Palestine : une vie de militante

Publié le 08/03/2013
Palestine
 

Après plus de 25 années de bénévolat, Claudette Habesch a démissionné en janvier dernier de son poste de secrétaire générale de Caritas Jérusalem. À l’occasion de la Journée mondiale de la femme, portrait d’une militante au parcours exemplaire.

La résignation ? Claudette Habesch ne semble pas connaître ce sentiment. Cette infatigable militante pour les droits du peuple palestinien montre un optimisme inébranlable, malgré l’inextricable situation dans laquelle se trouve sa terre natale, la Palestine. «  Israël a pensé nous mettre à genoux. Ils ont pensé que nous allions fuir, mais nous n’avons pas abandonné nos terres et nous ne le ferons pas », martèle la septuagénaire lorsqu’on l’interroge sur le conflit israélo-palestinien.

Cette lutte pour la justice, pour la reconnaissance de son peuple, fait partie d’elle depuis son plus jeune âge. Mais pour cette fervente chrétienne, la bataille ne se gagnera pas par les armes mais en gardant l’espoir, la foi.

Conviction

« Il est difficile de rester optimiste sur l’issue de ce conflit interminable alors que la colonisation de la Cisjordanie par Israël se poursuit », reconnaît Claudette Habesch. « Mais si nous cessons de croire en une paix possible, alors nous perdrons tout. Les deux parties gagneront ensemble ou perdront ensemble. Nous devons apprendre à partager cette terre et à vivre en paix. »

Cet espoir a récemment eu raison du silence qui pesait sur l’occupation par les Israéliens de terres en Palestine. Un rapport commandé par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies exige l’arrêt immédiat de cette colonisation et évoque un éventuel recours à la Cour pénale internationale. C’est cette conviction de paix qui a donné à Claudette Habesch la force de diriger bénévolement pendant plus de vingt-cinq ans la Caritas Jérusalem.

« Jamais ! »

C’est par la force du destin que cette femme cultivée et intelligente a été portée à la tête de l’association. Claudette sourit lorsqu’elle se souvient de sa nomination comme secrétaire générale de Caritas. « C’était en 1987. Je m’en souviens. C’était un mercredi. Le patriarcat latin me convoque. On m’annonce que j’ai été nommée à l’unanimité secrétaire générale de Caritas Jérusalem. Mais je n’avais pas fait acte de candidature », raconte-t-elle en éclatant de rire.

Elle refuse aussitôt : « Jamais ! » « L’association, à l’époque, était en grande difficulté. Il y avait des problèmes de financement et les relations avec les partenaires n’étaient pas excellentes », se souvient-elle. Mais c’était compter sans sa conscience, qui la fera céder.

Il faut plusieurs années à Claudette Habesch, à l’époque mère de trois enfants, pour “ressusciter” la Caritas, aujourd’hui composée d’une cinquantaine de salariés à temps plein contre un seul à mi-temps au début de son mandat. Son engagement, sa ténacité et son caractère fort sont remarqués et la portent jusqu’aux instances dirigeantes du réseau Caritas.

De 1999 à 2007, elle occupe le poste de présidente de la Caritas régionale Moyen-Orient-Afrique du Nord (Mona) et devient vice-présidente de la confédération Caritas Internationalis. Aujourd’hui, elle se rappelle avec indulgence et bienveillance ce « jamais ! » qui l’a conduite à rester vingt-six ans à Caritas. Elle ne le regrette pas.

« On ne peut pas seulement recevoir, dans la vie. Il faut partager, essayer de donner aux autres, apporter le bonheur dans le cœur de ceux qui souffrent, de ceux qui sont marginalisés, qui n’ont pas eu la chance de vivre comme j’ai vécu. Si je suis bénévole depuis tant d’années, c’est que je me sens privilégiée, même si je suis une réfugiée dans ma propre ville », explique Claudette Habesch.

Pourtant, sa vie a été marquée d’humiliations, de souffrances et de complications, comme celle de tout Palestinien. En 1948, Claudette a 7 ans. Fille d’une famille chrétienne de cinq enfants, elle vit dans le quartier de Talbieh, désormais situé à Jérusalem-Ouest. Des bombes sont découvertes dans le jardin et la maison de sa famille. Elles auraient été posées par des groupes armés sionistes. Par mesure de sécurité, le père de Claudette installe sa famille dans leur résidence d’hiver à Jéricho. Ils ne reviendront jamais à Talbieh. La création de l’État israélien les en empêchera. La famille s’installe à Amman, en Jordanie.

Sacrifices

À l’époque, la petite fille demande souvent à son père pourquoi une autre qu’elle dort dans son lit de Talbieh et joue avec sa poupée. Une belle poupée qu’il lui avait rapportée d’un voyage à Londres. « Je ne comprenais pas la situation. Je ne savais pas que mes parents avaient tout perdu », se souvient Claudette Habesch avec émotion. L’activité professionnelle de son père, qui était jusqu’alors florissante, s’effondre. « Il a dû tout recommencer de zéro. Mon frère, mes trois sœurs et moi n’en avions pas conscience », regrette-t-elle, « car il faisait tout pour que nous ayons une vie normale. »

Des larmes surviennent au souvenir des sacrifices faits par ses parents pour leur donner une vie meilleure. Grâce à la persévérance de ce couple qu’elle admire, Claudette et ses sœurs sont envoyées dans la meilleure école de la région, à Jérusalem : Notre-Dame-de-Sion. Puis elle fera ses études à Beyrouth, au Liban, d’où elle reviendra avec un diplôme d’assistante sociale puis en psychologie de l’enfant. Elle se marie en 1961 et rejoint Jérusalem.

« Avec mon mari, nous nous demandions si nous pourrions donner à nos enfants une éducation aussi bonne que la nôtre, étant donné les difficultés dans lesquelles nous vivions », relate Claudette Habesch. En effet, après la guerre des Six Jours, en 1967, l’imprimerie que dirige son mari fonctionne difficilement. Jérusalem-Est, où vit la famille, et la Cisjordanie sont coupées de la Jordanie. L’imprimerie perd une partie de ses clients et l’approvisionnement en papier devient difficile. Le nombre de salariés passe de 65 personnes à 18 aujourd’hui.

Par ailleurs, Claudette se voit séparée de sa mère et de ses frères et sœurs, qui vivent toujours à Amman. « Finalement nous avons réussi à envoyer nos enfants dans de bonnes universités », déclare-t-elle. « Ils ont reçu une bonne éducation. »

L’éducation

Un credo qui revient régulièrement dans ses propos et qui se reflète dans son parcours au sein de Caritas Jérusalem. En effet, de nombreux projets d’éducation et de sensibilisation à la paix s’adressent aux jeunes. « Ils sont le futur, ce sont les prochains leaders. Il faut donc les préparer à travailler pour la paix et la justice. »

 

Clémence Véran-Richard
© Elodie Perriot/Secours Catholique
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