peut être de basculer une partie des personnes du chômage catégorie 1 et donc d’afficher une baisse du nombre de chômeurs ; on masquerait alors d’un coup des milliers de chômeurs artificiellement, sans pour autant résoudre le problème de l’emploi.
2. Plus on morcelle l’emploi, plus le besoin d’encadrement est fort. C’est pour cela que les entreprises privées descendent rarement sous les contrats de 20 h. Il ne faudrait pas que les difficultés d’encadrement de ces personnes présentes de manière très partielle fassent que le travail qui leur est confié n’ait aucun sens ou aucune utilité sociale. Il est pour nous essentiel que l’esprit du CUI, à savoir un contrat concerté entre l’allocataire et la collectivité, soit sauvegardé. C’est à ce prix que ce travail procurera de l’estime de soi et de la reconnaissance pour ceux qui l’entourent.

Nous serons vigilants sur l’évolution de ces propositions dans la perspective de la conférence nationale RSA du 15 décembre.

François Soulage, président du Secours Catholique
Jean-Louis Loirat, président de l’Association des cités du Secours Catholique
Robert-Jacques Caquineau, président de Tissons la solidarité

© PhotoPQR/Ouest France/Philippe Renault
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